Project Gutenberg's L'Illustration, No. 3674, 26 Juillet 1913, by Various

This eBook is for the use of anyone anywhere at no cost and with
almost no restrictions whatsoever.  You may copy it, give it away or
re-use it under the terms of the Project Gutenberg License included
with this eBook or online at www.gutenberg.org/license


Title: L'Illustration, No. 3674, 26 Juillet 1913

Author: Various

Release Date: March 17, 2012 [EBook #39183]

Language: French

Character set encoding: ISO-8859-1

*** START OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK L'ILLUSTRATION, NO. 3674 26 JUILLET 1913 ***




Produced by Jeroen Hellingman et Rnald Lvesque








L'Illustration, No. 3674, 26 Juillet 1913

LA REVUE COMIQUE, par Henriot.

Ce numro contient:

1 Une gravure en couleurs hors texte: LE CALME DU SOIR, par Van der
Weyden;

2 LA PETITE ILLUSTRATION, Srie-Roman, n 9: UN ROMAN DE THTRE, de M.
Michel Provins.

3 UN SUPPLMENT CONOMIQUE ET FINANCIER de deux pages.

L'ILLUSTRATION
SAMEDI 26 JUILLET 1913
_Prix du Numro: Un Franc._
_71e Anne.--N 3674._

[Illustration: UN HOMME D'TAT: M. LOUIS BARTHOU _Phot. Gerschel.--Voir
l'article, page 84._]



COURRIER DE PARIS

LES POULBOTTES

Ne cherchez pas dans le dictionnaire, c'est un mot qui n'y est pas et
que j'invente. Je le risque, au petit bonheur, afin de dsigner des
_poupes_, oui... les poupes vraiment nouvelles que va fabriquer,
parat-il, pour notre plaisir et celui de tous les enfants, le
dessinateur Poulbot.

Je n'ai pas besoin de vous croquer cet artiste savoureux. Vous le
connaissez. Mme  l'tranger, la verve nave et spirituelle de son
crayon est dj populaire, et tous ici nous raffolons depuis des annes,
avec une tendre et joyeuse faiblesse, des gamins et des drlinettes de
Montmartre qu'ont adopts son esprit et son coeur, qu'il a recueillis
sur le papier et fait _siens_ par la persvrance amuse et apitoye de
son talent.

Dboutonns de partout, emptrs de gibecires et ayant toujours pour
deux sous de nu au vent, peigns  la gratte, les bas retourns en peau
de lapin, les nippes retenues par des ficelles, ils vagabondaient,
tranassaient, dgringolaillaient le long des pentes de la Butte,
marmousets des escaliers et des venelles, galochards du pav, cavaliers
de la rampe en fer, patineurs des glissades, joueurs  cloche-pied des
marelles, accroupis pointus des parties de billes, les tout petits avec
un hochet de chemise dpassant la culotte et les plus grands laissant
sortir de la poche, au bout d'un i grec de bois, l'lastique carr 
tuer les pierrots... Ils n'taient en art  personne et personne ne s'en
avisait, quand un jour, dans un terrain vague, Poulbot, qui songeait en
foulant le gravt et l'caille d'hutre, entendit des voix, et tout de
suite il reconnut celles de Bastien-Lepage et de Marie Gaskirtcheff qui
lui disaient: Mais va donc. Ramasse donc ces bonshommes dans la rue, et
prends-les. Dpche-toi si tu ne veux pas qu'on te les chipe. Nous les
avons nous-mmes un peu approchs dans le temps que nous venions par ici
rver en silence, le long des palissades... Tu n'imagines pas ce qu'ils
sont attachants et tout ce qu'on en peut tirer!

Il comprit, sans se faire rpter, car il sait que les morts n'aiment
pas dire deux fois la mme chose. Et, en quinze leons, il s'affirma
brillamment l'historiographe et le pote de la petite humanit
buissonnire des faubourgs.

Il ne lui suffit pas alors de clbrer sa marmaille, par le dessin, il
voulut aussi en donner quelques chantillons plastiques, et j'ai gard
le souvenir d'avoir vu et tenu nagure certains galopins et mmes d'une
impressionnante vrit, models, peints et accommods par Poulbot avec
un malicieux gnie. Mais c'tait l, jusqu' prsent, simple distraction
d'artiste qui se dgourdit les doigts entre deux sances. Et puis,
aujourd'hui, j'apprends que dans un double but--aussi bien pour craser
sur le march la concurrence des hideux bbs allemands  stupide figure
plate, que pour rveiller le vieux modle un peu dgnr en usage chez
nous depuis si longtemps--il a conu le hardi projet de rnover la
poupe! Si j'ai bien saisi ses intentions qui m'ont t rapportes, il
voudrait crer un autre type s'cartant moins de la vie, offrant avec le
corps et le visage humain un rapprochement plus sens, une poupe dont
les bras, le buste et les jambes ne craindraient pas de rvler une
anatomie moins rudimentaire que celle dont elle s'est jusqu'ici
contente non sans bravade,... une poupe qui aurait des yeux capables
de procurer cette illusion qu'ils renferment un regard, une bouche de
forme assez naturelle et assez grande pour que l'on puisse, sans
estropier l'enfant, y introduire mme avec la plus petite des cuillers,
un peu de soupe... des cheveux qu'il serait impossible de ne pas croire
pousss pour de bon et qu'ainsi l'on aurait un incomparable plaisir 
tirer,  arracher et  dmler tour  tour avec douceur... une poupe
plus vivante, susceptible de dgager du charme, de la sympathie, une
spciale attirance, de provoquer avec un peu de trouble et de gne un
sentiment affectif plus troit, _une poupe moins poupe_, enfin, qui
n'aurait plus l'air d'avoir t achete, de venir du bazar, mais qui
semblerait le don mystrieux de quelque bon gnie comme on en voit tant
dans les contes, ou de quelque fe, puissante, et vieille comme les
pierres...

Poulbot s'est dit qu'il tait inadmissible que toutes les poupes se
ressemblassent, que toutes elles fussent hydrocphales, avec le mme
front vide et bomb, les mmes joues trop rondes, le mme petit trou de
bouche, le mme oeil inexpressif et bant, les mmes membres monstrueux.
Est-ce que tous les hommes, toutes les femmes, tous les enfants, tous
les papas, toutes les mamans, tous les petits garons et toutes les
petites filles sont pareils et uniformes? Non. Alors? pourquoi les
poupes seraient-elles, seules dans la cration, bties sur le, mme
patron et coules dans le mme moule? Je sais bien, comme le font
remarquer avec justesse certains partisans du vieux systme, que toutes
ces poupes qui nous semblent,  nous, la rptition constante d'un seul
et unique type, offrent entre elles des diffrences qui nous chappent
et qui ne manquent pas de sauter tout de suite aux yeux plus exercs de
l'enfance. Et la preuve en est que jamais, entre dix poupes identiques,
vous ne verrez hsiter une fillette sur la reprise de sa progniture.
Vous pouvez mler les uns aux autres tous les bbs de carton que vous
voudrez, chaque petite mre reconnatra _le sien_,  distance, et sans
se tromper. Un instinct le lui dsigne et crie en elle. C'est la voix du
_son_.

Mais, cependant, je me dis que les petites filles ne seraient pas
fches non plus de pouvoir,  leur gr, se choisir un poupon (ou une
enfant dj venue au monde avec des bottines et en jupe), selon leur
got et leur envie. Si elles ont une prfrence, une ide de derrire la
tte, elles trouveraient dsormais le moyen de se satisfaire, ce qui
doublerait leur joie protectrice et accentuerait le charme de leur
naissante maternit. Elles possderaient ainsi l'enfant spcial et
dtermin de leur dsir, de leur caprice, blonde ou brune, maigre ou
grasse, avec des yeux de telle ou telle nuance, une enfin qui ne serait
pas celle de tout le inonde, mais rien que _la leur_, et rpondant bien
 l'ide tendre et rve qu'elles s'en faisaient  l'avance dans leur
lit de mousseline, au cours d'insomnies angliques. Cette poupe-l
serait vraiment pour elles _une personne_, et ferait davantage partie de
la famille. Qu'y aurait-il d'extravagant  ce que mme on la commandt,
sur renseignements prcis et indications, portraits et photographies:
Je veux, monsieur, vous entendez bien? prescrirait l'enfant au
marchand, une poupe qui ait le nez de papa,... comme ceci, vous
voyez?... les yeux bleus de maman, les bonnes joues de ma grand-mre et
l'oreille de mon oncle Edouard, qui est trs bien faite.

De mme, je ne verrais aucun inconvnient  ce que, grce  la
prvoyance de Poulbot, nos mignonnes puissent se payer un garon si le
coeur leur en disait, au lieu d'une fille. La poupe-garon rclame sa
place au soleil. Bien des mres, qui n'en sont pas moins pour cela
d'excellentes natures, ont une faiblesse marque pour les garons, et
c'est toujours un fils qu'elles attendent des promesses que leur soumet
l'avenir... Or il est bien vident que ces pouses qui avaient la
vocation du garon ds leur jeune ge ont d beaucoup souffrir autrefois
d'tre obliges de ne porter leurs soins et leur sollicitude que sur des
poupes d'un sexe qui leur dplaisait. Voil donc aujourd'hui la petite
fille bien heureuse, et, privilgie, puisqu'il lui sera permis d'avoir,
 son gr, les enfants qu'elle voudra, et tels de visage et de
conformation qu'elle en ressentira l'impatience. Pareillement je ne
serais pas tonn que les petits garons, apercevant leurs soeurs si
bien loties, ne se missent de leur ct  s'prendre des
poupes-femelles que celles-ci ddaigneront. Il n'est pas rare que les
petits hommes se plaisent, autant et plus que les petites femmes, au jeu
si captivant de la poupe. Ils ne peuvent qu'y profiter. Ils y
apprendront la gentillesse paternelle, la courtoisie, les doux gards
que mritent souvent la faiblesse et la sensibilit fminine, si
dlicate, si difficile...

A moins... ce qui, aprs tout, pourrait bien arriver, que les poupes de
Poulbot, les Poulbottes charmantes, pittoresques, et d'un art soign,
plus soucieuses d'humaine vraisemblance, n'inquitent les enfants et ne
les dconcertent, ne leur parlent pas autant que la drle de petite
horreur nave et  peine dgrossie  laquelle leur prfrence un peu
sauvage n'a trouv jusqu'ici que d'irrsistibles attraits. Notre
inventeur, audacieux et fin, j'en ai la certitude, aura la sagesse de,
ne pas dpasser la mesure et de ne pas prtendre trop bien faire.
Consentant  des sacrifices hroques, indispensables, il n'ira pas
jusqu'au bout de sa truculence et de sa recherche, et laissera aux
petits jouets humains sortis de ses doigts exigeants ce style fruste et
populaire, cette grce d'irrel et d'inachev, ce cachet de comique 
moiti barbare par quoi se reconnat et veut se distinguer et s'imposer
_la poupe_, la poupe qui doit tre une interprtation, une vocation
divertissante et  demi dforme de la vie, non une copie serre, ni un
trompe-l'oeil et un trompe-mains... Car, en ce cas, ce serait un jouet
surprenant et dlicieux, mais pour ces grandes personnes d'enfants qui
ne les cassent pas, qui les rangent dans des vitrines, et qui
s'appellent: les parents.

HENRI LAVEDAN.

_(Reproduction et traduction rserves.)_



LE CALME DU SOIR

Un petit port de la Manche--Etaples, dans le Pas-de-Calais-- l'heure
crpusculaire. Une lune d'or ple flotte dans un ciel de dfaillant
azur. Les chaumires dj s'allument, et, vers ces phares familiers, les
dernires barques errantes se sont htes. La pche de la journe
dpose sur la plage, c'est pour les marins la brve halte  terre
jusqu' la mare prochaine, le maigre repas, le sommeil inquiet
qu'interrompra avant l'aube le lever de la brise ou le bruissement du
flot qui monte.

M. Van der Weyden, dans ce _Calme du soir_ qui tait l'un des bons
tableaux du dernier Salon (Socit des Artistes Franais), a not d'un
oeil dlicat et exerc les nuances fugaces dont se masquent et
s'harmonisent,  cette heure incertaine, les tons les plus criards dans
la lumire du jour--ainsi la parure violente des bateaux--et, d'un
pinceau habile, il a fait miroiter l'eau prte  s'assoupir et
scintiller doucement les paniers lourds de poissons aux reflets nacrs.

[Ici s'intercale une gravure en couleurs hors texte: LE CALME DU SOIR.]



[Illustration: Aprs la bataille de la Bregalnitza: un convoi de blesss
serbes.]

COMMENT LES SERBES ONT VAINCU LES BULGARES

AU QUARTIER GNRAL DU PRINCE ALEXANDRE

Gradista, 10 juillet.

D'Uskub  Kumanovo, trajet que nous avons fait, en deux heures, dans un
wagon de premire classe rserv  notre transport, nous avons pu nous
rendre compte que tout tait prvu et excut par une organisation de
premier ordre. Partout se rvlent des hommes d'initiative et un
fonctionnement exact et sans heurt de tous les rouages. A la station de
Kumanovo, trois automobiles envoyes par les soins de l'tat-major de
l'arme du prince royal nous enlvent rapidement et, en moins d'une
heure, par une route excellente, amnage avec soin par le gnie serbe,
nous dposent  Gradista, auprs des tentes o se trouve bivouaqu le
quartier gnral de la 1re arme.

[Illustration: Cap. Marinkovitch. Col. Fournier, A. de Penennrun. Cap.
Stoanovitch. Au quartier gnral du prince Alexandre de Serbie: le
colonel Fournier et trois camarades de promotion de l'cole de guerre.]

Les officiers de l'tat-major avaient pouss l'amabilit jusqu'
retarder l'heure habituelle du repas pour nous permettre de le prendre
en leur compagnie. Mais  peine avais-je mis le pied en dehors de l'auto
qui nous transportait, Rginald Kann et moi, que je me trouvais serr
vigoureusement dans les bras de deux officiers me saluant des plus vives
exclamations de surprise: c'taient mes anciens camarades de promotion
d'cole de guerre, les capitaines Stoanovitch et Marinkovitch, qui n'en
revenaient pas de me voir au milieu d'eux. L'impression premire de
cordialit ne s'en attnue pas, bien au contraire, d'autant que je vois
arriver notre trs distingu attach militaire  Belgrade, le colonel
Fournier, qu'une faveur spciale du roi a autoris, seul parmi tous les
autres attachs,  suivre de prs les oprations, en accompagnant
l'arme du prince royal. Une si prcieuse exception pour le reprsentant
officiel de l'arme franaise prouve, mieux que tout, l'extrme
sympathie, dont--depuis le roi, ancien soldat de la France, jusqu'au
dernier de ses sujets--est anim le peuple serbe  notre gard.

Nous arrivons au quartier gnral de Son Altesse Royale le prince
Alexandre, un peu comme les carabiniers, c'est--dire aprs la bataille.
Il faut nous consoler en allant cueillir sur les champs des combats de
la Bregalnitza les miettes de l'histoire.

... Et d'abord, tout en ne mnageant pas mon estime au haut commandement
des armes du roi Pierre, en particulier  l'homme remarquable que
parat tre le marchal Poutnik, j'ai eu, depuis Belgrade jusqu'ici,
cent occasions d'tre frapp de l'admirable matire homme que
constitue le soldat serbe.

L'homme consent  se faire tuer,  souffrir... Le commandement sait
vouloir... Abngation de l'excutant, nergique volont du chef: le
secret de la victoire est l!

Cependant, il pourrait paratre trange que je semble dnier  leurs
adversaires des qualits que, l'automne pass, j'affirmais tre
galement l'apanage de l'arme bulgare. C'est prcisment parce que
cette dernire n'est plus telle que je l'ai connue pendant la campagne
de Thrace que son sort parat se trouver aussi cruellement compromis. Et
mon opinion  ce sujet a trouv de prcieuses confirmations dans une
conversation fort longue que j'ai eu le trs grand honneur d'avoir avec
S. A. R. le prince Alexandre.

[Illustration: Front atteint le 30 juin (soir) par les Bulgares et
attaques des 1er et 2 juillet des armes serbes.]

[Illustration: Attaques des 3 et 4 juillet de la Ire arme serbe; des 6,
7 et 8 juillet de la IIIe arme.]

_Croquis de A. de Penennrun._

La bataille dcisive de la Bregalnitza (Armes serbes: hachures
horizontales--Bulgares: hachures verticales).

Le prince ayant manifest le dsir de me voir, je lui fus prsent par
le colonel Fournier. Aprs un dbut d'entretien o je lui exprimais mon
admiration pour les troupes magnifiques qu'il avait sous son
commandement, le prince me posa quelques questions sur l'arme bulgare
telle que j'avais pu l'apprcier lors de la campagne dernire contre les
Turcs. Et comme j'exprimais l'ide qu' ce moment les soldats bulgares,
le haut commandement que l'on pouvait dj  ce moment considrer comme
synthtis dans la personne du gnral Radko Dimitrief, taient
videmment deux lments d'une force incomparable, le prince me dit:

--Je partage absolument votre avis sur la trs haute valeur morale de
l'arme bulgare, pendant la campagne de Turquie. Mais je ne crois pas me
tromper, en affirmant que les Bulgares d'aujourd'hui ne sont plus ceux
d'il y a un an. L'enthousiasme surchauff qui les a lancs en ouragan
contre les Turcs, l'antique oppresseur, n'existe plus contre nous leurs
allis et leurs frres d'hier, qu'ils veulent spolier injustement. Il
arrive maintes fois que leurs prisonniers avouent ne prendre part qu'
contre-coeur  cette guerre ingrate que les Bulgares ont eux-mmes
dchane. Leur flamme de belle nergie, leur foi en la saintet de
l'ancienne cause est tombe.

--Cependant, monseigneur, ne pensez-vous pas qu'au moment o les
Bulgares se sentiront acculs par vos troupes marchant sur Sofia, ils ne
tentent un effort suprme, que leur vieille nergie native ne se
rveille et que, somme toute, l'adversaire dj opinitre dont vous avez
triomph sur la Bregalnitza ne devienne plus tenace encore, quand il
dfendra le sort de la Vieille-Bulgarie?

--Vous avez tout  fait raison, monsieur, rpondit le prince, mais,
nonobstant la valeur d'adversaires que j'estime trs redoutables,
souvenez-vous que ces gens-l font une guerre inique, que dans le fond
leur moral est vici par la fourberie mme de leur injuste agression
vis--vis de nous, que de leur puissante et sauvage nergie, de leur
endurance au mal, il ne leur reste plus que des vestiges et que, dans la
balance morale o Bulgares et Serbes se mesurent actuellement, les uns
croient  la victoire et les autres en dsesprent.

CE QUE FUT LA BATAILLE DE LA BREGALNITZA

Gradista, 11 juillet.

A 4 heures du matin, nous abandonnons nos tentes, et, conduits par mon
ami le capitaine Mirko Marinkovitch, nous partons dans
d'invraisemblables sapins venus d'Uskub  notre intention et qui doivent
nous vhiculer  proximit du terrain des diffrents combats livrs du
30 juin au 6 juillet sur la Bregalnitza. Nous nous dirigeons tout
d'abord vers le Drenek, point capital de la gauche serbe en avant du
Tserni-Vrh, un rocher escarp prcd d'une succession de contreforts.

Du haut du Drenek, Marinkovitch nous explique non seulement le processus
de l'attaque, mais aussi l'ensemble des oprations qui ont suivi cette
action,  droite, vers deux mamelons au relief nettement indiqu, qui
portent les ctes 550 et 650, plus  droite encore vers Istip qu'on
devine, plutt qu'on ne le voit, dans un vague lointain fait de brume et
de lumire, en face de nous enfin, sur les pentes tages de Ratchani
qui sparent la Zletovska de la Bregalnitza nous cachant la ville de
Kotchana profondment enfouie au revers des crtes, dans un thalweg
descendant vers le sud.

A notre gauche, un amas norme de rochers dcoups, dentels
bizarrement, dchire les nues qui l'entourent, semblant menacer le
ciel, trs haut au-dessus de nous: c'est le Rectki-Bouki, le pivot de
gauche des Serbes dont la masse imposante constituait en quelque sorte
les gonds, l'axe de cette porte que l'arme du prince royal devait tenir
ferme devant l'assaut dsespr des Bulgares.

Toute cette zone se prsente fort nettement comme un terrain de trs
haute montagne, mais, contrairement  ce qu' premire vue l'on pourrait
penser, il est assez manoeuvrable. Les croupes et les thalwegs largement
onduls permettent aisment le passage  peu prs constant de
l'artillerie de campagne et, de fait, nous voyons partout, au milieu des
moissons foules par les combattants, de larges sillons o tout semble
fauch, traces, parallles le plus souvent et accouples par quatre, du
passage d'une batterie marchant  grande allure.

Sur le haut des crtes du Drenek, nous trouvons en quantits normes des
tuis de cartouches et des chargeurs bulgares, un peu plus loin un amas
de douilles de pices d'artillerie. Je n'exagre pas en estimant 
environ 200 au mtre courant le nombre d'tuis trouvs sur la position,
des tirailleurs ennemis. L'on jugera par l de l'intensit du feu et
l'on s'expliquera les normes pertes subies.

Puis, tandis que nous restions perdus' dans la contemplation de ce
cirque tendu de montagnes et de valles, o se sacrifirent prs de
30.000 hommes, le capitaine Marinkovitch reprit la parole et nous fit le
rcit suivant:

Dans la nuit du 29 au 30,  2 heures du matin, nous fmes rveills par
des clameurs sauvages, des cris, des coups de feu de plus en plus
nombreux qui venaient de la direction de nos avant-postes. Les Bulgares
attaquaient en masse, tout leur monde en ligne, attaque d'une violence
extraordinaire, en ordre profond, excute avec une brutalit et une
nergie sauvages que dcuplait chez l'ennemi l'ardent dsir de briser
d'un coup la rsistance de nos armes.

 Tout le long de la Zletovska, devant l'arme du prince royal, de la
Bregalnitza et de la Kriva Lakavitza, devant la IIIe arme, les
sentinelles, les petits postes situs sur les berges de ces rivires et
mme les grand'gardes lgrement en arrire, furent non seulement
disloqus et refouls, mais mme, en bien des endroits, vritablement
gorgs par les Bulgares ivres de fureur et de sang. La premire
rsistance srieuse ne fut offerte que par notre ligne des rserves
d'avant-postes qui, depuis Rectki-Bouki tenait le Drenek, les ctes 550
et 650 devant la Ire arme, les hauteurs de Suchevo et de Hadji Redjebli
devant la IIIe. Mais, sur la plupart de ces points, se trouvait  peine
la valeur respective d'un bataillon; aussi vers midi, le 30 juin,
taient-ils occups par les Bulgares. Pour bien saisir toute la violence
de l'attaque, une revue rapide des effectifs bulgares mis en ligne  ce
moment est ncessaire: sur Rectki-Bouki, c'est le corps de volontaires 
3 brigades du gnral Guenef qui avait donn l'assaut; devant Drenek et
les positions de la Ire arme, c'tait la 7e division, renforce d'une
brigade de la 4e; plus au sud enfin l 8e division et la majeure partie
de la 2e. En arrire, suivaient des bataillons de territoriale et une
partie de la 3e division.

 Mais notre ligne principale de dfense avait t, grce  Dieu, fort
sagement tablie assez arrire pour nous permettre d'y alerter
rapidement nos troupes et non seulement de prendre nos dispositions
dfensives, mais galement d'y prparer notre mouvement ultrieur en
avant et notre contre-offensive  l'agression.

 Je ne puis, naturellement, vous donner de dtails que sur ce qui se
passait dans un champ limit assez troitement  ce que j'ai pu voir.
Tandis que l'une des divisions de la Ire arme avait, concurremment avec
l'une de celles qui faisaient face  la direction du nord, la mission de
reprendre Rectki-Bouki, l'autre division, celle de droite, attaquait le
Drenek et la cte 550.

 L'ordre d'offensive gnrale fut donn  toutes les troupes le 30 juin
 midi. La division qui attaquait le Drenek partait de la ligne
principale de rsistance que primitivement nous avions organise 
Tserni-Vrh et sur les contreforts de Gradista. Nous avions trois
rgiments en premire ligne: l'un attaquant le Drenek par Stoubla;
l'autre attaquant galement le Drenek, mais  revers, sur les pentes sud
du thalweg de la Belositza; le troisime enfin, en liaison avec la
division de cavalerie du prince Arsne, attaquant la cte 550.

 Commence aussitt, la marche en avant, malgr l'lan des troupes, eut
terriblement  souffrir du feu de l'ennemi. Le soir du 30, nous avions
progress dans une certaine mesure, mais nous n'avions pas encore pu
roccuper le Drenek, ni aucun des autres points qui nous avaient t
enlevs.

 Ds l'aube du 1er juillet, le mouvement en avant fut repris et, grce
au concours d'une de nos batteries d'obusiers de 120mm, le Drenek fut
enlev  midi.

 A la mme heure, notre division de gauche dbouchant de Kara-Tas sur
Stroms et Kalnista, repoussait la droite de la 7e division bulgare ainsi
que la brigade de la 4e division qui l'appuyait. Plus au sud, les ctes
550, 650 tombaient entre nos mains. De toutes parts, les Bulgares
refouls se voyaient contraints de repasser la Zletovska et la
Bregalnitza, poursuivis par les ntres, qui cependant, en aucun point,
ne russirent  franchir ces rivires.

 Aprs la prise du Drenek, il devenait de toute ncessit de poursuivre
sans tarder l'avantage obtenu et d'attaquer les hauteurs de Ratchani
entre la Zletovska et la Bregalnitza, hauteurs que les Bulgares avaient
hrisses de fortifications. Mais il tait difficile de commencer cette
attaque immdiatement, alors que Rectki-Bouki n'tait pas encore repris
par notre gauche et tant que nos lments de droite de la Ire arme
n'taient pas reforms, reconstitus, ni ravitaills en munitions. Aussi
l'attaque ne commena-t-elle que le 3 juillet au matin, lorsque la
nouvelle de la prise de Rectki-Bouki eut t confirme dans la soire du
2.

 Un rgiment reut comme objectif la hauteur du tlgraphe et
Spantchevo; deux autres, les pentes de Sokolartzi. La division de gauche
forme galement en deux colonnes attaqua Ratchani et Rudare Tursko.
Mais nous emes de grosses difficults causes non seulement par les
obstacles du terrain, mais aussi par le feu de l'ennemi, trs bien post
dans des retranchements depuis longtemps prpars. Le soir du 3 juillet,
notre ligne de tirailleurs la plus avance tait encore  plus de 700
mtres des tranches bulgares. La progression avait t pnible bien que
toute notre artillerie de campagne en batterie sur les pentes du Drenek,
renforce de pices lourdes de 120mm, ait paru obtenir d'importants
rsultats et prendre la supriorit du feu sur celle des Bulgares. L'on
pouvait s'attendre  une contre-attaque pendant la nuit, surtout en
songeant au got de l'ennemi pour ce genre d'oprations. Mais rien ne
vint, et, le lendemain au petit jour, lorsque nous reprmes la marche en
avant, l'ennemi visiblement puis, menac sur sa droite par un rgiment
devenu disponible aprs la prise de Rectki-Bouki, commena de flchir,
battant en retraite dans la direction de Kotchana.

 La division de cavalerie du prince Arsne, avait pour mission
d'appuyer au sud l'attaque de la Ire arme, maintenant la liaison avec
la IIIe arme dont l'effort s'exerait sur Istip. S'apercevant de notre
succs, elle essaya de franchir la Bregalnitza  hauteur de Krupichte,
mais elle ne put y parvenir. Alors, tandis qu'une de ses brigades
continuait un combat  pied le long de la rivire, l'autre brigade fut
ramene vers Ratchani pour prendre part  la poursuite vers l'est.

 Cependant, les Bulgares battaient en retraite en assez bon ordre, bien
couverts par une forte arrire-garde d'un rgiment d'infanterie, d'un
groupe d'artillerie et d'un rgiment de cavalerie  hauteur des villages
de Koutchitchino et de Bouzitchevo; cette arrire-garde fit front
pendant toute la journe du 4 et russit  ralentir considrablement
notre poursuite.

 Pendant ce temps, la IIIe arme avait tent, elle aussi, de se porter
en avant pendant ces deux journes du 3 et du 4 juillet. Mais il lui
avait t impossible de dboucher sur la Bregalnitza. Bien plus mme, sa
division d'extrme droite attaque furieusement par les Bulgares avait
t rejete des hauteurs d'Ortabajir sur le Vardar et l'ennemi
russissait  pntrer dans Krivolak sans parvenir toutefois  passer
sur la rive droite du fleuve.

 Tout l'intrt de la bataille se portait donc  ce moment  notre aile
droite o il devenait absolument ncessaire d'assurer le succs de la
marche en avant de la IIIe arme. Une brigade htivement ramene de
Prilep vint soutenir notre division d'extrme droite et, concurremment
avec elle, reprit l'offensive dans la direction de Krivolak. Enfin, le 5
juillet, la Ire arme ayant russi  mettre la main sur Kotchana, puis,
le lendemain 6,  tablir ses avant-gardes sur les crtes de Cera et de
Betsikovo, le prince Alexandre dcida de distraire une de ses divisions
et de l'envoyer vers le sud appuyer, dans la direction d'Istip,
l'attaque gnrale de la IIIe arme.

[Illustration: Entrevue, le 16 juillet,  Uskub, des chefs des deux
gouvernements serbe et grec: MM. Pachitch et Venizelos.--_Phot.
Marianovitch_.]

 Cette attaque commena le 7 juillet, o l'une des divisions du centre
de la IIIe arme enlevait les villages de Toplik et d'Enech Oba, puis,
conversant au nord, poussait dans la direction de Dragovo. Le mme jour,
la brigade venue de Prilep entrait dans Krivolak aprs une suite
d'assauts acharns o le village fut pris et repris deux fois. Elle y
trouvait nos blesss abandonns lors de l'vacuation du village,
massacrs, quelques-uns odieusement mutils, quelques-uns mme
crucifis, autant de crimes tmoignant que, chez ceux que l'on nomme nos
frres slaves, le vieux sang tartare n'est pas mort.

 Le 8 juillet, l'attaque gnrale sur Istip devait avoir lieu. Toute la
IIIe arme, en ordre de bataille, se portait sur la Bregalnitza sur un
front allant de Krupichte  la Kriva Lakavitza, lorsque l'on s'aperut
que les Bulgares s'taient vanouis dans la direction de Radovichta,
tandis que, en avant de la Ire arme, vers Cera et Betsikovo, on ne
trouvait plus aucun contact, l'ennemi ayant disparu vers Tsarevo-Selo.

 Devant la double pression exerce sur ses deux ailes par les troupes
de Krivolak et par la Ire arme, dont une autre division encore avait
franchi la Bregalnitza  Mojantzi, marchant sur Kochevo, le gnral
Kovatchef avait donn l'ordre de retraite. La bataille de la Bregalnitza
se terminait  notre avantage.

Tel fut le rcit du capitaine Marinkovitch. Nous devons y ajouter ceci:
Le 9 juillet, la division de cavalerie serbe pntra, presque sans
rsistance,  Radovichta. Dans la soire, ses reconnaissances entraient
en contact avec celles de la cavalerie hellne remontant vers le nord.
L'arme du roi Constantin, victorieuse  Kilkiz et  Doran, poussait
devant elle les divisions du gnral Ivanof, et les deux armes bulgares
dans une effroyable confusion se rejetaient au nord des montagnes. L'on
apprenait l'entre en ligne de la Roumanie, le passage du Danube par ses
troupes, la marche des Turcs sur Andrinople, et la demande
d'intervention  l'Europe de la Bulgarie dj aux abois...

ALAIN DE PENENNRUN.



UNE ACQUISITION RETENTISSANTE

Le triptyque que le Louvre vient d'acqurir de M. Kleinberger pour un
prix qui, assure-t-on, approcherait d'un million, est une des oeuvres
capitales de Roger Van der Weydon (1), matre de Memling, un des mules
les plus remarquables des Van Eyck et qui, jusqu'ici, n'tait pas
reprsent au Louvre par une peinture d'une incontestable authenticit.

[Note 1: Une singulire concidence amne dans ce numro de
_L'Illustration_ la rencontre du vieux matre flamand Roger Van der
Weyden et de son jeune homonyme, dont l'oeuvre dlicate que nous
reproduisons en couleurs hors texte a t si favorablement apprcie au
Salon de 1913.--N. D. L, R.]

Ce triptyque fut apport des Flandres  Londres, au dbut du
dix-neuvime sicle, et figura dans une vente publique. En 1845, un
artiste nomm Evans l'acquit dans le Nord de l'Angleterre et le vendit,
comme une oeuvre de Memling, au marquis de Westminster, dont la fille,
lady Theodora Guest, le possdait encore il y a quelques semaines. Les
spcialistes les plus minents s'accordent  le considrer comme une
oeuvre de Roger Van der Weyden, contemporaine du clbre retable de
l'hpital de Beaune, peint vers 1450.

Des armoiries, peintes au revers des volets et accompagnes d'une
curieuse lgende en vers franais, nous apprennent que notre triptyque a
t excut pour un seigneur de Braque et pour sa femme, qui appartenait
 la famille tournai sienne de Brabant.

La place de ce chef-d'oeuvre est tout indique  ct des pices
capitales de la mme cole qui font la gloire du Louvre: la _Vierge au
Donateur_, par Van Eyck, les _Noces de Cana_, par Grard David, et le
splendide Memling lgu en 1878 par la comtesse Duchtel.

SEYMOUR DE RICCI.

[Illustration: Saint Jean-Baptiste.]

[Illustration: Le Christ entre la Vierge et saint Jean.]

[Illustration: Sainte Marie-Madeleine.]

[Le triptyque, acquis par le Louvre, de Roger Van der Weyden (cole
Flamande, vers 1450).--_Phot. Arundel Club._]



[Illustration: La poursuite : Brindejonc des Moulinais, suivi par
Guillaux.--<i>Phot. Bracher.</i>]

[Illustration: Audemars virant  sept mtres du sol.
Le monoplan tant  peu de distance de l'oprateur, l'objectif a
nettement  enregistr   la manoeuvre du gauchissement de l'aile.
--<i>Phot. Bergeron.</i>]

[Illustration: Un virage  la corde de Brindejonc des Moulinais.
L'inclinaison de l'aroplane est telle qu'on peut distinguer, du sol,
la tte de l'aviateur aux cheveux bouriffs par le vent--_Phot.
Bergeron._]

LES AILES AUDACIEUSES: NOS VIRTUOSES DE L'AVIATION DANS LEURS
PRODIGIEUX EXERCICES

<i>Photographies prises, dimanche dernier,  l'arodrome de Juvisy,
pendant le match de vitesse disput par Brindejonc des Moulinais,
Audemars et Guillaux, et gagn par le premier.



[Illustration:

Rue Lafayette. Boulevard Haussmann. Boulevard des Italiens.

UNE PERCE NCESSAIRE: L'ACHVEMENT DU BOULEVARD HAUSSMANN

Document photographique obtenu, spcialement pour L'ILLUSTRATION, par M.
Andr Schelcher,  bord du dirigeable Commandant-Coutelle afin de
montrer exactement quels immeubles devront tre dmolis pour que le
boulevard Haussmann rejoigne le boulevard Montmartre.--Voir l'article,
page 84.

Rue Lafayette. Rues du Faubourg-Montmartre et de Provence. Rue de la
Grange-Batelire. Boulevard Montmartre. Rues Saint-Marc et Feydeau.

Rue du Faubourg. Montmartre.

Rue Le Peletier. Rue de la Victoire.

Rue Laffitte. Rue Saint-Georges.

Rue Taitbout. Rue de Provence.

Place de la Bourse.

Rue Feydeau. Rue de Richelieu.

Rue Favart.

(Opra-Comique, entre le boulevard et la place Boeldieu.)

Rue de Marivaux.

(A l'angle du boulevard, immeuble dmoli du Caf Anglais.)

Rue de Grammont.

Immeubles du Crdit Lyonnais.

(De l'autre ct du boulevard, la nouvelle rue des Italiens.)

Rue de Choiseul.

Rue de la Michodire.

(Dans son prolongement au del du boulevard, rue du Helder.)]



[Illustration: Une halte sur les terrasses.]

[Illustration: Le travail dans un bosquet.]

[Illustration: La promenade matinale dans les jardins du Vatican.]

[Illustration: La dernire photographie du souverain pontife (15
juillet).]

_Photographies Felici._

LE RETOUR A LA SANT DE S. S. LE PAPE PIE X

Tout rcemment, dans _L'Illustration_ du 5 juillet, l'une de nos
gravures reprsentait Pie X se montrant aux plerins runis dans la cour
Saint-Damase. Et nous crivions: Le pape va mieux, beaucoup mieux.
Aujourd'hui, en reproduisant ces photographies prises par notre
correspondant de Rome, M. Felici, le 15 juillet dernier,  8 heures du
matin, dans les jardins du Vatican, nous pouvons crire: Le pape va
bien, tout  fait bien. Le souverain pontife a repris les habitudes
rgulires de sa vie claustre dans un palais et dans un parc. Il a
recommenc ses promenades matinales au long des alles et sous les
verdures des jardins du Vatican. On le conduit en voiture, lentement,
jusqu' l'endroit, choisi par lui, du parc immense. Et l, dans quelque
bosquet o d'avance ont t disposs un fauteuil et une table  crire
toute simple, le souverain pontife prend connaissance des nouvelles du
monde et donne ses directions pour les affaires de l'glise.



[Illustration: Aprs la victoire grecque de Kilkiz (ou Kilkich): une
tranche bulgare.--_Phot. Jean Leune._]

EN CAMPAGNE AVEC L'ARME GRECQUE

VERS LE FRONT

_Parti d'Athnes dans les conditions qu'il nous a dites, partout combl
de prvenances, notre collaborateur, M. Jean Leune, a gagn aussi
rapidement que possible Salonique d'abord, puis le front. Naturellement,
Mme Jean Leune est, en Macdoine comme en Epire, la fidle et vaillante
compagne de son mari, et, au jour le jour, cette toute jeune et jolie
femme, grecque de naissance, mais crivant un bien joli franais, rend
compte aux siens de ses exploits dans des lettres d'un tour vif,
primesautier, charmant enfin. D'une de ces correspondances, nous
extrayons ce rcit de l'emploi de son temps  Baltza, seconde tape de
leur voyage, tandis que son mari procde aux dmarches ncessaires:_

Baltza, 3 juillet.

Nous voici  Baltza,--petit village grec, malgr les protestations
bulgares qui veulent que toute la Macdoine soit bulgare. Des femmes
m'accueillent, veulent m'emmener chez elles, prendre le caf et le gliko
(caf turc) traditionnels. Je m'y rends pendant que Jean va voir les
officiers de l'tat-major.

J'y suis accueillie sur l'ternelle terrasse  colonnes antiques,--de
bois, parce que les gens sont pauvres. Elle donne sur un jardin plein de
figuiers et d'oliviers. Des poules, une vache, un mtier  tisser: la
fortune des pauvres. J'aime ces demeures rustiques. J'y vivrais
volontiers, simple parmi les simples.

La jeune fille de la maison est fiance. Son fianc est soldat dans
l'arme bulgare. On l'a pris de force: Il refusait d'y aller. Un Grec
peut-il tirer sur des Grecs? Il a t battu, bless, puis 'emport 
moiti mort. Que devient-il? La petite sanglote.

Hier encore on se battait en arrire du village. Les Bulgares s'taient
bien fortifis, dans un bois protg par des marais. Beaucoup d'enfants
(ils appellent ainsi les Grecs) sont morts. Il en est pass, des
blesss! Des blesss contents de leurs blessures, madame... J'offre du
cognac. Le bless lve son verre: _K s'ti Sofia_ (A Sofia) et K s'tin
Hoje! (A Constantinople)... Et il rit. D'autres se plaignent d'avoir t
blesss trop tt... Oh! madame, maintenant qu'ils ont la victoire dans
les jambes ils ne s'arrteront plus.

--Et vous tes vraiment Grecs?

--Comment?--ils sont tonns, indigns de ma question--si nous sommes
Grecs?... Des nobles, madame, tous les Grecs sont nobles. Avec un pass
comme celui que nous avons! Et l'avenir! quand nous aurons repris tout
ce que les Turcs et les Bulgares nous ont vol, quand la Grce sera
grande comme une puissance...

Les yeux de la jeune fille se mouillent. Son regard devient fixe. On
dirait qu'elle voit la Grce future. Comment ces gens ont-ils su
conserver pour leur patrie un amour si grand?

--Alors vous n'avez pas oubli les Grecs?

--Mais comment les oublier? La patrie est une ide, madame. Oublier
l'ide, c'est perdre l'esprit.

Je regarde la jeune fille aux grands yeux noirs. Les traits ne sont pas
beaux, mais le coeur et l'esprit les illuminent. L'expression est celle
du grand amour, celui qu'on a pour sa patrie, pour sa race.

[Illustration: Aprs la retraite des Bulgares: un village
macdonien.--_Phot. J. Leune._]

--Quand les bandes grecques venaient lutter pour la conservation de
notre nation, il fallait les cacher. Quelles ruses alors nous avons
employes! Nous les habillions en femmes,--ou encore on les enfouissait
dans des matelas! Les Turcs venaient, s'asseyaient sur _l'antarte_
(franc-tireur) et il ne fallait pas que celui-ci se traht... De temps
en temps ces antartes nous apportaient des journaux grecs. Ah! vous ne
savez pas ce qu'a t pour, nous, le journal grec! Un baiser de la
patrie,  nous, ses enfants qui en pleurions la perte... Avec quels
battements de coeur nous avons suivi la rorganisation de l'arme! Enfin
la Grce se fortifiait! Nous pouvions esprer! Et la dlivrance est
venue. Une seule ombre: que faisaient les Bulgares  Salonique, alors
que les Grecs y taient entrs en vainqueurs? Comme on craint le voleur
pour le trsor trop chrement pay, ainsi nous tremblions  la pense
que les Bulgares pouvaient nous enlever notre libert. Nous les
connaissions par les rcits de nos frres de Macdoine. C'tait massacre
sur massacre des populations grecques, que vite ils remplaaient par des
mendiants bulgares, afin de pouvoir dire  l'Europe: Regardez comme la
Macdoine est bulgare! Mais les pierres des glises voles aux
communauts grecques parlent encore. Lisez les inscriptions, elles sont
grecques. Fouillez la terre qui les entoure, on trouve des livres sacrs
que les Bulgares ont eu peur de brler. Et surtout... Ah! madame, si les
champs de la Macdoine pouvaient parler!...

... Cette jeune fille m'a donn un choc. Comme ils en savent plus que
nous, ces gens!...

_Les Grecs attaquent Kilkiz (qu'on crit aussi Kilkich), que les
Bulgares dfendent nergiquement. M. et Mme Jean Leune, toujours curieux
de tout voir, et de prs, vont jeter, d'une hauteur, un coup d'oeil  la
bataille, en attendant qu'ils la suivent le lendemain. Mais ils
regagnent, le soir, leurs quartiers  Baltza. Et voici maintenant le
rcit de notre correspondant:_

AUDIENCE ROYALE

Jeudi, 3 juillet.

Nous rentrons  Baltza  la nuit tombante. Nous apercevons, sur la place
du village, au milieu de ses officiers d'tat-major, le roi Constantin,
toujours nerveux, remuant, incapable de rester en place. Il est vtu
d'une tunique et d'une casquette blanches, d'une culotte kaki, les
jambes serres dans des bandes molletires. Les mains dans les poches,
il va et vient, interroge l'un, rit et plaisante avec l'autre, trs
simple, sans garde, tout pareil  l'un de ceux qui l'entourent.

[Illustration: Les premiers secours aux blesss sur le champ de bataille
de Kilkiz. _Phot. J. Leune._]

Un peu plus tard dans la soire, le roi nous faisait le grand honneur de
nous recevoir, dans la salle rustique o deux longues planches non
rabotes, poses sur des trteaux, servent tantt de table de travail
pour lui et son tat-major, tantt de table  manger.

Il portait la mme tunique blanche toute simple et une casquette blanche
 galon d'or. Il vint vers nous et nous tendit la main.

Il parla... Et voici que, maintenant, j'ai peine  me rappeler ses
paroles, tant j'tais sous le charme trange qui mane de toute sa
personne.

Le roi voulut bien d'abord s'inquiter de savoir si nous avions trouv 
nous loger ici, si nous tions contents... Puis, sans transition, de sa
voix aux intonations rapides et mouvementes, il me dit: Eh bien, vous
voyez maintenant quelque chose de plus grand... et de plus dur aussi.
Car cette guerre est rude, et c'est pour cela qu'elle m'intresse... Les
Bulgares rsistent bien, mais l'enthousiasme de mes troupes est
incroyable, indescriptible... Oui, Kilkiz sera dur  prendre, mais nous
le prendrons.

Puis, comme nous parlons de la diplomatie, de son impuissance  viter
la guerre, seul moyen, bien souvent, de rgler dfinitivement les
diffrends entre Etats: Vous croyez, s'crie le roi, que j'aime la
guerre, moi! Certes, pas du tout... Mais il y a videmment des cas o
elle est parfaitement excusable, ncessaire... Il y a parfois des
ballons trs gros, qu'il faut un jour crever parce qu'ils deviennent
encombrants. Leur enveloppe est souvent dure  percer... mais, ds qu'on
y a pu faire un tout petit trou, le ballon se dgonfle tout d'un
coup...

Et, donnant tout  coup  la conversation un tour diffrent:

--Ah! si vous voulez des nouvelles, dit le roi, en voil: la 7e division
sur notre droite a pris Nigrita qu'elle a trouv en flammes. Tous les
habitants en ont t affreusement massacrs. Ce n'est, par toute la
plaine, que cadavres mutils de femmes, d'enfants et de vieillards.
Voil comment agissent les Bulgares vaincus. Ils sont pires que les
Turcs. Enfin, nous leur avons pris beaucoup de canons et fait beaucoup
de prisonniers...

L'audience se terminait sur ces paroles. Sa Majest nous tendait de
nouveau la main et s'en allait retrouver ses officiers qui l'attendaient
penchs sur la carte.

LA PRISE DE KILKIZ

Vendredi, 4 juillet.

La canonnade, vers Kilkiz, s'est fait entendre une bonne partie de la
nuit.

Ce matin elle n'a point cess. Donc la ville n'est pas encore tombe. Et
aujourd'hui nous voulons voir la bataille de prs.

A 7 heures, nous montons  cheval et nous partons avec deux soldats
qu'on nous a donns et un guide, pour Yeni-Machala, o doit se trouver
la 2e division et l'tat-major du gnral Kalaris.

Au loin on aperoit Kilkiz, au pied de la colline que couronne un
monastre de Saint-Georges pareil  une acropole. Les clatements de
shrapnells sont plus nombreux  l'est de la ville qu'ailleurs. Ce doit
tre de ce ct que va se dcider le sort du combat.

Comme nous atteignons un sommet de colline, nous apercevons, cette fois,
et trs distinctement, l'attaque d'infanterie qui se dessine
merveilleusement au sud de la ville. Le terrain gris jauntre monte en
pente douce vers les positions bulgares. Sur la partie de ces pentes la
plus raide et la plus rapproche de nous, un fourmillement humain: les
rserves. En avant, vers les positions ennemies, deux lignes sombres
d'infanterie, avanant par bonds. La premire ligne comporte deux
fractions; la deuxime, en arrire et  gauche, en comporte quatre. Plus
 gauche encore, c'est--dire  l'ouest, derrire une crte, des pices
de canon, deux batteries environ.

Des shrapnells clatent encore. Des hommes tombent. Mais les camarades
continuent d'avancer bravement. Sur notre droite,  l'est, la canonnade
se fait,  un moment donn, plus acharne que jamais. Il n'y a pas de
doute, c'est de ce ct, ce matin, que se produit l'attaque dcisive.

Nous arrivons encore  temps. D'une nouvelle crte que nous venons de
gagner, nous distinguons maintenant, et trs nettement, une partie des
positions des Bulgares, avec leurs tranches et leurs redoutes. Mais
leur artillerie, bien dfile, est invisible. Sur les tranches les
shrapnells et les obus font rage.

Enfin, une ligne d'infanterie de la 2e division s'avance  l'assaut,
d'un lan furieux que rien ne saurait arrter. Elle progresse
rgulirement, merveilleusement, sans une hsitation, sans une
dfaillance. Et pourtant ses pertes sont normes. On voit officiers et
soldats tomber  chaque instant, demeurer en arrire... La troupe
magnifique fond, littralement. Mais elle gagne toujours; elle escalade
ce terrain effrayant, en glacis. Elle ne peut pas tirer: son feu serait
inutile contre cet ennemi invisible, tapi dans ses tranches.
Qu'importe! Baonnette au canon elle va. Mais de leur ct les Bulgares
ne fuient pas encore. Ils rsistent dsesprment...

Enfin la ligne grecque est sur les tranches. Un effroyable corps 
corps s'engage,  l'arme blanche. On s'entr'gorge. Des hommes tombent
des deux cts... Puis le combat farouche s'arrte; les Bulgares,
puiss, finissent par lcher pied; ils se retirent en courant,
poursuivis l'pe dans les reins. Ils s'en vont vers le nord,
disparaissent au loin... Plus rien... Kilkiz est maintenant aux mains
des Grecs.

Nous gagnons alors Yeni-Machala, pniblement, aprs beaucoup de dtours,
car notre guide ne sait pas la route.

PARMI LES MOURANTS ET LES MORTS

Par le chemin qui vient de Sarikeuy, de longues files de blesss montent
lentement vers l'ambulance de la 2e division. Il y a dj l un millier
de blesss. Et presque tous sont grivement atteints d'horribles
entailles faites par l'arme blanche ou de blessures non moins graves
produites par les balles, car les balles bulgares, d'un modle plus
ancien que les balles grecques, sont beaucoup plus dangereuses: elles
dchirent horriblement les tissus et font clater les os.

Mdecins et infirmiers vont et viennent parmi toutes ces souffrances.
Avec infiniment de soins ils pansent les plaies d'o le sang coule
encore  flots, rougissant l'uniforme dchir des blesss, les
brancards. Du sang partout. A terre, de tous cts, des linges
sanglants, de l'ouate rouge. Ici c'est un malheureux dont on a d
dchirer le pantalon jusqu' la ceinture, parce qu'il a une plaie  la
cuisse. Un autre soutient lui-mme sa jambe: il est bless au mollet.
Pas une plainte. Au contraire, il est de ces hommes qui chantent, tant
est grand l'enthousiasme qui les a pousss contre l'ennemi hrditaire
de leur race!

La bataille d'hier et d'aujourd'hui fut extrmement meurtrire. La 2e
division seule compte plus de 1.200 blesss et 500 tus; 28 officiers,
dont 3 colonels, sont hors de combat, car, comme toujours, selon les
belles traditions de l'arme grecque, les officiers marchaient en tte
de leurs hommes.

Parmi ces morts, il en est qui furent cruellement victimes de la
barbarie bulgare. Des officiers, comme le sous-lieutenant Marcandonakis,
des soldats, blesss au cours d'une attaque suivie d'un lger mouvement
de recul, ont t retrouvs, moins d'une heure aprs, lorsque les
troupes eurent de nouveau repris l'offensive, lchement gorgs.

Maintenant nous descendons vers Sarikeuy. En chemin encore, des blesss,
toujours souriants. Tu souffres, mon enfant?--Bah! Pour la patrie!
Mais le plus inattendu, peut-tre, dans ce spectacle, c'est de voir que
les brancardiers qui emportent ces hroques blesss sont... des paysans
turcs.

C'est la grande rconciliation. Ces Turcs se sont offerts d'eux-mmes
pour cet office, tellement ils sont contents de voir les Grecs venir
prendre la place des Bulgares qui avaient mis tout le pays  feu et 
sang... Les soldats, de leur ct, sont ravis. Ils fraternisent gaiement
avec les paysans et partagent avec eux tout ce qu'ils ont...

Nous passons le fleuve Galikos, presque  sec. Nous joignons sur sa rive
droite l'tat-major du gnral Kalaris qui nous accueille bien. Nous
pourrons rester auprs de lui ce soir.

Mais, pour finir notre journe, nous voulons voir Kilkiz de prs, et
nous voici  notre tour escaladant les pentes en glacis, maintenant
calmes, que dut franchir l'infanterie grecque sous les feux combins de
l'infanterie et de l'artillerie bulgares.

Nous atteignons les premires tranches ennemies. Elles sont
admirablement places pour donner le champ de tir le plus parfait qui se
puisse imaginer. Et elles sont aussi admirablement construites, selon
toutes les rgles de l'art militaire. La faon dont on leur a fait
pouser le terrain est trs intressante. Elles se flanquent les unes
les autres. Elles forment de vritables redoutes.

En avant de ces tranches, le terrain est jonch de morts. O que l'on
regarde, on en voit tendus dans l'herbe sche, tombs en des poses
diverses, parce que, surpris par la mort dans leur course infernale.
C'est effroyable. Cette hcatombe tait fatale, en raison de la
configuration du terrain en glacis sur plusieurs centaines de mtres en
avant des tranches.

Sur le remblai mme des tranches ou  leur intrieur, des cadavres
encore, cadavres de soldats grecs et de soldats bulgares, tombs les uns
sur les autres, la plupart horriblement percs de coups de baonnette...
Ici c'est un capitaine dont une lame bulgare, entre sous le menton, a
perc la tte de part en part... L ce sont des soldats dont la poitrine
fut rageusement perce quatre, cinq et dix fois.

KILKIZ EN FLAMMES

Nous avanons vers la ville, maintenant en flammes. L'une aprs l'autre,
les maisons en bois vermoulu, dessch encore par la chaleur de ces
derniers jours, prennent feu. Tout d'abord, on voit une petite fume
bleutre courir sur le toit de tuiles. Cela dure quelques instants,
puis, brusquement, un craquement sinistre, le toit s'affaisse, une
paisse fume brune jaillit, paillete de dbris de toutes sortes. Une
gerbe d'tincelles, de grandes flammes. Le toit s'est effondr... Plus
loin, c'est un pan de mur qui s'croule sur la rue. Et le feu se
communique de maison en maison. Telle qui ne brle pas encore va
s'enflammer toute, dans quelques instants, au contact de sa voisine 
moiti consume.

De tous cts, des dtonations. Des dbris sifflent  nos oreilles. Ce
sont des munitions ou des bombes qui clatent, car Kilkiz tait un nid 
comitadjis, c'est--dire un arsenal toujours bien garni.

Les Bulgares diront: Ce sont les Grecs qui ont incendi la
ville.--Voici ce qu'impartialement je dois dire, moi qui ai vu les
choses de prs.

Hier soir mme, des environs de Baltza, nous avons vu  la jumelle des
obus tomber sur la ville, et dj quelques fumes d'incendie s'lever,
vers le soir. Ce matin, ds 7 h. 1/2 (les choses ont pu commencer plus
tt, mais je ne veux dire que ce que j'ai vu),  mesure que de nouveaux
obus tombaient sur la ville, d'autres incendies se produisaient. Vers 9
h. 1/2, les fumes se firent plus nombreuses et plus paisses. Les
soldats bulgares avaient dj vacu la ville, qu'avait galement
quitte toute la population bulgare, ou peu s'en faut. Des paysans turcs
restrent les seuls matres de Kilkiz jusqu' son occupation par les
troupes grecques, vers 11 heures. Je tiens donc  certifier, en tant que
tmoin, que le feu avait dj commenc en ville et avec une grande
intensit, une heure et demie au moins avant l'entre d'un seul soldat
grec, et que, durant que nous tions dans la ville, l'aprs-midi, nous
n'avons pas vu un seul soldat mettre le feu  une maison.

A Sarikeuy, que nous regagnons le soir, nous trouvons la 2e division et
son tat-major, dont nous serons les htes pour cette nuit. Demain, nous
rejoindrons l'tat-major gnral du roi.

SOLDAT BULGARE ET SOLDAT GREC

Samedi, 5 juillet.

La 2e division a reu l'ordre de partir pour Kiourkout. Nous quittons
Sarikeuy en mme temps qu'elle et nous nous dirigeons tout de suite vers
Kilkiz.

Nous traversons de nouveau le champ de bataille, cette fois en son
centre. Les cadavres sont innombrables ici comme sur les autres points.

Nous passons rapidement les ruines fumantes de la ville et nous nous
dirigeons vers Sarigol, station de Kilkiz sur la ligne ferre de
Salonique  Constantinople.

De ce ct, la lutte a t trs chaude aussi. Lutte d'infanterie
extrmement intressante. En effet, sur plusieurs kilomtres, on peut
lire positivement sur le terrain toutes les phases du combat et de la
retraite des Bulgares. Ceux-ci ont combattu et se sont retirs selon
toutes les rgles de l'art. En avant, vers le village, c'est d'abord une
ligne continue de trous de tirailleurs, formant une longue tranche pour
tireurs couchs. Puis,  25 mtres en arrire, une ligne de trous de
tirailleurs d'une longueur de section. A la mme hauteur, mais plus loin
encore, une ligne pour une section. Et ainsi de suite les unes derrire
les autres,  25, 30 ou 50 mtres, suivant la configuration du terrain,
les lignes se succdent. Ces trous de tirailleurs sont bien faits. On
voit que le soldat bulgare est habitu  remuer la terre.

Devant les lignes, l'incendie a noirci la terre. Ce sont les Bulgares
qui, au fur et  mesure de leur retraite, mettaient le feu devant la
ligne qu'ils abandonnaient. Le vent, en effet, chassait la fume vers
les Grecs qu'elle aveuglait, tandis que les cendres chaudes rendaient
leur marche trs difficile, prcaution savante mais vaine, puisqu'elle
n'a pu empcher les vainqueurs d'avancer.

De tout ce que nous venons de voir, il y a des conclusions  tirer:

D'abord, en ce qui concerne le soldat grec en particulier. Il vient
cette anne de s'affirmer un soldat incomparable parce qu'en premier
lieu d'une rsistance  toute preuve, tant au froid qu' la chaleur.
Nous l'avons vu rester, en Epire, des mois entiers dans la neige et
l'immobilit d'un sige, par des froids de 15 et 20 au-dessous de
zro. Il ne s'est jamais plaint, et les maladies l'ont trs peu visit.
Jamais ce froid ne l'a empch de combattre ni de donner tous les
efforts que ses chefs lui demandaient.

Maintenant, c'est le contraire. La chaleur est torride. Nous avons, au
milieu de la journe, de 30  35  l'ombre, ce qui fait des 45 et 50
au soleil. Par ces tempratures effrayantes, il marche, il se bat, il
poursuit... Ses chefs eux-mmes sont tonns.

Le secret de cette rsistance?--Sa sobrit extrme.

Le soldat grec _ne boit jamais que de l'eau_. Il prouve un irrsistible
dgot physique pour l'alcool. Cette sobrit fait qu'il est aussi sain
d'esprit que de corps. Son moral est donc parfait, son enthousiasme
indescriptible.

C'est pour toutes ces raisons que la marche en avant d'une arme
compose de tels soldats, au surplus d'une rare intelligence et d'une
grande souplesse d'esprit, est si foudroyante et tellement irrsistible.

Une constatation d'ordre plus gnral est encore  faire:

Nous avons vu que les Bulgares se sont partout dsesprment accrochs
au terrain et l'ont mme fait avec beaucoup d'art. Pourtant, les Grecs
ont enlev toutes leurs positions d'assaut, sans, de leur ct, faire le
moindre travail de sape, sachant seulement utiliser le terrain. L'lan a
donc triomph du retranchement. Et il en sera toujours ainsi lorsque
l'assaillant sera intelligent et souple. C'est seulement s'il est lourd
et de mouvements massifs et lents, qu'il se laissera fatiguer par cette
suite ininterrompue de petites rsistances inattendues, qui finiront
trs vite par briser son lan et le mettront  la merci du dfenseur
passant alors rsolument  l'offensive.

LA PRISE DE DORAN

Dimanche, 6 juillet.

Doran est pris. L'extrme gauche de l'arme grecque est donc
victorieuse comme l'aile droite et comme le centre. Dix canons de 87mm
ont t enlevs, des munitions en quantit et tous les vivres amasss 
la gare et dans la ville de Doran, soit 400.000 oques de farine (l'oque
fait environ 1.200 gr.), 200.000 de fourrages, 100.000 de galettes,
50.000 de riz, 20.000 de haricots, 20.000 de sucre.

Les hommes, ici, trouvent cela tout naturel. Comme nous nous tonnons
que l'annonce de cette nouvelle victoire semble n'impressionner
nullement quelques evsones: Eh quoi? nous rpondent-ils. Pourquoi
ferait-on la guerre, alors, si ce n'tait pour prendre des canons, du
matriel et toutes sortes d'autres choses  son adversaire?

Si la victoire semble aux soldats grecs une chose toute naturelle, il
faut cependant bien remarquer qu'elle n'tait pas si facile  obtenir,
et qu'elle constitue pour l'arme grecque un triomphe sans prcdent
encore pour elle, triomphe dont la prparation scientifique place son
roi-gnralissime et son tat-major sur la mme ligne que les tout
meilleurs gnraux d'Europe, et dont la ralisation pratique met
l'officier et le soldat grec au niveau des officiers et soldats des
meilleures armes modernes.

JEAN LEUNE.



DE BERNE A MILAN PAR-DESSUS LES ALPES

Le beau raid de l'aviateur suisse Bider, qui, tout rcemment, a russi 
voler de Berne  Milan en traversant les Alpes, comptera parmi les plus
audacieuses prouesses ariennes de ces derniers mois, qui en furent
prodigues. Par bonne fortune, le passage de l'aviateur au-dessus de la
cime clbre de la Jungfrau,  une heure fort matinale, eut un tmoin
muni d'un appareil photographique: grce  lui, il nous est aujourd'hui
permis de montrer par l'image l'instant le plus solennel peut-tre de la
prilleuse randonne. Le clich reproduit ici, dont nous devons la
communication, accompagne d'intressants commentaires,  M. Ed. Bauty,
directeur de la _Tribune de Genve_, a t pris par M. Liechti,
directeur du chemin de fer de la Jungfrau,  la station du Jungfraujoch,
qui se trouve  3.457 mtres d'altitude, au milieu des glaciers et des
neiges.

[Illustration: L'aviateur suisse Bider survolant la Jungfrau.--_Phot. de
M. l'ingnieur Liechti._]

Oscar Bider, qui est d'origine bernoise, a voulu avant tout, par cet
exploit, accomplir une oeuvre patriotique. Sans le moindre esprit de
rclame, sans tapage aucun, il a tenu  montrer le rle que pouvait
jouer l'aviation en Suisse et  prouver que les sommets les plus levs
n'taient pas un obstacle pour un pilote rsolu. Aussi bien son
monoplan, un Blriot, portait-il, en manire de symbole, sur chacune de
ses ailes, la croix fdrale sur champ rouge.

C'est le dimanche 13 juillet,  4 h. 08 du matin, que Bider a quitt
Berne. Il s'levait immdiatement  une grande hauteur. A 6 h. 07. il
passait au-dessus du col de la Jungfrau,  6 h. 11, au-dessus de la
cabane Concordia,  6 h. 20, au-dessus de l'Eggishorn. Puis, il
disparaissait dans la valle pour atterrir  6 h. 40  Domodossola, en
Italie,  l'endroit mme o l'infortun Chavez et Bielovucic taient
arrivs, aprs avoir dcrit trois immenses cercles en vol plan.

Rapprovisionn en huile et en benzine, et son appareil mis au point,
quatre minutes plus tard, Bider repartait pour Milan o il atterrissait
 8 h. 42: il avait couvert environ 280 kilomtres, en quatre heures et
demie.

L'aviateur avait eu beaucoup  souffrir du froid, ayant rencontr des
tempratures de 10  15 au-dessous de zro. Mais la rception
enthousiaste qu'il reut,  Milan, du maire et des principales
notabilits le rcompensa de tous ses efforts.

Le raid de Bider a t trs remarqu en Suisse, et il n'est pas douteux
qu'il ne donne un grand lan  l'oeuvre de l'aviation militaire, qui est
en ce moment mme l'objet d'une grande souscription nationale.



CE QU'IL FAUT VOIR

EN PROVINCE

X... les-Bains. C'est une chose deux fois bienfaisante pour un Parisien
qu'un sjour de trois semaines au bord d'une source. Il s'y repose, et
il s'y instruit. Il s'y instruit en regardant les gens, en coutant les
propos de la rue, du petit caf, de la boutique; en explorant tout
doucement, le bton de marche  la main, le coin de pays o l'ont
provisoirement fix tantt les prescriptions du mdecin, tantt une
simple fantaisie, l'ide fixe d'essayer sur soi-mme ces eaux de
X...-les-Bains, dont tant d'amis vous ont vant les bienfaits... Mais le
moins d'automobile possible, n'est-ce pas, si nous avons la curiosit
sincre de nous instruire. On ne se renseigne pas en courant, et l'homme
qui vraiment veut voir est un piton. L'automobiliste, c'est surtout
quelqu'un qui veut avoir vu.

Je vous disais, il y a huit jours, quel mouvant et dlicat plaisir peut
prouver un voyageur, venu de nos boulevards,  se promener parmi des
paysans,  causer avec eux, sur le bord de la route, ou sous une
tonnelle de village, devant une bouteille de vin frais. Ces gens qui ne
savent rien savent tant de choses que nous ne savons pas, et leurs
seules faons _d'exister_ sont dj pour nous des leons d'ides si
intressantes! Je commence cependant  m'apercevoir qu'aprs un livre
sur le Paysan il y en aurait un autre, bien curieux aussi,--mais curieux
de tout autre manire,  crire sur le Provincial; j'entends le citadin,
l'habitant de nos prfectures ou de nos chefs-lieux d'arrondissement.

L'une de ces prfectures est toute proche d'X...-les-Bains; et je
ressentis comme une stupeur, la premire fois que j'en vis se prcipiter
vers nous les habitants. C'tait un dimanche; et, mlancolique, un peu
ddaigneux, mon htelier me dit: C'est comme a tous les dimanches,
monsieur. Les hteliers d'X...-les-Bains n'aiment pas leurs voisins de
la ville. Les gens du Casino non plus. Ils leur reprochent d'tre en
ce tranquille coin d'Auvergne un peu trop chez eux; d'y tenir, les
jours de fte surtout, un peu trop de place; d'y faire un peu trop de
bruit. Ils taient assez bruyants, en effet, nos envahisseurs; et il fut
visible, ds le commencement de l'aprs-midi, que les baigneurs
s'taient enfuis devant cette cohue, la laissant matresse des
terrasses, de la Restauration, des bancs du jardin, des chaises de la
Musique. Et je considrai ce spectacle avec surprise, vraiment. Quoi!
c'est ainsi que s'endimanchait une foule de grande ville,  la fin de
juillet 1913? O donc les modistes de Z... ont-elles la tte, et
qu'est-ce qu'ont appris, depuis un an, les couturires de ce chef-lieu,
si elles ignorent: les unes, que les chapeaux parasols qui obligeaient
les femmes  ne monter en voiture que de biais, et tte baisse, ne se
portent plus depuis prs d'un an et demi; les autres, qu'une toilette
n'est rendue jolie ni par la complication des ornements, ni par la
juxtaposition de couleurs qui ne demandaient qu' ne pas se rencontrer?
Ah! ces dmes de feutre et de paille, enguirlands de tant de fruits!
Ah! ces draps! Et ces revers de jaquette, et ces martingales, dont on
a pens: C'est vif de ton, mais cela gay une toilette--et qui gayent
surtout ceux qui les regardent passer. Je pensai: Allons  la ville
regarder leurs magasins. Ce doit tre extraordinaire. Et je m'en fus 
la ville. Et je vis quelque chose d'extraordinaire, en effet.

Je vis des devantures o s'offraient, disposs avec un got trs sr,
les plus agrables chantillons des dernires modes de Paris; des
magasins dont quelques-uns pourraient tre transports tels quels en nos
plus lgants quartiers, et qui y feraient bonne figure; des talages de
chemisier, de lingre, de modiste o s'affirmaient la connaissance la
plus exacte, le plus minutieux souci des prescriptions de nos modes, et
non pas de celles d'hier, mais bien de celles d'aujourd'hui,--voire de
demain. Je vis mieux encore: je vis passer des femmes d'lgance
charmante, vtues et pares comme le sont les plus _averties_ des
ntres.

--Des Parisiennes, peut-tre? demandai-je  l'ami qui m'accompagnait.

--Du tout. Des femmes d'ici. Je les connais.

--Alors je ne comprends pas. Mon ami se mit  rire.

--Vous n'entendez rien  la Province, dit-il. Vous la connaissez mal, et
vous ne la comprenez pas. Vous ne l'avez pas vue voluer.

 Il n'y avait autrefois, hors Paris, qu'une Province... c'est--dire
une masse homogne qui avait, en chaque rgion, son caractre propre,
ses habitudes de vie, sa physionomie, et que marquaient, en dehors de
ces traits particuliers, un certain nombre de traits gnraux qui
taient ceux de la Province franaise. Qu'un bourgeois provincial
habitt une toute petite ville ou une importante prfecture, et qu'il y
ft un gros industriel ou un petit marchand, il tait un _type_
reconnaissable, et parfaitement distinct du type parisien. Et ces
particularits d'aspect, de manires, de mentalit, on les retrouvait
autour de lui, chez sa femme, chez ses enfants, chez ses domestiques, la
vie de province ne marquait pas seulement les personnes de son
empreinte; elle la mettait sur les choses. Un auteur dramatique
proccup de vrit n'et pas permis qu' la scne le salon d'une riche
dame de Valenciennes ou de Libourne et celui d'une bourgeoise aise de
l'avenue de Villiers fussent meubls et dcors de faon pareille. Il
lui et sembl ncessaire que, dans le dtail de sa toilette, si l'on
peut dire, le premier _retardt_ un peu sur le second. Ces distinctions
ont cess, en partie du moins, d'tre vraies.

--Pourquoi en partie?

--Parce qu'il y a aujourd'hui deux Provinces: une Province de moyenne et
petite condition, dont la physionomie n'a presque point chang; qui
retarde un peu sur Paris, de toutes sortes de manires; celle qui vient
promener, le dimanche,  X...-les-Bains, les toilettes et les chapeaux
qui vous font tant souffrir, et dont Huard continue
d'tre--implacablement!--le portraitiste fidle... Et puis il y a
l'autre Province, qui compose en chaque ville comme un groupe nettement
distinct et dtach du premier, et en constitue, pour ainsi parler, la
partie parisienne.

--Les riches?

--Oui, les riches; et puis aussi tous ceux et toutes celles qui, par
leur ducation, leur origine, les conditions de leur mtier et de leurs
fonctions, leur peuvent tre assimils. Cette lite-l n'ignore rien des
modes de Paris, de vos toilettes, de vos pices  succs; elle suit vos
journaux, reoit vos livres; elle a, parmi vous, des amis et de la
famille; elle vous fait visite plusieurs fois par an; et, si la ville
qu'on habite est  moins de deux cents kilomtres de Paris, les femmes
les plus raisonnables de cette lite n'hsiteront pas  faire le
voyage une fois par semaine, pour essayer une robe, voir la pice
nouvelle, et se faire bousculer dans le magasin de nouveauts o
d'exceptionnelles occasions leur sont promises par quelque irrsistible
catalogue, reu la veille...

 Cette Province-l en tranera-t-elle l'autre  sa suite, et
verrons-nous nos villes, petit  petit, se parisianiser tout entires?
C'est bien possible.

--Ne le souhaitons pas, dis-je. Une toilette ridicule, un chapeau dont
la mode est passe sont des choses pnibles  voir... Mais n'oublions
pas que ces laideurs sont l'indice d'ingnuits, d'indiffrences,
d'ignorances qui ont leur prix; et qu'il y a des vertus qui se
concilient ma! avec un souci trop minutieux de l'lgance. Le jour o
toutes les Franaises sauraient au juste quel chapeau il faut porter,
je crois que pas mal de Franais seraient  plaindre...

UN PARISIEN.



AGENDA (26 juillet au 2 aot 1913)

EXPOSITIONS ARTISTIQUES.--_Paris_: Galerie Georges Petit (8, rue de
Sze): le _31 juillet_, clture de l'exposition des petits matres de
1830.--_Province_: expositions  Vichy, Douai.--_Etranger_: Ostende,
Spa, Cand, Florence.

CONGRS.--Le 6e congrs international d'aronautique s'ouvrira le _4
aot_  Gand.

CONCOURS HIPPIQUE.--Le concours hippique de Caen, organis par la Socit
hippique de la basse Normandie, se tiendra les 27, 28 et 29 _juillet_.
Le 27 _juillet_, concours militaire (prix des Unitorrnes); le 28, prix
de classe; concours militaire, prix des Dames; le 29, prix de la Coupe.

SPORTS.--_Courses de chevaux_: le _26 juillet_, le Tremblay; le dimanche
27, Maisons-Laffitte (_prix Eugne Adam, Omnium de deux ans_); le 28, le
Tremblay; le 29, Chantilly; le 30, Vincennes; le 31, le Havre; le _2
aot_, Deauville.--_Automobile_: le grand meeting automobile de la
Sarthe s'ouvrira le 2 _aot_ par la coupe internationale des
motocyclettes et motocycles; le 5, Grand Prix de France.--_Yachting_:
les rgates de la baie de la Somme auront lieu le _3 aot_, 
Saint-Valery-en-Caux.--Athltisme: le _27 juillet_, au Parc des Princes,
challenges nationaux de la Fdration des Socits athltiques
professionnelles de France;--_Tennis_: le _28 juillet_,  Dieppe,
tournoi annuel, championnats internationaux.--_Cyclisme_: le 27
_juillet_, au Parc des Princes, arrive de la course du tour de France;
course de primes, prix du tour de France, match de tandems; le _31
juillet_, au Vlodrome Buffalo, runion nocturne, course 
l'Amricaine.--_Natation_: le _26 juillet_,  l'le des Cygnes,
championnats militaires, prix du Ministre de la Guerre; le 3 aot, de
l'cluse de la Monnaie  l'le des Cygnes, championnat fminin de Grand
Fond.--_Tir aux pigeons_: le tir aux pigeons de Deauville fera sa
rouverture le _29 juillet._



LES LIVRES & LES CRIVAINS

SUFFRAGETTES

M. Philippe Millet, qui vient d'crire un livre si fin, si vrai, si
ingnieusement spirituel sur les suffragettes (2), ne veut cependant pas
de mal  ces adversaires--organiss et conscients--du sexe fort. Mme,
il dplore, en sa prface, que des gens, de plus en plus nombreux,
expriment pieusement le souhait de voir fouetter en place publique ces
dames agites. Il s'attendrit, et nous devons le croire sincre, sur le
sort des militantes qui expient aujourd'hui, dans les prisons de Sa
Majest, des dlits relativement inoffensifs. Car, vous entendez bien,
M Philippe Millet qualifie ces dlits de relativement inoffensifs. Et
cela vous paratrait sans doute d'une redoutable indulgence si ce
n'tait plutt d'une inlassable galanterie. Incendier des villas mme
habites, anantir des oeuvres d'art, oublier des bombes dans des
tablissements publics, ou dans des botes aux lettres, se jeter dans
les jambes d'un cheval de course et sacrifier sa vie pour faire panacher
le jockey du roi, tout cela n'est que jeu de dames, sans consquence et
sans malice. D'avance, M. Millet absout.

[Note 2: _Jenny s'en va-t-en guerre_, Bernard Grasset, diteur, 3 fr.
50.]

Eh bien, lisez le livre de M. Philippe Millet et vous aurez bien sr
cette conviction que _Jenny s'en va-t-en guerre_ ne pardonnera pas de si
tt, elle,  M. Philippe Millet tout le talent qu'il lui consacre. Car,
vraiment, si le suffragisme rsiste aux coups droits de tant de verve,
c'est que le suffragisme est fort, trs fort, et qu'il aura raison de la
raison des hommes.

Une autre partie du livre de M. Philippe Millet s'intitule la Mort du
Roi. Ce sont encore des scnes anglaises vues et bien vues par un
observateur qui sent  merveille le pittoresque populaire de Londres
dans le deuil comme dans la joie. Un Franais qui s'arrte sur le
trottoir de Londres sourit parfois en regardant passer la foule: il
finit toujours, s'il est sincre, par trouver quelque raison d'admirer.
M. Philippe Millet a regard passer la foule anglaise. Il a souri et n'a
point voulu garder pour lui seul ce sourire. Mais, si l'on en juge par
la sincrit de son humour, on sent bien qu'il n'a point cess
d'admirer.

AMOURS D'AUTOMNE

Le _Beau couchant, Au Soleil couchant_(3), tels sont les titres presque
identiques de deux livres qui, chacun avec sa forme et son art
personnels, voquent le romanesque attnu et tendrement mlancolique
des amours d'automne.

[Note 3: Plon, diteur, chaque vol. 3 fr. 50.]

Le _Beau couchant_, de M. Georges Delaquys, fut publi par
_L'Illustration_ il y a peu d'annes. Nos lecteurs n'ont pas oubli
cette aventure, chastement passionne, de deux mes d'lite qui, sur le
tard, entreprennent de rattacher  la ralit leurs illusions
dclinantes sous le couvert de la grave archologie et se trompent
quelque peu l'une l'autre  l'aide de touchants mensonges pistolaires.
Il se trouve que la correspondante de M. Grard Landrillon, prhistorien
rput, engag au fatal tournant de la cinquantaine, mais peu soucieux
de l'avouer, est elle-mme une beaut mrissante, mais peu encline 
confesser son ge et que le devoir a confine dans un intrieur
claustral de Provence. Vous devinez que tout s'arrange et qu'il y a pour
dnouer l'idylle une rencontre attendrissante. Mais le tableau de ces
amours attardes conserve la grce joliment suranne d'un pastel ancien.
Du livre de Mlle Mathilde Alanie: _Au Soleil couchant_, nous ne pouvons
aussi penser que le plus grand bien, puisque deux des sept ou huit
exquis petits romans contenus dans ce volume: Bal blanc et la Soutane
de l'abb Constantin, ont t publis par nous en leur indit. Dans
Bal blanc, le dlicat et charmant crivain nous explique, avec son
tact amus, l'panouissement tardif d'un roman de jeunesse.

--Vous tes, dit le commandant Lafarde  Mlle Aurore Tiercin, vous tes
la premire femme que j'ai aime... Il y a vingt-cinq ans, je vous
demandai en mariage. Vous m'auriez accept si mes intentions vous
avaient t transmises... Reprenons les choses au point o elles en sont
restes... Mademoiselle Aurore, j'ai l'honneur de solliciter votre main.

Et voici que l encore la vie, aprs un long arrt, recommence avec
l'amour. Ces amours d'automne, les romanciers trop souvent les ont
cruellement railles, car l'automne, disent-ils, n'est plus le temps des
amours. Il s'agirait plutt de s'entendre sur le caractre et la qualit
des amours. Les amours d'automne ne sont point les amours de printemps.
On ne saurait les humilier par une comparaison ni les diminuer en les
soumettant  une mesure. Les amours d'automne sont autre chose, voil
tout!

ALBRIC CAHUET.



UN JEUNE SAUVETEUR

[Illustration: Pierre Cusset.--_Phot. Pierre._]

Les journaux ont cont, rcemment, l'acte de courage de ce garon de
treize ans, dont nous donnons ici la photographie. Le jeune Pierre
Cusset, fils du capitaine de frgate Cusset, chef de la 2e section de la
Prfecture maritime,  Brest, se trouvait aux bains du casino de Kermor,
et allait regagner le rivage, lorsque des cris, des appels dsesprs,
l'arrtrent: un baigneur,  50 mtres au large, se noyait. Sans
hsiter, Pierre Cusset se mit  nager vigoureusement et parvint 
rejoindre l'homme qu'une soudaine congestion venait de frapper: le
capitaine Favarelli, du 6e rgiment d'infanterie coloniale. Et l'on put
voir l'enfant, dont les forces, peu  peu, s'puisaient, soutenir
l'officier, jusqu'au moment o le matre nageur de l'tablissement
arriva en barque pour recueillir le vaillant sauveteur et celui que son
nergie, son sang-froid avaient conserv  la vie.



DOCUMENTS et INFORMATIONS

LE LATIN DEVENU LA LANGUE DES PEAUX-ROUGES.

Les Peaux-Rouges se civilisent de plus en plus, et ceux que l'on
rencontre parfois dans les cirques europens sont peut-tre encore moins
dgnrs que leurs grands frres parqus par le gouvernement des
tats-Unis dans la rserve du Yellowstone Park, dans l'espoir de
conserver la race.

Dtail peu connu et qui frappe particulirement les Europens voyageant
au Canada, les Peaux-Rouges du Nord ont totalement oubli l'idiome
d'Oeil de Faucon. Ils parlent  peine l'anglais et gure mieux le
franais; mais ils s'expriment correctement en latin. Et c'est dans la
langue de Cicron que les touristes conversent avec les jeunes squaw,
habilles comme des Parisiennes, qui leur montrent les curiosits du
pays, dont une des principales est un grand chef Peau-Rouge tabli 
Indian Laurette,  80 kilomtres au nord de Qubec... comme notaire.

La chose s'explique par l'influence du clerg dans la province de
Qubec, lequel s'efforce de vulgariser parmi ses ouailles la langue des
psaumes jusqu'ici ddaigne par les auteurs modernes qu'il considre
comme dangereux.

[Illustration: Le pont, interdit  la circulation, quelques minutes
avant l'accident: de profondes fissures sont visibles,  droite et 
gauche de la pile,--_Phot. Girard._]

[Illustration: L'effondrement, dans la Loire, de la dernire pile,
entranant celui de tout l'ouvrage,--_Phot. Girard._]

[Illustration: Aprs la chute du pont: seule la dernire pile merge,
tandis que les rails du tramway, les cbles lectriques et les conduites
d'eau relient toujours les deux rives.--_Phot. Thuret._]



L'CROULEMENT DU PONT MAUDIT A NANTES

UN PONT S'CROULE A NANTES.

Un accident d'une nature assez rare vient de se produire, la semaine
dernire,  Nantes: un des vieux ponts de la ville, appel le pont
Maudit, s'est croul mercredi, dans la Loire. Comme depuis la veille il
menaait ruine, qu'une des pierres de sa vote dj s'tait dtache, la
circulation y avait t interdite. Mais il est heureux que l'accident ne
se soit pas produit le 14 juillet, o, le soir, une foule norme tait
masse sur le pont pour contempler le feu d'artifice: c'et t une
catastrophe effroyable.

Il va toutefois rsulter de cet accident une gne considrable pour le
grand port. Le pont Maudit faisait partie, on effet, d'une ligne de
ponts qui runit le centre de la ville, tabli sur la rive droite de la
Loire, au quartier commerant et industriel de la Prairie aux Ducs, o
sont installs nombre d'usines, d'entrepts, de grandes maisons de
ngoce.

Le nom, assez trange, de l'ouvrage dtruit avait une amusante origine.
Son tablissement avait t rclam, en 1779, par les habitants de l'le
Feydeau, situe au milieu de la Loire, tous gens opulents, grands
armateurs, et plus ou moins marchands de bois d'bne, btisseurs des
magnifiques htels qu'on admire encore aujourd'hui sur ce point de la
vieille cit, qui se plaignaient d'tre isols, demandaient
l'tablissement d'une passerelle en charpente entre leur rive et celle
de l'le Gloriette, leur voisine, elle-mme runie  la rive du fleuve;
ils offraient de payer une, partie des frais de la construction.
L'administration municipale ne put s'entendre avec eux. Le pont
cependant fut construit, aux seuls frais des intresss qui se vengrent
de leur dconvenue en l'appelant le Maudit Pont.

L'ouvrage qui vient de disparatre, pont de pierre d'une seule arche qui
avait remplac l'ancienne passerelle et dont les dbris encombrent
maintenant le lit de la Loire, ne remontait pas si haut. Il avait t
reconstruit, en dernier lieu, en 1841,--mais, chose curieuse, toujours
aux frais des habitants, en grande partie du moins.

UN MDICAMENT NOUVEAU:

LA S. T. C. Un mdecin allemand, le docteur
Hammer, de Stuttgart, assure qu'il obtient couramment les meilleurs
rsultats curatifs en pansant les plaies suppurantes et les lsions
ulcres avec une poudre de son invention,  laquelle il a donn le nom
de S. T. C. Ces trois lettres dont l'assemblage a quelque chose de
mystrieux sont les initiales de trois mots latins, _scobis tosta
cribrata_ qui signifient sciure de bois grille passe au crible. Il
s'agit, en effet, tout simplement de sciure de bois dur, assche au
four, puis finement tamise et qui possde, parat-il, des proprits
absorbantes tout  fait remarquables. Aprs avoir employ
systmatiquement ce produit pendant plusieurs annes, M. Hammer publie 
son sujet des observations de malades tout  fait concluantes et des
statistiques de gurisons devant lesquelles on ne peut moins faire que
s'incliner. La S. T. C. dtrnera-t-elle la poudre de charbon de bois et
la cendre de paille de riz dont les mdecins japonais ont fait usage
pendant la guerre contre les Russes? Fera-t-elle une concurrence
heureuse au sucre en poudre que prconisent certains chirurgiens
d'Amrique? Arrivera-t-elle  supplanter le pansement  la tourbe sche
qui eut nagure des dfenseurs enthousiastes? On ne saurait se prononcer
sur ce point, mais la S. T. C. de Hammer a pour elle l'originalit de
son nom de baptme: il n'en faut pas davantage pour l'imposer 
l'attention.

EMPLOI DU SEL MARIN COMME ENGRAIS.

Les agronomes s'accordent gnralement  admettre que le sel marin joue,
vis--vis des plantes, le rle d'un vritable poison. Cependant, il
semble bien que cette opinion doive tre tenue pour excessive, ou tout
au moins trop absolue: on effet, malgr la salure qui les caractrise,
les terrains bas avoisinant la mer ne sont pas ncessairement striles,
puisque certaines plantes peuvent y vivre et s'y dvelopper,
probablement en vertu d'une sorte d'accoutumance, grce  laquelle elles
finissent par s'adapter  leur milieu. Il est, du reste, trs
vraisemblable _a priori_ qu'il en doit tre du sel comme de la plupart
des substances mdicamenteuses; nfastes quand on les absorbe  doses
massives, elles sont au contraire bienfaisantes quand elles sont donnes
on quantit convenable  l'organisme.

C'est ce que paraissent dmontrer des recherches poursuivies depuis
quatre ans en Hongrie,  la station agronomique royale de Magyarovar et
dont M. Janesco Bla vient de publier le compte rendu. Sans vouloir
entrer dans le dtail des expriences institues  ce sujet, il convient
de noter qu'en terre meuble, complante de betteraves  sucre,
l'pandage en ligne de 175 kilos de sel brut par hectare a fait
accrotre de 14.000 kilos le rendement en poids des tubercules rcolts:
si l'avenir confirme les esprances des observateurs hongrois en
dmontrant que le rondement en sucre est augment, lui aussi, ou tout au
moins qu'il n'est pas diminu, nul doute que l'emploi du sel comme
engrais ne se gnralise trs vite. Pour le moment, tout ce qu'il est
permis d'en dire, c'est qu'un important problme agricole se trouve
dsormais pos et qu'il faut souhaiter pour lui une solution aussi
prochaine que possible.

LA DURE DES RAILS EN ACIER.

On tend de plus en plus  substituer l'acier au fer dans toutes les
branches d'industrie, et le P.-L.-M. vient d'annoncer qu'aprs 1913 il
n'existera plus de voies principales en fer sur son rseau.

[Illustration: La bndiction des automobiles, 
Saint-Christophe-le-Jajolet (Orne).]

Les rails en acier rsistent au moins deux ou trois fois plus longtemps
que les rails en fer. On a calcul, en effet, que, sur les sections en
palier ou en pente lgre, ils s'usent d'environ 1 millimtre de hauteur
par 110.000 trains. Le rail pouvant rester en service jusqu' ce qu'il
ait perdu 15 millimtres d'paisseur, cette dure correspond au passage
de 1.500.000 trains.

LAMPE POUR PERCER LE BROUILLARD.

On exprimente en ce moment un dispositif de lampe qui permettrait aux
rayons lumineux de traverser le brouillard beaucoup plus facilement que
le fait la lumire des lampes proposes jusqu'ici. Le rsultat est
obtenu simplement en plaant devant une lampe  incandescence un verre
d'une teinte vert jaune spciale.

D'autre part, un rflecteur parabolique on verre argent projette, en
mme temps que la lumire, une chaleur suffisante pour viter la
formation du givre sur le verre qui spare la lampe de l'atmosphre. Un
joint hermtique en tresse de chanvre empche en outre la pntration de
l'humidit.

A PROPOS DE LA LGION TRANGRE.

Nous avons, dans l'article de notre dernier numro sur la lgion
trangre, cit les belles paroles prononces au cours d'un des derniers
banquets de l'Alliance coloniale franaise par le prsident des Anciens
de la lgion trangre, M. Maurer,--et non point M. Candau-Maurer, comme
il avait t inexactement crit.

PLERINAGE SPORTIF

Saint Christophe est, nul n'en ignore, le patron des automobilistes. Or,
bien longtemps avant que roult le plus dmod des tacots, plusieurs
communes, paroisses et localits de France taient places sous la
protection du charitable Christophore. Or, le cur de l'une de ces
paroisses, Saint-Christophe-le-Jajolet, dans l'Orne, M. l'abb Thuault,
inaugurant, dimanche dernier, une statue rige au saint patron de son
glise, avait eu l'ide d'organiser, ce jour-l et  cette occasion, un
plerinage de chauffeurs. Nombreux furent ceux qui rpondirent  son
invite, et,  la date fixe, la petite bourgade, qui n'a gure, en tout,
que quatre cents habitants, tait soudain envahie par les vhicules
automobiles les plus divers, limousines ou landaulets aristocratiques,
teufs-teufs sans prtention, et jusqu' de robustes camions automobiles.

Processionnellement, de la petite glise on se rendit  la place o
s'rige la statue du saint, au-dessus de laquelle flottaient, en ce
dimanche de fte, des tendards tricolores. Les autos,  petite vitesse,
suivaient, en longue thorie, au chant des hymnes et d'un cantique de
circonstance, la foule des fidles, les gymnastes de la localit,
portant eux-mmes sur un brancard, une statuette de saint Christophe.
C'tait un spectacle infiniment pittoresque et original.

Le cortge s'arrta tout autour de la place. L'encens monta dans l'air,
les chants se lurent, et l'abb Thuault bnit, avec la foule
agenouille, les autos ranges, immobiles et silencieuses, en
demi-cercle devant lui.

Les chauffeurs ont dsormais leur Mecque.

M. LOUIS BARTHOU ET LES TROIS ANS

La loi militaire fixant de nouveau  trois ans la dure du service a t
enfin vote,  la Chambre des dputs, samedi dernier, en une sance de
nuit, par une imposante majorit: 358 Voix contre 204. Les clameurs qui,
au del des frontires, ont ponctu sa longue discussion et salu son
adoption sont le plus sr indice de sa ncessit, de son excellence.

Le pays, en ces temps derniers, avait  maintes reprises manifest  cet
gard son sentiment. Il ne sera point parcimonieux de sa reconnaissance
envers ceux qui viennent de lui assurer cette garantie de paix dans la
dignit: on en peut voir la preuve dans la popularit grandissante qui,
depuis le commencement des dbats parlementaires sur ce grave sujet, s
est attache au nom de M. Louis Barthou, prsident du Conseil, ds qu'on
reconnut en lui, dans cette discussion de prs de deux mois--elle
commena le 2 juin--le dfenseur le plus convaincu, le plus chaleureux,
le plus vaillant du projet dpos le 6 mars par le cabinet Aristide
Briand, et qu'il avait nergiquement fait sien.

Cette victoire patriotique, en effet, est pour la plus grande part
l'oeuvre de M. Louis Barthou.

Pendant cette longue bataille, il eut  tenir tte  des adversaires non
moins rsolus qu'il l'tait lui-mme, intelligents, d'ailleurs, et bien
arms, qui lui ont oppos, aprs des violences calcules, d'insidieuses
thories et des arguties de casuistes. A leurs attaques furieuses il a
fait tte avec un sang-froid magnifique, un esprit d'-propos jamais en
dfaut, une rare vigueur d'intelligence, et, par-dessus tout, une
crnerie superbe, un courage civique qu'on ne saurait trop louer; car
quelle vraie bravoure ne lui fallut-il pas, pour opposer,  des
arguments de runion publique souvent, d'autres fois  une obstruction
qui et paru purile si elle n'avait t si dangereuse, le langage de la
saine raison, de la conscience, et rsister victorieusement  cette
tactique de surenchres dmagogiques dont nous n'avons dj que trop
prouv les dsastreux rsultats.

De toute la bataille, il n'a pas abandonn un moment le poste le plus
prilleux qui ft, face  l'ennemi irrductible, le chargeant avec une
furia toute franaise, intervenant  chaque sance,  chaque instant,
soutenant avec une tonnante vigueur la tche la plus crasante, tour 
tour spirituel, loquent, mouvant, persuasif enfin, et tmoignant d'une
endurance physique gale  sa verdeur intellectuelle, soutenu, exalt
par l'ide du noble devoir qu'il assumait devant la France.

Certes, bien avant cette preuve, les magistrales qualits d'homme
politique de M. Louis Barthou n'taient point mconnues, mme de ses
rivaux ni de ses adversaires. Dans les circonstances graves, dcisives
pour l'avenir de la patrie, o il vient de jouer ce rle minent, il
s'est rvl comme l'gal des plus grands parlementaires dont
s'enorgueillissent les fastes de nos assembles.



L'ACHVEMENT DU BOULEVARD HAUSSMANN

A diverses reprises nous avons entretenu nos lecteurs du projet
d'achvement du boulevard Haussmann; nous avons, notamment, indiqu la
combinaison financire agre par le Conseil municipal et nous avons
donn un plan dtaill montrant le primtre des immeubles  exproprier
et les alignements de la voie future. La photographie, prise en
dirigeable, que nous publions d'autre part achve de fixer les ides;
mieux que le plus prcis des plans, elle montre, tel qu'il se prsente
aujourd'hui, le groupe d'immeubles  abattre entre le terminus actuel du
boulevard Haussmann et le boulevard Montmartre.

Rappelons que les immeubles atteints par le trac sont les suivants:

Boulevard des Italiens: nos. 2, 4, 6, 8, 10, 12;

Rue Le Peletier: nos. 6, 2, 4, 9, 7, 5;

Rue Laffitte: nos. 8, 10, 12, 14, 11, 9, 7, 5;

Rue Taitbout: nos 10, 14, 16, 18, 20, 22, 24.

Dans quelques semaines, sans doute, les dmolitions vont commencer. Le
24 avril dernier, la concession de cette vaste opration a t prononce
au profit de MM. Rivaud, Hesse et Gravelotte; et, ces jours derniers, le
Conseil d'tat a donn l'avis favorable ncessaire pour prendre le
dcret approuvant l'adjudication et autorisant les expropriations.

Aux termes du cahier des charges, le concessionnaire payera les
immeubles acquis  l'amiable ou par voie d'expropriation; il effectuera
tous les travaux de dmolition, et supportera les frais des travaux
d'tablissement de la voie publique, ces derniers devant tre excuts
par la ville. Enfin, sur les parcelles expropries, non utilises pour
le boulevard et qui deviendront sa proprit, il sera tenu d'lever dans
le dlai de trois ans,  partir de la mise en possession, des immeubles
rpondant aux ncessits esthtiques que comporte le contre de Paris.

La Ville lui allouera une subvention de 25 millions, si la dpense
totale de l'opration atteint 50 millions. Si ce chiffre est dpass, la
subvention sera augmente d'une fraction qui ne pouvait tre suprieure
aux 40/100 de la dpense, et que l'adjudication a fixe  5/100. Grce
au rabais norme consenti par le concessionnaire, l'opration prsente
pour la Ville un ala minime. En admettant, en effet, que la dpense
atteigne 100 millions au lieu de 50, le supplment de subvention sera
seulement de 2.500.000 fr.

Ajoutons que toutes les indemnits, fixes  l'amiable ou rgles devant
le jury, seront acquittes par la Caisse municipale avec les fonds
pralablement verss par les concessionnaires.



UN MONUMENT A GROME

Le dimanche 20 juillet, un monument consacr  Jean-Lon Grme a t
inaugur  Vesoul, sa ville natale. Il se compose d'un buste sur une
stle,--celui-l mme que sculpta Carpeaux, prcd par une des oeuvres
les plus nobles du clbre artiste: cette _Tanagra_ hiratique dont
l'original en marbre figure au muse du Luxembourg.

Ce monument, dont la simple et classique ordonnance fait grand honneur 
l'architecte Legrand, a le rare mrite d'tre d  la collaboration de
deux matres incontests et d'voquer aussi fidlement que possible
l'art et l'esprit de celui qu'il commmore. Il s'lve dans la cour de
l'hpital de Vesoul, futur htel de ville dont le muse occupera l'une
des annexes.

M. Paul Morel, sous-secrtaire d'tat  l'Intrieur, maire de Vesoul,
MM. Dagnan Bouveret, Franois Flameng et Raoul Verlet, membres de
l'Institut, Mmes Teyssier, Morot et Boussod, filles de Grme, M. Masson
son gendre, et leurs familles assistaient  la crmonie, ainsi que
toutes les autorits du dpartement et de la ville et de nombreuses
personnalits artistiques parmi lesquelles on remarquait MM. Muenier,
Courtois, Trochsler.

Plusieurs beaux discours furent prononcs: par M. Dagnan-Bouveret,
prsident du comit Grme, par M. Paul Morel, au nom de la ville de
Vesoul, par M. Flameng, reprsentant l'Acadmie des beaux-arts, par, M.
Verlet, reprsentant la sculpture franaise; et le bon pote Charles
Grandmougin lut une ode  Grme, pleine de noblesse et d'lvation.

Grce  l'heureuse initiative de M. Paul Morel, grce  l'intelligente
mulation des Vsuliens, cette inauguration eut un clat vraiment
exceptionnel. Chaque maison de la petite ville, chaque fentre, jusqu'
la plus humble, s'tait enguirlande de feuillages et de fleurs, et
pavoise de drapeaux. Une fte fleurie, un cortge de fanfares, de chars
et de voitures succdrent  la crmonie officielle.

Et cette journe en l'honneur de Grme, qui fut un si joli tmoignage
de patriotisme local, s'acheva par des illuminations et par des concerts
qui avaient attir un trs grand nombre de curieux.

[Illustration: Le monument, se composant du buste de Grme, par
Carpeaux, et d'une reproduction de la _Tanagra_ de Grme lui-mme.]

[Illustration: La tribune officielle pendant le discours de M.
Dagnan-Bouveret. _Phot. Numa Droz._]

L'INAUGURATION DU MONUMENT DU PEINTRE-SCULPTEUR GROME A VESOUL



[Illustration: LE MONSIEUR QUI VEUT DORMIR, par Henriot.]







End of the Project Gutenberg EBook of L'Illustration, No. 3674, 26 Juillet
1913, by Various

*** END OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK L'ILLUSTRATION, NO. 3674 26 JUILLET 1913 ***

***** This file should be named 39183-8.txt or 39183-8.zip *****
This and all associated files of various formats will be found in:
        http://www.gutenberg.org/3/9/1/8/39183/

Produced by Jeroen Hellingman et Rnald Lvesque

Updated editions will replace the previous one--the old editions
will be renamed.

Creating the works from public domain print editions means that no
one owns a United States copyright in these works, so the Foundation
(and you!) can copy and distribute it in the United States without
permission and without paying copyright royalties.  Special rules,
set forth in the General Terms of Use part of this license, apply to
copying and distributing Project Gutenberg-tm electronic works to
protect the PROJECT GUTENBERG-tm concept and trademark.  Project
Gutenberg is a registered trademark, and may not be used if you
charge for the eBooks, unless you receive specific permission.  If you
do not charge anything for copies of this eBook, complying with the
rules is very easy.  You may use this eBook for nearly any purpose
such as creation of derivative works, reports, performances and
research.  They may be modified and printed and given away--you may do
practically ANYTHING with public domain eBooks.  Redistribution is
subject to the trademark license, especially commercial
redistribution.



*** START: FULL LICENSE ***

THE FULL PROJECT GUTENBERG LICENSE
PLEASE READ THIS BEFORE YOU DISTRIBUTE OR USE THIS WORK

To protect the Project Gutenberg-tm mission of promoting the free
distribution of electronic works, by using or distributing this work
(or any other work associated in any way with the phrase "Project
Gutenberg"), you agree to comply with all the terms of the Full Project
Gutenberg-tm License (available with this file or online at
http://gutenberg.org/license).


Section 1.  General Terms of Use and Redistributing Project Gutenberg-tm
electronic works

1.A.  By reading or using any part of this Project Gutenberg-tm
electronic work, you indicate that you have read, understand, agree to
and accept all the terms of this license and intellectual property
(trademark/copyright) agreement.  If you do not agree to abide by all
the terms of this agreement, you must cease using and return or destroy
all copies of Project Gutenberg-tm electronic works in your possession.
If you paid a fee for obtaining a copy of or access to a Project
Gutenberg-tm electronic work and you do not agree to be bound by the
terms of this agreement, you may obtain a refund from the person or
entity to whom you paid the fee as set forth in paragraph 1.E.8.

1.B.  "Project Gutenberg" is a registered trademark.  It may only be
used on or associated in any way with an electronic work by people who
agree to be bound by the terms of this agreement.  There are a few
things that you can do with most Project Gutenberg-tm electronic works
even without complying with the full terms of this agreement.  See
paragraph 1.C below.  There are a lot of things you can do with Project
Gutenberg-tm electronic works if you follow the terms of this agreement
and help preserve free future access to Project Gutenberg-tm electronic
works.  See paragraph 1.E below.

1.C.  The Project Gutenberg Literary Archive Foundation ("the Foundation"
or PGLAF), owns a compilation copyright in the collection of Project
Gutenberg-tm electronic works.  Nearly all the individual works in the
collection are in the public domain in the United States.  If an
individual work is in the public domain in the United States and you are
located in the United States, we do not claim a right to prevent you from
copying, distributing, performing, displaying or creating derivative
works based on the work as long as all references to Project Gutenberg
are removed.  Of course, we hope that you will support the Project
Gutenberg-tm mission of promoting free access to electronic works by
freely sharing Project Gutenberg-tm works in compliance with the terms of
this agreement for keeping the Project Gutenberg-tm name associated with
the work.  You can easily comply with the terms of this agreement by
keeping this work in the same format with its attached full Project
Gutenberg-tm License when you share it without charge with others.

1.D.  The copyright laws of the place where you are located also govern
what you can do with this work.  Copyright laws in most countries are in
a constant state of change.  If you are outside the United States, check
the laws of your country in addition to the terms of this agreement
before downloading, copying, displaying, performing, distributing or
creating derivative works based on this work or any other Project
Gutenberg-tm work.  The Foundation makes no representations concerning
the copyright status of any work in any country outside the United
States.

1.E.  Unless you have removed all references to Project Gutenberg:

1.E.1.  The following sentence, with active links to, or other immediate
access to, the full Project Gutenberg-tm License must appear prominently
whenever any copy of a Project Gutenberg-tm work (any work on which the
phrase "Project Gutenberg" appears, or with which the phrase "Project
Gutenberg" is associated) is accessed, displayed, performed, viewed,
copied or distributed:

This eBook is for the use of anyone anywhere at no cost and with
almost no restrictions whatsoever.  You may copy it, give it away or
re-use it under the terms of the Project Gutenberg License included
with this eBook or online at www.gutenberg.org/license

1.E.2.  If an individual Project Gutenberg-tm electronic work is derived
from the public domain (does not contain a notice indicating that it is
posted with permission of the copyright holder), the work can be copied
and distributed to anyone in the United States without paying any fees
or charges.  If you are redistributing or providing access to a work
with the phrase "Project Gutenberg" associated with or appearing on the
work, you must comply either with the requirements of paragraphs 1.E.1
through 1.E.7 or obtain permission for the use of the work and the
Project Gutenberg-tm trademark as set forth in paragraphs 1.E.8 or
1.E.9.

1.E.3.  If an individual Project Gutenberg-tm electronic work is posted
with the permission of the copyright holder, your use and distribution
must comply with both paragraphs 1.E.1 through 1.E.7 and any additional
terms imposed by the copyright holder.  Additional terms will be linked
to the Project Gutenberg-tm License for all works posted with the
permission of the copyright holder found at the beginning of this work.

1.E.4.  Do not unlink or detach or remove the full Project Gutenberg-tm
License terms from this work, or any files containing a part of this
work or any other work associated with Project Gutenberg-tm.

1.E.5.  Do not copy, display, perform, distribute or redistribute this
electronic work, or any part of this electronic work, without
prominently displaying the sentence set forth in paragraph 1.E.1 with
active links or immediate access to the full terms of the Project
Gutenberg-tm License.

1.E.6.  You may convert to and distribute this work in any binary,
compressed, marked up, nonproprietary or proprietary form, including any
word processing or hypertext form.  However, if you provide access to or
distribute copies of a Project Gutenberg-tm work in a format other than
"Plain Vanilla ASCII" or other format used in the official version
posted on the official Project Gutenberg-tm web site (www.gutenberg.org),
you must, at no additional cost, fee or expense to the user, provide a
copy, a means of exporting a copy, or a means of obtaining a copy upon
request, of the work in its original "Plain Vanilla ASCII" or other
form.  Any alternate format must include the full Project Gutenberg-tm
License as specified in paragraph 1.E.1.

1.E.7.  Do not charge a fee for access to, viewing, displaying,
performing, copying or distributing any Project Gutenberg-tm works
unless you comply with paragraph 1.E.8 or 1.E.9.

1.E.8.  You may charge a reasonable fee for copies of or providing
access to or distributing Project Gutenberg-tm electronic works provided
that

- You pay a royalty fee of 20% of the gross profits you derive from
     the use of Project Gutenberg-tm works calculated using the method
     you already use to calculate your applicable taxes.  The fee is
     owed to the owner of the Project Gutenberg-tm trademark, but he
     has agreed to donate royalties under this paragraph to the
     Project Gutenberg Literary Archive Foundation.  Royalty payments
     must be paid within 60 days following each date on which you
     prepare (or are legally required to prepare) your periodic tax
     returns.  Royalty payments should be clearly marked as such and
     sent to the Project Gutenberg Literary Archive Foundation at the
     address specified in Section 4, "Information about donations to
     the Project Gutenberg Literary Archive Foundation."

- You provide a full refund of any money paid by a user who notifies
     you in writing (or by e-mail) within 30 days of receipt that s/he
     does not agree to the terms of the full Project Gutenberg-tm
     License.  You must require such a user to return or
     destroy all copies of the works possessed in a physical medium
     and discontinue all use of and all access to other copies of
     Project Gutenberg-tm works.

- You provide, in accordance with paragraph 1.F.3, a full refund of any
     money paid for a work or a replacement copy, if a defect in the
     electronic work is discovered and reported to you within 90 days
     of receipt of the work.

- You comply with all other terms of this agreement for free
     distribution of Project Gutenberg-tm works.

1.E.9.  If you wish to charge a fee or distribute a Project Gutenberg-tm
electronic work or group of works on different terms than are set
forth in this agreement, you must obtain permission in writing from
both the Project Gutenberg Literary Archive Foundation and Michael
Hart, the owner of the Project Gutenberg-tm trademark.  Contact the
Foundation as set forth in Section 3 below.

1.F.

1.F.1.  Project Gutenberg volunteers and employees expend considerable
effort to identify, do copyright research on, transcribe and proofread
public domain works in creating the Project Gutenberg-tm
collection.  Despite these efforts, Project Gutenberg-tm electronic
works, and the medium on which they may be stored, may contain
"Defects," such as, but not limited to, incomplete, inaccurate or
corrupt data, transcription errors, a copyright or other intellectual
property infringement, a defective or damaged disk or other medium, a
computer virus, or computer codes that damage or cannot be read by
your equipment.

1.F.2.  LIMITED WARRANTY, DISCLAIMER OF DAMAGES - Except for the "Right
of Replacement or Refund" described in paragraph 1.F.3, the Project
Gutenberg Literary Archive Foundation, the owner of the Project
Gutenberg-tm trademark, and any other party distributing a Project
Gutenberg-tm electronic work under this agreement, disclaim all
liability to you for damages, costs and expenses, including legal
fees.  YOU AGREE THAT YOU HAVE NO REMEDIES FOR NEGLIGENCE, STRICT
LIABILITY, BREACH OF WARRANTY OR BREACH OF CONTRACT EXCEPT THOSE
PROVIDED IN PARAGRAPH 1.F.3.  YOU AGREE THAT THE FOUNDATION, THE
TRADEMARK OWNER, AND ANY DISTRIBUTOR UNDER THIS AGREEMENT WILL NOT BE
LIABLE TO YOU FOR ACTUAL, DIRECT, INDIRECT, CONSEQUENTIAL, PUNITIVE OR
INCIDENTAL DAMAGES EVEN IF YOU GIVE NOTICE OF THE POSSIBILITY OF SUCH
DAMAGE.

1.F.3.  LIMITED RIGHT OF REPLACEMENT OR REFUND - If you discover a
defect in this electronic work within 90 days of receiving it, you can
receive a refund of the money (if any) you paid for it by sending a
written explanation to the person you received the work from.  If you
received the work on a physical medium, you must return the medium with
your written explanation.  The person or entity that provided you with
the defective work may elect to provide a replacement copy in lieu of a
refund.  If you received the work electronically, the person or entity
providing it to you may choose to give you a second opportunity to
receive the work electronically in lieu of a refund.  If the second copy
is also defective, you may demand a refund in writing without further
opportunities to fix the problem.

1.F.4.  Except for the limited right of replacement or refund set forth
in paragraph 1.F.3, this work is provided to you 'AS-IS' WITH NO OTHER
WARRANTIES OF ANY KIND, EXPRESS OR IMPLIED, INCLUDING BUT NOT LIMITED TO
WARRANTIES OF MERCHANTIBILITY OR FITNESS FOR ANY PURPOSE.

1.F.5.  Some states do not allow disclaimers of certain implied
warranties or the exclusion or limitation of certain types of damages.
If any disclaimer or limitation set forth in this agreement violates the
law of the state applicable to this agreement, the agreement shall be
interpreted to make the maximum disclaimer or limitation permitted by
the applicable state law.  The invalidity or unenforceability of any
provision of this agreement shall not void the remaining provisions.

1.F.6.  INDEMNITY - You agree to indemnify and hold the Foundation, the
trademark owner, any agent or employee of the Foundation, anyone
providing copies of Project Gutenberg-tm electronic works in accordance
with this agreement, and any volunteers associated with the production,
promotion and distribution of Project Gutenberg-tm electronic works,
harmless from all liability, costs and expenses, including legal fees,
that arise directly or indirectly from any of the following which you do
or cause to occur: (a) distribution of this or any Project Gutenberg-tm
work, (b) alteration, modification, or additions or deletions to any
Project Gutenberg-tm work, and (c) any Defect you cause.


Section  2.  Information about the Mission of Project Gutenberg-tm

Project Gutenberg-tm is synonymous with the free distribution of
electronic works in formats readable by the widest variety of computers
including obsolete, old, middle-aged and new computers.  It exists
because of the efforts of hundreds of volunteers and donations from
people in all walks of life.

Volunteers and financial support to provide volunteers with the
assistance they need, are critical to reaching Project Gutenberg-tm's
goals and ensuring that the Project Gutenberg-tm collection will
remain freely available for generations to come.  In 2001, the Project
Gutenberg Literary Archive Foundation was created to provide a secure
and permanent future for Project Gutenberg-tm and future generations.
To learn more about the Project Gutenberg Literary Archive Foundation
and how your efforts and donations can help, see Sections 3 and 4
and the Foundation web page at http://www.pglaf.org.


Section 3.  Information about the Project Gutenberg Literary Archive
Foundation

The Project Gutenberg Literary Archive Foundation is a non profit
501(c)(3) educational corporation organized under the laws of the
state of Mississippi and granted tax exempt status by the Internal
Revenue Service.  The Foundation's EIN or federal tax identification
number is 64-6221541.  Its 501(c)(3) letter is posted at
http://pglaf.org/fundraising.  Contributions to the Project Gutenberg
Literary Archive Foundation are tax deductible to the full extent
permitted by U.S. federal laws and your state's laws.

The Foundation's principal office is located at 4557 Melan Dr. S.
Fairbanks, AK, 99712., but its volunteers and employees are scattered
throughout numerous locations.  Its business office is located at
809 North 1500 West, Salt Lake City, UT 84116, (801) 596-1887, email
business@pglaf.org.  Email contact links and up to date contact
information can be found at the Foundation's web site and official
page at http://pglaf.org

For additional contact information:
     Dr. Gregory B. Newby
     Chief Executive and Director
     gbnewby@pglaf.org


Section 4.  Information about Donations to the Project Gutenberg
Literary Archive Foundation

Project Gutenberg-tm depends upon and cannot survive without wide
spread public support and donations to carry out its mission of
increasing the number of public domain and licensed works that can be
freely distributed in machine readable form accessible by the widest
array of equipment including outdated equipment.  Many small donations
($1 to $5,000) are particularly important to maintaining tax exempt
status with the IRS.

The Foundation is committed to complying with the laws regulating
charities and charitable donations in all 50 states of the United
States.  Compliance requirements are not uniform and it takes a
considerable effort, much paperwork and many fees to meet and keep up
with these requirements.  We do not solicit donations in locations
where we have not received written confirmation of compliance.  To
SEND DONATIONS or determine the status of compliance for any
particular state visit http://pglaf.org

While we cannot and do not solicit contributions from states where we
have not met the solicitation requirements, we know of no prohibition
against accepting unsolicited donations from donors in such states who
approach us with offers to donate.

International donations are gratefully accepted, but we cannot make
any statements concerning tax treatment of donations received from
outside the United States.  U.S. laws alone swamp our small staff.

Please check the Project Gutenberg Web pages for current donation
methods and addresses.  Donations are accepted in a number of other
ways including checks, online payments and credit card donations.
To donate, please visit: http://pglaf.org/donate


Section 5.  General Information About Project Gutenberg-tm electronic
works.

Professor Michael S. Hart is the originator of the Project Gutenberg-tm
concept of a library of electronic works that could be freely shared
with anyone.  For thirty years, he produced and distributed Project
Gutenberg-tm eBooks with only a loose network of volunteer support.


Project Gutenberg-tm eBooks are often created from several printed
editions, all of which are confirmed as Public Domain in the U.S.
unless a copyright notice is included.  Thus, we do not necessarily
keep eBooks in compliance with any particular paper edition.


Most people start at our Web site which has the main PG search facility:

     http://www.gutenberg.org

This Web site includes information about Project Gutenberg-tm,
including how to make donations to the Project Gutenberg Literary
Archive Foundation, how to help produce our new eBooks, and how to
subscribe to our email newsletter to hear about new eBooks.
