The Project Gutenberg EBook of Le Tour du Monde; Athos, by Various

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Title: Le Tour du Monde; Athos
       Journal des voyages et des voyageurs; 2. sem. 1860

Author: Various

Editor: douard Charton

Release Date: February 4, 2008 [EBook #24515]

Language: French

Character set encoding: ISO-8859-1

*** START OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK LE TOUR DU MONDE; ATHOS ***




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Page 123: La phrase Dieu voulant consoler son glise a fait passer
l'empire des Grecs SUPERBISSANTS aux Latins humbles, superstitieux et
DSOBLES, pieux, catholiques et soumis. est probablement une erreur
pour Dieu voulant consoler son glise a fait passer l'empire des
Grecs SUPERBES ET DSOBISSANTS aux Latins humbles, superstitieux et
NOBLES, pieux, catholiques et soumis.




                    LE TOUR DU MONDE




            IMPRIMERIE GNRALE DE CH. LAHURE
               Rue de Fleurus, 9,  Paris




                    LE TOUR DU MONDE

               NOUVEAU JOURNAL DES VOYAGES

                PUBLI SOUS LA DIRECTION

                 DE M. DOUARD CHARTON

        ET ILLUSTR PAR NOS PLUS CLBRES ARTISTES




                         1860
                   DEUXIME SEMESTRE

            LIBRAIRIE DE L. HACHETTE ET Cie
         PARIS, BOULEVARD SAINT-GERMAIN, No 77
          LONDRES, KING WILLIAM STREET, STRAND
              LEIPZIG, 15, POST-STRASSE

                         1860




TABLE DES MATIRES.


UN MOIS EN SICILE (1843.--Indit.), par M. Flix BOURQUELOT.

  Arrive en Sicile. -- Palerme et ses habitants. -- Les monuments
    de Palerme. -- La cathdrale de Monreale. -- De Palerme 
    Trapani. -- Partenico. -- Alcamo. -- Calatafimi. -- Ruines de
    Sgeste. -- Trapani. -- La spulture du couvent des capucins. --
    Le mont ryx. -- De Trapani  Girgenti. -- La Lettica. --
    Castelvetrano. -- Ruines de Slinonte. -- Sciacca. -- Girgenti
    (Agrigente). -- De Girgenti  Castrogiovanni. -- Caltanizzetta.
    -- Castrogiovanni. -- Le lac Pergusa et l'enlvement de
    Proserpine. -- De Castrogiovanni  Syracuse. -- Calatagirone. --
    Vezzini. -- Syracuse. -- De Syracuse  Catane. -- Lentini. --
    Catane. -- Ascension de l'Etna. -- Taormine. -- Messine. --
    Retour  Naples.                                                 1


VOYAGE EN PERSE, fragments par M. le comte A. de GOBINEAU (1855-1858),
dessins indits de M. Jules LAURENS.

  Arrive  Ispahan. -- Le gouverneur. -- Aspect de la ville. -- Le
    Tchhar-Bgh. -- Le collge de la Mre du roi. -- La mosque du
    roi. -- Les quarante colonnes. -- Prsentations. -- Le pont du
    Zend--Roub. -- Un dner  Ispahan. -- La danse et la comdie. --
    Les habitants d'Ispahan. -- D'Ispahan  Kaschan. -- Kaschan. --
    Ses fabriques. -- Son imprimerie lithographique. -- Ses
    scorpions. -- Une lgende. -- Les bazars. -- Le collge. -- De
    Kaschan  la plaine de Thran. -- Koum. -- Feux d'artifice. --
    Le pont du Barbier. -- Le dsert de Khavr. -- Houz-Sultan. --
    La plaine de Thran. -- Thran. -- Notre entre dans la ville.
    -- Notre habitation.                                            16

  Une audience du roi de Perse. -- Nouvelles constructions 
    Thran. -- Temprature. -- Longvit. -- Les nomades. -- Deux
    plerins. -- Le culte du feu. -- La police. -- Les ponts. -- Le
    laisser aller administratif. -- Les amusements d'un bazar persan.
    -- Les fianailles. -- Le divorce. -- La journe d'une Persane.
    -- La journe d'un Persan. -- Les visites. -- Formules de
    politesses. -- La peinture et la calligraphie persanes. -- Les
    chansons royales. -- Les conteurs d'histoires. -- Les spectacles:
    drames historiques. -- pilogue. -- Le Dmavend. -- L'enfant qui
    cherche un trsor.                                              34


VOYAGES AUX INDES OCCIDENTALES, par M. Anthony TROLLOPE
(1858-1859); dessins indits de M. A. de BRARD.

  L'le Saint-Thomas. -- La Jamaque: Kingston; Spanish-Town; les
    _rserves_; la vgtation. -- Les planteurs et les ngres. --
    Plaintes d'une Ariane noire. -- La toilette des ngresses. --
    Avenir des multres. -- Les petites Antilles. -- La Martinique.
    -- La Guadeloupe. -- Grenada. -- La Guyane anglaise. -- Une
    sucrerie. -- Barbados. -- La Trinidad. -- La Nouvelle-Grenade. --
    Sainte-Marthe. -- Carthagne. -- Le chemin de fer de Panama. --
    Costa Rica: San Jos; le Mont-Blanco. -- Le Serapiqui. --
    Greytown.                                                       49


VOYAGE DANS LES TATS SCANDINAVES, par M. Paul RIANT. (Le
Tlmark et l'vch de Bergen.) (1858.--Indit.)

  LE TLMARK. -- Christiania. -- Dpart pour le Tlmark. -- Mode
    de voyager. -- Paysage. -- La valle et la ville de Drammen. --
    De Drammen  Kongsberg. -- Le cheval norvgien. -- Kongsberg et
    ses gisements mtallifres. -- Les montagnes du Tlmark. --
    Leurs habitants. -- Hospitalit des _gaards_ et des _sters_. --
    Une sorcire. -- Les lacs Tinn et Mjs. -- Le Westfjord. -- La
    chute du Rjukan. -- Lgende de la belle Marie. -- Dal. -- Le
    livre des trangers. -- L'glise d'Hitterdal. -- L'ivresse en
    Norvge. -- Le chtelain aubergiste. -- Les lacs Sillegjord et
    Bandak. -- Le ravin des Corbeaux.                               65

  --_Le Saint-Olaf_ et ses pareils. -- Navigation intrieure. --
    Retour  Christiania par Skien.                                 82

  L'VCH DE BERGEN. -- La presqu'le de Bergen. -- Lrdal. -- Le
    Sognefjord. -- Vosse-Vangen. -- Le Vringfoss. -- Le
    Hardangerfjord. -- De Vikor  Sammanger et  Bergen.           85


VOYAGE DE M. GUILLAUME LEJEAN DANS L'AFRIQUE ORIENTALE
(1860.--Texte et dessins indits.)--Lettre au Directeur du _Tour
du monde_ (Khartoum, 10 mai 1860).

  D'ALEXANDRIE  SOUAKIN. -- L'gypte. -- Le dsert. -- Le simoun.
    -- Suez. -- Un danger. -- Le mirage. -- Tor. -- Qossir. --
    Djambo. -- Djeddah.                                             97


VOYAGE AU MONT ATHOS, par M. A. PROUST (1858.--Indit.)

  Salonique. -- Juifs, Grecs et Bulgares. -- Les mosques. --
    L'Albanais Rabottas. -- Prparatifs de dpart. -- Vasilika. --
    Galatz. -- Nedgesalar. -- L'Athos. -- Saint-Nicolas. -- Le P.
    Gdon. -- Le couvent russe. -- La messe chez les Grecs. --
    Karis et la rpublique de l'Athos. -- Le vovode turc. -- Le
    peintre Anthims et le pappas Manuel. -- M. de Svastiannoff.  103

  Ermites indpendants. -- Le monastre de Koutloumousis. -- Les
    bibliothques. -- La peinture. -- Manuel Panselinos et les
    peintres modernes. -- Le monastre d'Iveron. -- Les carmes. --
    Peintres et peintures. -- Stavronikitas. -- Miracles. -- Un
    Vroukolakas. -- Les bibliothques. -- Les mulets. -- Philotheos.
    -- Les moines et la guerre de l'Indpendance. -- Karacallos. --
    L'union des deux glises. -- Les pnitences et les fautes.     114

  La lgende d'Arcadius. -- Le pappas de Smyrne. -- Esphigmenou. --
    Thodose le Jeune. -- L'ex-patriarche Anthymos et l'glise
    grecque. -- L'isthme de l'Athos et Xerxs. -- Les monastres
    bulgares: Kiliandari et Zographos. -- La lgende du peintre. --
    Beaut du paysage. -- Castamoniti. -- Une femme au mont Athos. --
    Dokiarios. -- La secte des Palamites. -- Saint-Xnophon. -- La
    pche aux ponges. -- Retour  Karis. -- Xiropotamos, le couvent
    du Fleuve Sec. -- Dpart de Daphn. -- Marino le chanteur.     130


VOYAGE D'UN NATURALISTE (Charles DARWIN).--L'archipel Galapagos
et les attoles ou les de coraux.--(1838).

  L'ARCHIPEL GALAPAGOS. -- Groupe volcanique. -- Innombrables
    cratres. -- Aspect bizarre de la vgtation. -- L'le Chatam. --
    Colonie de l'le Charles. -- L'le James. -- Lac sal dans un
    cratre. -- Histoire naturelle de ce groupe d'les. --
    Mammifres; souris indigne. -- Ornithologie; familiarit des
    oiseaux; terreur de l'homme; instinct acquis. -- Reptiles;
    tortues de terre; leurs habitudes.                             139

  Encore les tortues de terre; lzard aquatique se nourrissant de
    plantes marines; lzard terrestre herbivore, se creusant un
    terrier. -- Importance des reptiles dans cet archipel o ils
    remplacent les mammifres. -- Diffrences entre les espces qui
    habitent les diverses les. -- Aspect gnral amricain.       146

  LES ATTOLES OU LES DE CORAUX. -- le Keeling. -- Aspect
    merveilleux. -- Flore exigu. -- Voyage des graines. -- Oiseaux.
    -- Insectes. -- Sources  flux et reflux. -- Chasse aux tortues.
    -- Champs de coraux morts. -- Pierres transportes par les
    racines des arbres. -- Grand crabe. -- Corail piquant. --
    Poissons se nourrissant de coraux. -- Formation des attoles. --
    Profondeur  laquelle le corail peut vivre. -- Vastes espaces
    parsems d'les de corail. -- Abaissement de leurs fondations. --
    Barrires. -- Franges de rcifs. -- Changement des franges en
    barrires et des barrires en attoles.                         151


BIOGRAPHIE.--Brun-Rollet.                                          159


VOYAGE AU PAYS DES YAKOUTES (Russie asiatique), par OUVAROVSKI
(1830-1839).

  Djigansk. -- Mes premiers souvenirs. -- Brigandages. -- Le
    paysage de Djigansk. -- Les habitants. -- La pche. -- Si les
    poissons morts sont bons  manger. -- La sorcire Agrippine. --
    Mon premier voyage. -- Killm et ses environs. -- Malheurs. --
    Les Yakoutes. -- La chasse et la pche. -- Yakoutsk. -- Mon
    premier emploi. -- J'avance. -- Dernires recommandations de ma
    mre. -- Irkoutsk. -- Voyage. -- Oudsko. -- Mes bagages. --
    Campement. -- Le froid. -- La rivire Outchour. -- L'Aldan. --
    Voyage dans la neige et dans la glace. -- L'gn. -- Un Tongouse
    qui pleure son chien. -- Obstacles et fatigues. -- Les guides. --
    Ascension du Diougdjour. -- Stratagme pour prendre un oiseau. --
    La ville d'Oudsko. -- La pche  l'embouchure du fleuve Ut. --
    Navigation pnible. -- Boroukan. -- Une halte dans la neige. --
    Les rennes. -- Le mont Byraya. -- Retour  Oudsko et 
    Yakoutsk.                                                      161

  Viliouisk. -- Sel tricolore. -- Bois ptrifi. -- Le Sountar. --
    Nouveau voyage. -- Description du pays des Yakoutes. -- Climat.
    -- Population. -- Caractres. -- Aptitudes. -- Les femmes
    yakoutes.                                                      177


DE SYDNEY  ADLADE (Australie du Sud), notes extraites d'une
correspondance particulire (1860).

  Les Alpes australiennes. -- Le bassin du Murray. -- Ce qui reste
    des anciens matres du sol. -- Navigation sur le Murray. --
    Frontires de l'Australie du Sud. -- Le lac Alexandrina. -- Le
    Kanguroo rouge. -- La colonie de l'Australie du Sud. -- Adlade.
    -- Culture et mines.                                           182


VOYAGES ET DCOUVERTES AU CENTRE DE L'AFRIQUE, journal du docteur
BARTH (1849-1855).

  Henry Barth. -- But de l'expdition de Richardson. -- Dpart. --
    Le Fezzan. -- Mourzouk. -- Le dsert. -- Le palais des dmons. --
    Barth s'gare; torture et agonie. -- Oasis. -- Les Touaregs. --
    Dunes. -- Afalesselez. -- Bubales et moufflons. -- Ouragan. --
    Frontires de l'Asben. -- Extorsions. -- Dluge  une latitude o
    il ne doit pas pleuvoir. -- La Suisse du dsert. -- Sombre valle
    de Taghist. -- Riante valle d'Auderas. -- Agadez. -- Sa
    dcadence. -- Entrevue de Barth et du sultan. -- Pouvoir
    despotique. -- Coup d'oeil sur les moeurs. -- Habitat de la
    girafe. -- Le Soudan; le Damergou. -- Architecture. -- Katchna;
    Barth est prisonnier. -- Pnurie d'argent. -- Kano. -- Son
    aspect, son industrie, sa population. -- De Kano  Kouka. -- Mort
    de Richardson. -- Arrive  Kouka. -- Difficults croissantes. --
    L'nergie du voyageur en triomphe. -- Ses visiteurs. -- Un vieux
    courtisan. -- Le vizir et ses quatre cents femmes. -- Description
    de la ville, son march, ses habitants. -- Le Dendal. --
    Excursion. -- Angornou. -- Le lac Tchad.                       193

  Dpart. -- Aspect dsol du pays. -- Les Ghouas. -- Mabani. -- Le
    mont Dlabda. -- Forgeron en plein vent. -- Dvastation. --
    Orage. -- Baobab. -- Le Mendif. -- Les Marghis. -- L'Adamaoua. --
    Mboutoudi. -- Proposition de mariage. -- Installation de vive
    force chez le fils du gouverneur de Soulleri. -- Le Bnou. --
    Yola. -- Mauvais accueil. -- Renvoi subit. -- Les Oulad-Sliman.
    -- Situation politique du Bornou. -- La ville de Yo. -- Nggimi
    ou Inggimi. -- Chute dans un bourbier. -- Territoire ennemi. --
    Razzia. -- Nouvelle expdition. -- Troisime dpart de Kouka. --
    Le chef de la police. -- Aspect de l'arme. -- Dikoua. -- Marche
    de l'arme. -- Le Mosgou. -- Adishen et son escorte. -- Beaut du
    pays. -- Chasse  l'homme. -- Erreur des Europens sur le centre
    de l'Afrique. -- Incendies. -- Baga. -- Partage du butin. --
    Entre dans le Baghirmi. -- Refus de passage. -- Traverse du
    Chari. --  travers champs. -- Dfense d'aller plus loin. --
    Hospitalit de Bou-Bakr-Sadik. -- Barth est arrt. -- On lui met
    les fers aux pieds. -- Dlivr par Sadik. -- Masna. -- Un
    savant. -- Les femmes de Baghirmi. -- Combat avec des fourmis. --
    Cortge du sultan. -- Dpches de Londres.                     209

  De Katchna au Niger. -- Le district de Mouniyo. -- Lacs
    remarquables. -- Aspect curieux de Zinder. -- Route prilleuse.
    -- Activit des fourmis. -- Le Ghaladina de Sokoto. -- Marche
    force de trente heures. -- L'mir Aliyou. -- Vourno. --
    Situation du pays. -- Cortge nuptial. -- Sokoto. -- Caprice
    d'une bote  musique. -- Gando. -- Khalilou. -- Un chevalier
    d'industrie. -- Exactions. -- Pluie. -- Dsolation et fcondit.
    -- Zogirma. -- La valle de Foga. -- Le Niger. -- La ville de
    Say. -- Rgion mystrieuse. -- Orage. -- Passage de la Sirba. --
    Fin du rhamadan  Sebba. -- Bijoux en cuivre. -- De l'eau
    partout. -- Barth dguis en schrif. -- Horreur des chiens. --
    Montagnes du Hombori. -- Protection des Touaregs. -- Bambara. --
    Prires pour la pluie. -- Sur l'eau. -- Kabara. -- Visites
    importunes. -- Dangereux passage. -- Tinboctoue, Tomboctou ou
    Tembouctou. -- El Bakay. -- Menaces. -- Le camp du cheik. --
    Irritation croissante. -- Sus au chrtien! -- Les Foullanes
    veulent assiger la ville. -- Dpart. -- Un preux chez les
    Touaregs. -- Zone rocheuse. -- Lenteurs dsesprantes. -- Gogo.
    -- Gando. -- Kano. -- Retour.                                  226


VOYAGES ET AVENTURES DU BARON DE WOGAN EN CALIFORNIE
(1850-1852.--Indit).

  Arrive  San-Francisco. -- Description de cette ville. -- Dpart
    pour les placers. -- Le claim. -- Premire dception. -- La
    solitude. -- Mineur et chasseur. -- Dpart pour l'intrieur. --
    L'ours gris. -- Reconnaissance des sauvages. -- Captivit. --
    Jugement. -- Le poteau de la guerre. -- L'Anglais chef de tribu.
    -- Dlivrance.                                                 242


VOYAGE DANS LE ROYAUME D'AVA (empire des Birmans), par le
capitaine Henri YULE, du corps du gnie bengalais (1855).

  Dpart de Rangoun. -- Frontires anglaises et birmanes. -- Aspect
    du fleuve et de ses bords. -- La ville de Magw. -- Musique,
    concert et drames birmans. -- Sources de naphte; leur
    exploitation. -- Un monastre et ses habitants. -- La ville de
    Pagn. -- Myeen-Kyan. -- Amarapoura. -- Paysage. -- Arrive 
    Amarapoura.                                                    258

  Amarapoura; ses palais, ses temples. -- L'lphant blanc. --
    Population de la ville. -- Recensement suspect. -- Audience du
    roi. -- Prsents offerts et reus. -- Le prince hritier
    prsomptif et la princesse royale. -- Incident diplomatique. --
    Religion bouddhique. -- Visites aux grands fonctionnaires. -- Les
    dames birmanes.                                                273

  Comment on dompte les lphants en Birmanie. -- Excursions autour
    d'Amarapoura. -- Gologie de la valle de l'Irawady. -- Les
    poissons familiers. -- Le serpent hamadryade. -- Les Shans et
    autres peuples indignes du royaume d'Ava. -- Les femmes chez les
    Birmans et chez les Karens. -- Ftes birmanes. -- Audience de
    cong. -- Refus de signer un trait. -- Lettre royale. -- Dpart
    d'Amarapoura et retour  Rangoun. -- Coup d'oeil rtrospectif sur
    la Birmanie.                                                   280


VOYAGE AUX GRANDS LACS DE L'AFRIQUE ORIENTALE, par le capitaine
BURTON (1857-1859).

  But de l'expdition. -- Le capitaine Burton. -- Zanzibar. --
    Aspect de la cte. -- Un village. -- Les Bloutchis. -- Ouamrima.
    -- Fertilit du sol. -- Dgot inspir par le pantalon. -- Valle
    de la mort. -- Supplice de M. Maizan. -- Hallucination de
    l'assassin. -- Horreur du paysage. -- Humidit. -- Zoungomro. --
    Effets de la traite. -- Personnel de la caravane. -- Mtis
    arabes, Hindous, jeunes gens mis en gage par leurs familles. --
    nes de selle et de bt. -- Chane de l'Ousagara. --
    Transformation du climat. -- Nouvelles plaines insalubres. --
    Contraste. -- Ruine d'un village. -- Fourmis noires. -- Troisime
    rampe de l'Ousagara. -- La Passe terrible. -- L'Ougogo. --
    L'Ougogi. -- pines. -- Le Zihoua. -- Caravanes. -- Curiosit des
    indignes. -- Faune. -- Un despote. -- La plaine embrase. --
    Coup d'oeil sur la valle d'Ougogo. -- Aridit. -- Kraals. --
    Absence de combustible. -- Gologie. -- Climat. -- Printemps. --
    Indignes. -- District de Toula. -- Le chef Maoula. -- Fort
    dangereuse.                                                    305

  Arrive  Kazeh. -- Accueil hospitalier. -- Snay ben Amir. --
    tablissements des Arabes. -- Leur manire de vivre. -- Le Temb.
    -- Chemins de l'Afrique orientale. -- Caravanes. -- Porteurs. --
    Une journe de marche. -- Costume du guide. -- Le Mganga. --
    Coiffures. -- Halte. -- Danse. -- Sjour  Kazeh. -- Avidit des
    Bloutchis. -- Saison pluvieuse. -- Yombo. -- Coucher du soleil.
    -- Jolies fumeuses. -- Le Msn. -- Orgies. -- Kajjanjri. --
    Maladie. -- Passage du Malagarazi. -- Tradition. -- Beaut de la
    Terre de la Lune. -- Soire de printemps. -- Orage. -- Faune. --
    Cynocphales, chiens sauvages, oiseaux d'eau. -- Ouakimbou. --
    Ouanyamouzi. -- Toilette. -- Naissances. -- ducation. --
    Funrailles. -- Mobilier. -- Lieu public. -- Gouvernement. --
    Ordalie. -- Rgion insalubre et fconde. -- Aspect du Tanganyika.
    -- Ravissements. -- Kaoul.                                   321

    Tatouage. -- Cosmtiques. -- Manire originale de priser. --
    Caractre des Ouajiji; leur crmonial. -- Autres riverains du
    lac. -- Ouatata, vie nomade, conqutes, manire de se battre,
    hospitalit. -- Installation  Kaoul. -- Visite de Kannna. --
    Tribulations. -- Maladies. -- Sur le lac. -- Bourgades de
    pcheurs. -- Ouafanya. -- Le chef Kanoni. -- Cte inhospitalire.
    -- L'le d'Oubouari. -- Anthropophages. -- Accueil flatteur des
    Ouavira. -- Pas d'issue au Tanganyika. -- Tempte. -- Retour.  337


FRAGMENT D'UN VOYAGE AU SAUBAT (affluent du Nil Blanc), par M.
Andrea DEBONO (1855)                                               348


VOYAGE  L'LE DE CUBA, par M. Richard DANA (1859).

  Dpart de New-York. -- Une nuit en mer. -- Premire vue de Cuba.
    -- Le Morro. -- Aspect de la Havane. -- Les rues. -- La volante.
    -- La place d'Armes. -- La promenade d'Isabelle II. -- L'htel Le
    Grand. -- Bains dans les rochers. -- Coolies chinois. -- Quartier
    pauvre  la Havane. -- La promenade de Tacon. -- Les surnoms  la
    Havane. -- Matanzas. -- La Plaza. -- Limossar. -- L'intrieur de
    l'le. -- La vgtation. -- Les champs de canne  sucre. -- Une
    plantation. -- Le caf. -- La vie dans une plantation de sucre.
    -- Le Cumbre. -- Le passage. -- Retour  la Havane. -- La
    population de Cuba. -- Les noirs libres. -- Les mystres de
    l'esclavage. -- Les productions naturelles. -- Le climat.      353


EXCURSIONS DANS LE DAUPHIN, par M. Adolphe JOANNE (1850-1860).

  Le pic de Belledon. -- Le Dauphin. -- Les Goulets.              369

  Les gorges d'Omblze. -- Die. -- La valle de Roumeyer. -- La
    fort de Saou. -- Le col de la Cochette.                       385


EXCURSIONS DANS LE DAUPHIN, par M. lise RECLUS (1850-1860).

  La Grave. -- L'Aiguille du midi. -- Le clapier de
    Saint-Christophe. -- Le pont du Diable. -- La Brarde. -- Le col
    de la Tempe. -- La Vallouise. -- Le Pertuis-Rostan. -- Le village
    des Claux. -- Le mont Pelvoux. -- La Balme-Chapelu. -- Moeurs des
    habitants.                                                     402


LISTE DES GRAVURES.                                                417

LISTE DES CARTES.                                                  422

ERRATA.                                                            427




VOYAGE AU MONT ATHOS,

PAR M. A. PROUST.

1858.--INDIT

     Salonique. -- Juifs, Grecs et Bulgares. -- Les mosques. --
     L'Albanais Rabottas.


 l'extrmit de la pninsule Chalcidique, entre Orfano et le cap
Felice, s'lve au-dessus de la mer une montagne, connue chez les
anciens sous le nom d'_Athos_, et appele depuis [Grec: Hagionoros] ou
_Monte-Santo_,  cause de sa population exclusivement compose de
religieux. Ces religieux, sous les empereurs byzantins, ont aid au
mouvement des lettres et des arts qui prpara la Renaissance, et
possdent encore aujourd'hui de riches bibliothques et une cole de
peinture.

J'avais form, pendant mon sjour en Grce, le projet de visiter leurs
couvents, et, le 9 mai 1858, aprs m'tre muni  Constantinople de
lettres patriarcales, sans lesquelles on court le risque d'tre mal
accueilli des moines, je quittai Pera avec mon ami Schranz et le
drogman Voulgaris. Schranz devait m'aider  reproduire les peintures
par la photographie; Voulgaris se chargeait de la linguistique et de
la cuisine. Notre projet tait de toucher  Salonique, et de l de
gagner l'Athos par terre.

Le 10 nous entrions dans le golfe Thermaque, et le lendemain nous
doublions la pointe de Kara-Bournou.

Derrire cette pointe, au fond d'une large baie paisible comme un lac,
Salonique[1], ceinte d'un cordon de murs bastionns, s'tage en
amphithtre sur les flancs arides du Cortiah. Cette ville, dchue de
sa splendeur, a un air de coquetterie suranne assez trange; ses
maisons dcrpites, rides et repltres, semblent se pencher
complaisamment pour reflter leur image dans la mer; agaceries
perdues, car,  part quelques vieux courtisans qui viennent l par
habitude chercher les soies de _Serrs_ et le tabac de _Yenidj_, la
rade est vide. Nulle part le proverbe grec: _L o l'Osmanli met le
pied, la terre devient strile,_ ne trouverait une application plus
juste. Le sol est sans culture, coup de flaques d'eaux croupissantes,
l'air charg de miasmes putrides. Aussi, pendant les chaleurs de
l't, un grand nombre des habitants, fuyant les fivres, se retirent
 l'ouest de la ville dans un faubourg appel Kalameria (beaux lieux).
De ce ct, en effet, de joyeuses touffes de platanes, groupes selon
le caprice des pentes, dessinent le cours du Vardar et respirent la
vie, tandis qu'au levant de maigres cyprs cachent mal les cimetires,
ce qui indique bien clairement que c'est de l que vient la mort.

              [Note 1: Salonique, ancienne Therms ou
              Thessalonique. Philippe avait donn le nom de
              Thessalonique  sa fille en mmoire d'une victoire
              remporte sur les Thessaliens ([Grec: thessalos],
              Thessaliens; [Grec: nik], victoire), et Cassandre,
              gendre de Philippe, fit donner le nom de sa femme  la
              ville de Therms.]

La ville est partage en deux par une rue qui s'tend de l'est 
l'ouest, paralllement  la mer. Cette rue est grande, rgulire,
borde de boutiques  auvents, et termine  chacune de ses extrmits
par un arc de triomphe. C'est l l'endroit vivant, le quartier anim
de la ville; ailleurs le silence est complet, les rues sont dsertes,
troites et tailles  pic dans le rocher. On ne s'explique cette
prfrence pour la ville basse que par la difficult d'atteindre les
quartiers hauts; car les immondices entranes par la pente naturelle
font de la premire un vritable gout, et il n'est rien de plus sale
que cette large rue et le bazar qui l'avoisine, si ce n'est la
population qui l'anime. Cette population est en grande partie compose
de juifs. Le grand nombre de juifs, dit navement Hadji-Kalfa[2], est
une tache pour la ville, mais le profit qu'on retire de leur commerce
fait fermer les yeux aux vrais croyants.

              [Note 2: _Hadji-Kalfa_, savant Turc de
              Constantinople, grand trsorier d'Amurat IV, a publi de
              nombreux ouvrages, entre autres une _Gographie_ et une
              _Histoire de Constantinople_.]

Au milieu des Bulgares et des Grecs, confondus par un costume noir
comme un vtement de deuil, on reconnat les juifs  leur coiffure
faite d'un mouchoir de coton roul en turban,  leur veste borde de
fourrures, et surtout  ce nez prominent qu'ils ont conserv sous
toutes les latitudes. Leurs femmes ont un accoutrement qui rappelle
les modes du Directoire: un diadme en carton, recouvert de mtal et
serr sous la mchoire par une toffe lgre, leur cache compltement
les cheveux, fait saillir les joues et ressortir la pleur mate de
leur visage. Une robe de laine frange en dents de scie, retenue sous
les seins par une ceinture agrafe d'or, accuse les formes et laisse
voir les pieds chausss de babouches ou de brodequins lacs.

En butte au mpris de tous, hommes et femmes ont cet air inquiet
qu'imprime la perscution.

Un hasard heureux nous avait fait arriver  Salonique le jour o les
bergers descendent de la montagne pour se louer pendant le temps de la
moisson: le bazar en tait encombr. Nous profitmes de cette foule
pour perdre deux ministres anglicans qui, depuis le bateau, nous
entretenaient avec tnacit de discussions religieuses  notre gr
trop subtiles, et nous nous mmes  la recherche des mosques.

[Illustration: Mosque de Salonique.--Dessin de Girardet d'aprs M. A.
Proust.]

Salonique, qui compte au plus soixante mille habitants, n'a pas moins
de trente sept mosques, parmi lesquelles on reconnat dix anciennes
basiliques appropries au culte musulman par l'adjonction de minarets
et de portiques sarrasins. Un Juif, qui tenait comptoir de _saraf_
(banquier) au coin d'une rue, consentit  nous servir de guide, et
nous mena  Saint-Dmtrius (_Kassoumihi-Djami_), dans le quartier
_d'Eski-Acapoussi_.

Cette basilique a t construite au commencement du huitime sicle
sur le tombeau de saint Dmtrius, martyris  Salonique en 307. De
ce tombeau, dit l'historien Nictas, jaillissait une source d'huile
sainte. Au jour mme de l'entre d'Amurat dans la ville, cette source
se tarit. Les imans ont respect le tombeau et le montrent aux
trangers dans un des angles de la mosque, tolrance dont le mrite
est attnu par le bnfice qu'ils en retirent. L'glise est prcde
d'une petite cour carre, ombrage de figuiers. Le narthex a deux
entres. (Le narthex est le vestibule, le _pronaon_ des temples grecs.
Cette disposition n'existe pas dans les glises du moyen ge, dont la
nef communique directement avec la rue.) C'est dans le narthex que se
tenaient les catchumnes ([Grec: katchoumenoi], qui se font
instruire), les nergumnes ([Grec: energoumenoi], possds) et tous
ceux qu'on ne jugeait pas dignes d'approcher du sanctuaire. Les portes
de l'glise leur restaient ouvertes seulement pendant le sermon qui
prcdait la clbration du service divin: de l vient qu'il y a
souvent dans les homlies grecques des discours adresss aux paens
pour combattre leurs croyances et les attirer  la foi chrtienne,
coutume qui semble s'tre conserve dans les sermons de nos
prdicateurs, qui parfois s'adressent  leurs ouailles comme  des
infidles. Le narthex est couvert par le [Grec: gynaichnitst],
galerie rserve aux femmes. Le peuple tait assis par ordre, dit
saint Grgoire de Nazianze, les hommes d'un ct, les femmes de
l'autre, et, pour tre plus spares, elles montaient  une galerie
haute, s'il y en avait. (Il en est toujours ainsi dans les glises du
rite grec.)

[Illustration: Femmes albanaises prs d'un arabas,  Vasilika (voy. p.
107).--Dessin de Villevieille d'aprs M. A. Proust.]

La basilique de Saint-Dmtrius est partage en trois nefs par deux
rangs de colonnes qui soutiennent les galeries latrales. La
principale nef est forme par seize colonnes de vert antique, et le
sanctuaire par quatre colonnes de granit rouge d'gypte. Les dalles
sont de marbre blanc, les murs marquets de porphyre, la charpente,
apparente, en bois de chne, sans peinture et sans ornement.

Tout prs de l est _Ostendji-Effendi_, ancienne glise de
Saint-Georges, connue dans la ville sous le nom de Rotonde  cause de
sa forme circulaire. On y conserve un bloc de vert antique sur lequel
prcha saint Paul. Ce monument, garni  l'intrieur de mosaques, doit
tre un des plus anciens de la chrtient. M. Cousinery le fait
remonter au temps des dieux Cabires[3]. Cabires ou non, il est
possible que ce temple soit paen, mais il est certain que les
mosaques qui l'ornent sont chrtiennes; mosaques, du reste, assez
mdiocres et bien loin de valoir celles de Sainte-Sophie, petite
glise leve par Justinien dans le quartier de _Souuk-Sou_ (l'eau
froide). Je ne connais pas de vestige plus beau de l'art des
mosastes que cette coupole, respecte par les Turcs peut-tre  cause
de son admirable puret. Quinze figures de plus de trois mtres
d'lvation occupent le pourtour. Elles reprsentent la Vierge entre
deux anges et les douze aptres. Au centre plane le Christ dans une
gloire avec cette inscription: Homme de Galile, pourquoi vous
arrtez-vous levant les yeux au ciel? Jsus, qui en vous quittant
s'est lev dans le ciel, viendra de la mme manire que vous l'y avez
vu monter. Ces figures se dtachant sur le fond d'or par larges
teintes d'un ton franc sont d'un effet dcoratif merveilleux.

              [Note 3: La forme circulaire n'est pas une preuve
              d'origine paenne. Sainte Hlne fonda sur le mont des
              Oliviers,  Jrusalem, l'glise de l'Ascension. Ce
              monument est circulaire. (Voy. Lenoir, _Archologie
              monumentale de l'histoire de France_.)]

Aprs Sainte-Sophie, je citerai _Sarali-Djami-Si_, dans le quartier
_d'Eski-Sara_, remarquable par sa disposition en croix latine;
_Eski-Djouma_, basilique  deux tages comme Saint-Jean-Studius de
Constantinople; et l'ancienne glise de Saint-Bardias, aujourd'hui
_Kassendjitar-Djami-Si_, mosque des chaudronniers. (_L'esnaf_ ou
corporation des chaudronniers et celle des tanneurs ont une grande
importance  Salonique.)

La disposition de ces basiliques n'affecte que deux types, l'un 
branches gales, vot en coupoles; l'autre, sans coupoles et sans
croix, de forme longue comme les basiliques de Rome. Toutes sont
petites et la plus grande ne couvrirait pas le cinquime de la surface
d'une de nos cathdrales. On n'y trouve pas la hardiesse des monuments
du moyen ge, mais le plan en est plus saisissable et se rapproche
plus,  ce titre, des conceptions de l'antiquit grecque si admirables
par leur unit. Le jour y pntre faiblement par de petites lucarnes,
et donne un air de mystre  ces sanctuaires intimes d'une religion
dont la morale austre ne s'accommodait pas encore des splendeurs que
la foi affaiblie devait plus tard demander  profusion.

J'ai parl de deux arcs de triomphe placs  chaque extrmit de la
Grande-Rue, ancienne voie Egnatia. Ces deux monuments levs, l'un 
Auguste, l'autre  Constantin, sont en mauvais tat et engags  leur
base dans des maisons qui empchent d'en saisir les dtails. Dans
cette mme rue, au-dessus d'une terrasse juive, paraissent cinq
colonnes d'ordre corinthien avec des cariatides sculptes en
bas-relief. Pokocke fait une description pompeuse de cette ruine, qui
n'eut sans doute pour nous que le tort de se trouver trop prs des
chefs-d'oeuvre d'Athnes. On pense que l tait l'emplacement de
l'hippodrome o Thodose fit massacrer les chrtiens, et que ces
restes sont la tribune qui formait le fond du cirque. Les juifs
appellent ces cariatides: _las Encantadas_, les Enchantes, et les
Turcs: _Soureti-malek_, figures d'anges.

.... Depuis notre arrive  Salonique nous n'entendions parler que des
exploits d'un brigand albanais, appel Rabottas, qui ravageait la
Chalcidique. Les quelques tours de son mtier qu'on racontait dans les
cafs n'avaient rien de rassurant; cependant il n'y avait qu'une voix
pour dire que c'tait un honnte homme. Cette qualification d'honnte
homme, accole  celle de brigand, a pour nos oreilles quelque chose
de malsonnant. En Turquie, cet assemblage d'pithtes semble tout
naturel et l'est en effet. Il faut savoir que le raya[4] est 
l'Osmanli  peu prs ce que l'ilote tait au Spartiate. Or le raya,
qui ne peut supporter ni la surcharge d'impts, ni l'enlvement de sa
fille ou de sa femme, ni autre injure du mme genre, se retire dans la
montagne pour fuir l'oppression. Jusque-l cet homme est parfaitement
honnte; mais il arrive forcment qu'il ne peut vivre sur un rocher
inculte de l'air du temps; alors il pille les caravanes, ranonne les
villages, et, son indpendance compromettant celle de beaucoup
d'autres, il prend naturellement place dans la catgorie des brigands.
Ce sont ces brigands qui ont pouss la Grce  la rsistance une
premire fois et qui, selon toute probabilit, l'aideront une seconde.
En attendant il est prudent de s'en garder quand on voyage; le pacha
nous donna  cet effet une escorte de deux _zaptis_ de sa garde, ou
_bachi-bozouks_, et la Porte y adjoignit deux hommes arms pour
protger ses chevaux. Notre dpart tait fix au 14 mai. Un marchand
de Scio, qui allait au mont Athos pour affaires, nous demanda la
permission de se joindre  nous. Nous la lui accordmes, mais, faute
d'un cheval, nous nous vmes forcs de refuser la mme faveur  un
moine qui revenait du Sina et dsirait regagner sa Thbade. Ce fut
sans regret, car le P. Gdon tait bien la personnification du moine
dont il est dit: [Grec: ho anaxios, kai anphels hieromonachos, ho
anypodtos kai rhakendyts kai alogn alogteros], l'indigne,
l'inutile moine sacr, le _va-nu-pieds, le dguenill et le plus
animal de tous les animaux_, et il n'avait certes pas mdit cette
parole de saint Ambroise: Que la nettet de ton visage, de tes mains
et de tes vtements soit un signe de la puret de ton coeur et de
l'innocence de ta vie.

              [Note 4: On appelle en Turquie _raya_ tout sujet non
              musulman, tout individu qui fait partie de la race
              vaincue: Grec, Juif, Bulgare, etc., etc.]


     Prparatifs de dpart. -- Vasilika. -- Galatz. --
     Nedgesalar. -- L'Athos Saint-Nicolas. -- Le P. Gdon.

Jean Belon, du Mans, dans son livre _Des singularits_, dit que les
Turcs sont gens qui savent le mieux charger et descharger bagages en
allant par pays que nuls autres. Les Turcs de Salonique ont compromis
cette rputation d'quilibristes; car l'empressement maladroit qu'ils
mettaient  charger les chevaux de bt nous fit perdre deux grandes
heures, et la chaleur tait dj accablante quand la colonne se mit en
mouvement.

Les deux zaptis ouvraient la marche. L'accoutrement des
_bachi-bozouks_ varie selon le caprice de chacun. Ceux-l portaient la
veste albanaise couleur lie de vin rehausse de broderies noires, le
pantalon large resserr au genou et le turban conique: un arsenal
d'armes de toute sorte chargeait leurs ceintures. Les armes sont le
luxe des Albanais, et leur vanit  cet endroit ne s'arrte qu' la
limite de leurs moyens pcuniaires, limite qui chez les bachi-bozouks
n'est prcise que par leur plus ou moins d'aptitude au pillage. De
nombreux [Grec: kal hra] (bonne heure), [Grec: kal hmera] (bon
jour), _augourler ola_ (que les augures soient bons), nous taient
adresss par les curieux que le bruit de ce convoi de _tchelebis_
avait attirs sur leurs seuils.

Aprs trois heures de marche pnible dans les sables, sous un soleil
de plomb, nous arrivmes au _Kiarvan-Sara_ de Vasilika. Vasilika est
un hameau de dix ou douze maisons au plus, relev sur les ruines qu'en
fit en 1821 Achmet-Bey. Quelques familles grecques l'habitent. Le sol
est riche, fertile, plant de vignobles et de figuiers, et l'eau y
descend en abondance de la montagne.

Sous cette oasis verdoyante, un groupe de femmes se reposaient prs
d'un arabas. Nous cherchions  les deviner sous leur voile
transparent, quand,  la vue des Albanais, elles s'enfuirent, preuve
du respect qu'inspirent les agents de l'autorit turque....

 mesure qu'on s'loigne de la mer, les habitations deviennent rares,
le myrte pousse librement dans cette terre fconde que mprise la
charrue, et ce n'est qu' Galatz qu'on retrouve l'agriculture et son
cortge mugissant: Galatz est adoss au mont Disoron, au fond d'un
cirque gigantesque. Ses maisons, parpilles sur le rocher, et
surmontes d'une norme tour qui projette dans la valle son ombre
trapue et massive, lui donnent l'aspect d'une petite ville....

.... Le lendemain, quand nous partmes, le brouillard enveloppait
encore la montagne, mais le soleil ne tarda pas  devenir ardent comme
la veille, et nous mmes pied  terre  _Nedgesalar_ pour prendre une
tasse de ce caf lger qu'on sait faire bon en Orient dans la plus
pauvre cabane. Il nous fut servi par une grande fille assez laide,
mais dans la plus jolie cafetire du monde, vraie merveille de poterie
dont la forme ovode rappelait les anciens types grecs.

 partir de Nedgesalar le sentier va toujours en montant, et nous
remarquions qu'en sens inverse de la vgtation, qui se rabougrit et
se ratatine par degrs  mesure qu'on approche des hauts sommets, les
hommes ont les paules plus larges, le regard plus fier et la dmarche
plus assure, la tyrannie oisive qui courbe et fltrit ayant
d'ordinaire le pied peu montagnard. Mais comme il n'y a pas de rgle
sans exception, nous n'avions pas fait un kilomtre, que la premire
partie de nos observations se trouva de tous points inexacte, et que
nous entrmes sous un couvert d'arbres, tels que nous n'en avions
encore vu dans aucune valle. On se ferait difficilement une ide de
ces monstrueux colosses entrelacs et enchevtrs les uns dans les
autres comme les serpents de la tte de Mduse. Quelques-uns ont mont
droits, unis, comme d'un seul jet, par l'chappe que leur laissaient
les voisins; d'autres, moins heureux, refouls par de plus forts, se
sont contourns, tordus en rameaux courts, normes, boursoufls aux
extrmits, et la sve faisant irruption a ouvert dans leurs flancs de
larges cratres bants ou mis  nu des excroissances informes. Sous
cette vgtation tourmente fleurissent, comme en une serre chaude, le
rhododendron  fleur pourpre, l'airelle rouge et l'amaryllis.

Au sortir de ce ligneux orage nous attendait un de ces spectacles
gographiques qui surprennent sans mouvoir. L'Athos[5], semblable 
un sphinx accroupi dans la mer, s'talait  l'horizon dans toute sa
longueur: jusqu' lui les valles se succdaient nombreuses comme les
sillons d'un champ labour;  droite, on dcouvrait toute la
presqu'le de Pallne et,  gauche, Orfano, au bout d'un golfe arrondi
au compas: tout, mme au plus loin, tait baign d'une nappe de
lumire limpide et transparente. On suit encore de l,  chaque pas,
les traces de l'incendie de 1821. Les Turcs ont appliqu la sinistre
parole de Makmoud: Fer, feu, esclavage, ont tout dtruit jusqu'
Polyhieros (ancienne Olynthe).

              [Note 5: Les anciens dont l'orologie tait loin
              d'tre parfaite prtendaient que de la cime de l'Athos
              on voyait le soleil trois heures avant son lever. Ce qui
              a pu accrditer cette erreur, c'est que cette montagne
              qui, d'aprs les calculs rcents du capitaine Gautier,
              n'a en ralit que deux mille six cents mtres
              d'lvation, semble, par sa position isole au-dessus de
              la mer, plus leve qu'aucune montagne de l'Orient.
              Sophocle, Pline et Plutarque disent que son ombre
              atteignait la place publique de Mirina  Lemnos. (Voir 
              cet gard les calculs de Choiseul-Gouffier et les
              travaux de M. Delambre.--Choiseul-Gouffier, _Voyage dans
              l'Empire Ottoman_, vol. II, p. 246; d. Aillaud, 1852.)]

Le soir,  neuf heures, nous traversions la rivire de Doutlitcha (de
la mre noire), quand un pappas qui passait par l nous dit que nous
tions venus trop sur le sud-est, qu'il nous fallait gagner la plage
de Gemati, et que prs de l nous trouverions le village
d'Agios-Nicolaos o nous pourrions passer la nuit.  minuit nous
arrivions audit village, mais l, complication imprvue! les maisons
taient encombres de vers  soie. On nous dblaya bien deux chambres
de ces htes incommodes, mais on oublia d'en chasser les puces,
punaises, pucerons et maringouins qui n'eurent garde de nous oublier,
tant convis  un festin assez rare pour eux. Je compris  ce moment
la distance que mon ami C.... met entre ces deux mots: Voyage....
d'agrment; mais toute peine a sa rcompense, et, ne pouvant dormir
dans cette magnanerie, nous emes le loisir d'admirer aux premiers
rayons du soleil les cocons rangs sur des claies comme autant de
petites bulles d'or.

Une tartane qui chargeait du bois tout prs de l,  _Vorvourou_, nous
offrit de nous faire traverser le golfe de Monte-Santo. Nous
attendions  l'ombre d'un platane que les vents nous fussent propices,
quand nous vmes arriver le P. Gdon, haletant, essouffl, ruisselant
et les pieds gonfls. Il tait venu de Salonique  pied en suivant la
cte. C'tait au fond un assez bon homme que ce P. Gdon, malgr sa
malpropret, et cette malpropret mme tait peut-tre une vertu.
Saint Basile n'a-t-il pas dit: Que l'humilit du moine paraisse dans
tout son extrieur, qu'il ait la tte mal peigne, l'habit sale et
nglig. Il nous donna de nombreux renseignements sur sa Thbade,
nous dit d'abord qu'on y vivait trs-vieux, d'accord en cela avec
lien qui constate que les habitants de l'Athos taient appels
_Macrobi_, ensuite qu'il y avait au milieu de la montagne un village
peupl de moines, appel Karis, de [Grec: Kara], tte, et outre les
vingt monastres qui garnissaient la montagne un grand nombre de
skites[6], d'ermitages et de cellules, en tout environ neuf cent
cinquante glises et chapelles; il ajouta que les moines qu'on appelle
caloyers ([Grec: Kalogeroi], bons vieillards), n'taient plus que
trois mille de six mille qu'ils taient autrefois, mais qu'il y avait
des frres lais, des ermites et des profs, enfin que le sjour en
tait dlicieux, et qu'on tait fort bien accueilli par le conseil de
Karis, si l'on tait bien recommand, pourvu toutefois qu'on n'et ni
femme, ni chienne, ni chatte, ni aucun animal du sexe femelle, la
rgle tant inflexible  cet gard.

              [Note 6: Skites a la mme signification que cellules
              et vient de Skete, partie de l'gypte habite par des
              moines.]

Le rcit du P. Gdon tait coup d'invocations  la Vierge qui,
disait-il, avait appel le mont Athos sa terre de prdilection.


     Le couvent russe. -- La messe chez les Grecs. -- Karis et
     la rpublique de l'Athos. -- Le vovode turc. -- Le peintre
     Anthims et le pappas Manuel. -- M. de Svastiannoff.

[Illustration: Un juif de Salonique (voy. p. 104).--Dessin de Bida.]

Le 17 mai,  deux heures de la nuit, nous jetions l'ancre devant le
couvent russe, sur la cte occidentale de l'Athos. Aux premires
lueurs de l'aube, des masses de ttes apparurent aux fentres des
galeries hautes. On ne saurait voir rien de plus incohrent que la
construction de ce monastre. C'est un mlange incroyable de redans,
de bastions, de tours, tourillons et culs-de-lampe: tout cela lzard,
brch et jauni par le temps. Dans la longue tendue de ces murailles
il n'y a aucune ouverture, mais seulement au-dessous de la toiture,
des galeries de bois en saillie, tayes sur le mur par des
arcs-boutants. Ces galeries, ajoutes depuis que les pirates ont cess
d'inquiter les moines, sont peintes d'une couleur sang de boeuf qui
rompt la monotonie du ton gnral. Cet amas de maonnerie est entass
sur un rocher plant au milieu d'une verdure luxuriante.

Voulgaris que j'avais dpch en ambassadeur revint suivi de deux
caloyers, chargs de melons et de figues fraches que nous envoyait
l'higoumne.

Aprs avoir fait honneur  cet envoi, nous montmes la pente ardue qui
mne au monastre. Une porte double, verrouille comme la porte d'une
prison et surmonte d'une Vierge ([Grec: panagia portaitisa]) dont on
distingue les vtements dors  travers un treillage, donne entre
dans la cour principale. Au milieu de cette cour est le Catholicon,
basilique  cinq coupoles perces d'ouvertures jumelles: tout autour,
sur un double rang d'arcades superposes les cellules. On nous
conduisit d'abord  l'glise, selon la rgle de saint Basile:
Suscepti hospites ad orationem..., et postea cum eis sedeat. C'tait
l'heure de la messe: les moines se rangeaient dans les stalles. Ces
moines ou caloyers sont vtus d'une robe brune retombant  plis
droits, et, par-dessus, d'un vtement galement trs-long, mais de
couleur plus claire et serr  la taille par une ceinture de cuir
noir, agrafe de cuivre. Ils ont les pieds chausss de brodequins, et
la tte couverte d'un bonnet jaune amadou en forme de gteau de
Savoie. Prenant  la lettre la parole de l'criture, et le fer ne
touchera pas  sa tte, ils portent les cheveux et la barbe aussi
longs qu'ils veulent crotre. Quelques-uns roulent leurs cheveux en un
chignon norme qu'ils retroussent sous leur bonnet, mais un grand
nombre, non contents de la longueur dmesure de leurs barbes,
laissent retomber sur les paules leur abondante crinire, ce qui, 
la longue, par le frottement, rend leur lvite compltement
impermable et leur donne une apparence de porc-pic derrire laquelle
disparat toute expression de physionomie.

[Illustration: Une juive de Salonique (voy. p. 104).--Dessin de Bida.]

Cependant parmi les vieillards qui entraient dans l'glise d'un pas
chancelant, je vis un jeune homme s'avancer d'un pas ferme: je ne
crois pas avoir jamais rencontr d'expression plus pure de la beaut
mle: ses yeux brillaient comme des flambeaux au milieu de la pleur
mate de son visage, amaigri par le jene et sa barbe retrousse par la
ligne fire de ses lvres se divisait sur sa poitrine, mlant ses
reflets bleutres aux tons plus sombres de sa chevelure. C'tait un
Grec de Zante, arriv depuis peu sur la montagne.

Quand les assistants eurent psalmodi un psaume sur le rhythme lent et
nasillard de l'glise grecque, qui est un rcitatif plutt qu'un
chant, le prtre commena la messe. Il fit d'abord trois signes de
croix suivis d'une inclination. (Le signe de croix se fait chez les
Grecs en portant la main de droite  gauche, parce que le Christ donna
pour tre crucifi sa main droite la premire, et  l'aide des trois
premiers doigts de la main runis, pour indiquer qu'il n'y a qu'un
Dieu en trois personnes. L'inclination remplace la gnuflexion, qui
n'est admise par l'glise d'Orient que le jour de la Pentecte.) Il
revtit ensuite une aube de soie broche, et se ceignit d'une ceinture
large  laquelle pend une sorte de sachet en losange appel
_hipognation_, de [Grec: epi] sur, [Grec: gonu], genou. Aprs le
_Confiteor_ et l'_Introt_, le prtre prit le pain[7], coupa le
morceau de crote qui porte la formule, _Jsus-Christ vainqueur_,
ainsi dispose:

  ___|___
  IC | X
 ____|____
  NI | K

la mit dans le bassin, versa le vin et l'eau, recouvrit le bassin
d'une croix et offrit le sacrifice.

              [Note 7: L'usage des azymes est au nombre des
              dissidences qui sparent l'glise de Rome de l'glise
              d'Orient. Les catholiques disent que Jsus-Christ ayant
              fait la cne avec ses disciples, devait avoir employ du
              pain azyme, selon la coutume des Juifs qui font la pque
              avec ce pain. Les Grecs disent, au contraire, que
              puisque l'poque de la pque n'tait pas venue,
              Jsus-Christ fit la cne avec du pain ordinaire,
              c'est--dire avec du pain inzyme.

              Les principales dissidences sont, du reste, au nombre de
              trois: 1 la suprmatie du pape; 2 la procession du
              Saint-Esprit, c'est--dire l'addition _filioque_; 3 le
              purgatoire.

              La question des azymes peut tre classe dans les
              diffrences d'usage qui sont: 1 les azymes; 2 le
              baptme par triple immersion; 3 la prtrise chez les
              hommes maris; 4 la communion chez les enfants; 5 la
              gnuflexion; 6 l'abstinence du mercredi.]

Les Grecs ne disent pas la messe sur un autel de forme tumulaire comme
le ntre, mais sur une table recouverte d'un linge consacr appel
_antimension_. Ils attachent une ide de profanation  sacrifier dans
le mme sanctuaire qu'un autre prtre, en sorte que dans ces
monastres les chapelles et oratoires sont innombrables.

Aprs le service divin nous pmes circuler librement dans l'glise. Le
plan de celle-ci est  branches gales; des fresques tapissent les
murs jusqu' la vote, disposes dans cet ordre,  peu prs invariable
dans les glises du rite grec: au centre le Christ bnissant[8],
portant ce monogramme: IHC XC. O [Grec: pantokratr], Jsus-Christ
tout-puissant; du ct de l'Orient la Vierge ([Grec: panagia], toute
sainte), entre les anges Michel et Gabriel; plus bas les prophtes;
dans les pendentifs, les vanglistes; au dedans du bma la Cne;
au-dessus du narthex, la Transfiguration; et sur les branches de la
croix, les miracles de Jsus-Christ et les sujets de l'Ancien
Testament. En dehors, sous la vote du narthex, les asctes, les
stylites, les saints philosophes et les saints vques.

              [Note 8: La main qui bnit est ainsi dispose: le
              pouce crois avec le quatrime doigt, de manire que
              l'index reste droit, et le troisime recourb; on forme
              ainsi le nom de Christ, I X C.]

Aprs une visite dans les cellules, meubles d'une simple estrade en
bois sur laquelle couchent les moines, on nous conduisit au rfectoire
o la communaut dnait d'un macaroni trop cuit noy dans une sauce
trop longue. Un caloyer lisait une homlie pendant le repas.

Ce monastre est habit par des caloyers russes[9] et grecs. Nous
prmes cong d'eux pour prsenter le plus tt possible nos lettres
d'introduction  Karis. Ce village est  quatre heures du couvent
russe. On traverse jusqu' une certaine hauteur des jardins et des
plants d'oliviers entretenus par les moines,  l'aide d'un systme
d'irrigation trs-ingnieux; l'eau est amene des hautes assises du
rocher par des troncs d'arbres creux ajusts bout  bout et tays
d'une branche  l'autre. Plus haut ce sont des bois de chnes et de
chtaigniers d'une vigueur surprenante  cause du voisinage de la mer.
Les historiens byzantins parlent frquemment de cette vgtation
merveilleuse. Ceux qui appellent l'Athos la terre de Dieu ne se
trompent pas, dit Cantacuzne. La douceur de la temprature, dit
Nicphore Grgoras, la multiplicit des vgtaux qui rjouissent la
vue et embaument l'air, le chant des oiseaux, le murmure des eaux, le
vol strident des abeilles, l'aspect de la grande mer, le calme des
valles, le silence et la solitude des bois, tout cela forme un tissu
de volupts qui ravissent les sens et lvent vers Dieu l'me
recueillie dans de pieuses penses.

              [Note 9: Il y a une opinion gnralement accrdite
              qui veut que l'glise russe soit spare de l'glise de
              Constantinople, et que le tzar en soit le chef. Cela
              n'est pas tout  fait exact. Dans les annotations du
              _Pedalium_, recueil des canons, l'glise d'Orient dit:
              Il y a eu autrefois un patriarche de Russie, mais ce
              patriarche n'existe plus. En effet, Ivan III avait pris
              le titre de patriarche de Russie, mais Pierre le Grand
              ne le conserva pas, nomma un conseil d'vques qu'il
              appela _saint Synode dirigeant_, et prit le titre de
              Protecteur de l'glise. Il demanda la confirmation de
              ces mesures au patriarche de Constantinople, lui crivit
              qu'il avait toujours reconnu sa primaut synodale sur
              l'glise orthodoxe, et le pria de l'aider de ses
              conseils.]

Karis est cach dans un pli du versant oriental, au milieu de skites
et d'ermitages accrochs  toutes les asprits de la montagne. Les
maisons sont basses, faites en bois, enduites d'un crpi rose ou
blanc, et alignes sur les cts d'une rue unique. Dans cette rue se
tiennent, au fond de petites boutiques, ouvertes en tabatire, des
moines qui vendent des rosaires, des gravures et des ustensiles de
mnage sculpts par les ermites. C'est au bout de cette rue, dans une
grande maison de modeste apparence, que sige le conseil qui gouverne
la montagne.

Ce conseil est compos de vingt pistates reprsentant les vingt
monastres. Un prsident, lu tous les quatre ans par cette assemble,
partage le pouvoir excutif avec les reprsentants des quatre
monastres de _Lavra_, _Iveron_, _Vatopdi_ et _Kiliandari_. Ces
quatre reprsentants administrent la montagne, et rendent compte de
leur administration  l'assemble gnrale qui, outre ces fonctions,
juge les dlits et les crimes. Les rescripts ou ordonnances doivent
porter l'empreinte d'un sceau[10] dont chacun des quatre reprsentants
possde un quart, ce qui fait que l'opposition d'un seul annule toute
dcision. Le gouvernement turc a reconnu cette petite rpublique
monacale aprs la prise de Constantinople, et s'en est dclar le
protecteur, moyennant un tribut annuel de 500.000 piastres verses
entre les mains d'un aga qui rside  Karis. La rpublique entretient
une garde de vingt Albanais chrtiens, destins  faire la police de
la montagne.

              [Note 10: Ce sceau est en argent coup en quatre
              parties gales. Une cinquime volont est ncessaire
              pour valider les actes: c'est celle du prsident qui
              possde la clef  vis qui runit les quatre portions.
              Autour de ce sceau, reprsentant la Vierge, est
              l'inscription suivante en grec et en turc: _Sceau des
              pistates de la communaut de la Sainte-Montagne_.]

J'ai dit qu'il y a vingt monastres sur l'Athos. Dix-sept sont habits
par des caloyers[11] grecs, un par des caloyers russes et grecs, et
deux par des Serbes et des Bulgares.

              [Note 11: Les _caloyers_ ou moines appartiennent au
              premier ordre du clerg grec, appel ordre des
              _hironomaques_. Lorsque l'glise d'Orient se spara de
              celle de Rome, elle divisa son clerg en deux ordres:
              les _hironomaques_ et les _pappas_. Les premiers, vous
              au clibat, comprennent les _patriarches_, les
              _narques_, _mtropolitains_, _archevques_, _vques_,
              _archimandrites_ et _caloyers_.

              Les seconds, qui peuvent se marier, sont les pappas,
              nomms aussi journaliers.

              Il y a quatre patriarches, qui occupent les trnes de
              _Constantinople_, _Alexandrie_, _Jrusalem_ et _Damas_.
              Celui de Constantinople a la primaut synodale.

              Les caloyers du mont Athos relvent de ce dernier.]

Tous sont de l'ordre de saint Basile, mais ne sont plus gouverns
d'aprs les mmes lois. Autrefois, ils avaient chacun un higoumne
inamovible; mais  la suite de discussions dont je n'ai pu savoir au
juste la date, l'organisation fut modifie, et aujourd'hui dix de ces
monastres seulement, dits couvents de cnobites[12], ont conserv les
anciens usages; les dix autres ont pris la dnomination de couvents
libres (ou [Grec: diorismoi], distincts), et sont rgis par un
conseil d'pitropes renouvel tous les quatre ans.

              [Note 12: [Grec: Koinobion] signifie proprement
              communaut.]

Les monastres des cnobites sont: _Iveron_, _Kiliandari_,
_Dyonisios_, _Koutloumousis_, _Zographos_, _Philothos_, _Grigorios_,
_Xnophon_, _Esphigmenou_ et _Roussicon_, couvent russe.

Les dix autres couvents se nomment: _Vatopdi_, _Lavra_,
_Pantocrator_, _Xiropotamos_, _Dokiarios_, _Karacallos_, _Simoptra_,
_Stavronikitas_, _Agios Pablos_ et _Castamoniti_.

Les reprsentants des monastres de _Lavra_, _Vatopdi_, _Iveron_ et
_Kiliandari_, gouvernent les autres, non-seulement parce qu'ils sont
les plus riches et les plus anciens, mais parce qu'ils portent le
titre de monastres impriaux. (Sous les empereurs byzantins il y
avait trois sortes de monastres: ceux qui relevaient directement de
l'empereur, ceux qui relevaient des patriarches, et enfin ceux qui
appartenaient aux vques ou archevques.)

[Illustration: Sceau du monastre.]

Les revenus de tous ces couvents sont produits par l'exploitation des
bois, la vente des noisettes et des olives. _Koutloumousis_ rcolte 
lui seul deux cent mille ocques de noisettes. _Lavra_, _Iveron_ et
_Philothos_ exploitent annuellement pour cinq cent mille piastres de
bois. Outre ces produits, les monastres ont de vastes proprits
appeles Mtok, en Valachie,  l'le de Thasos et sur le littoral de
la Turquie d'Europe.

Le jour de notre arrive  Karis tait la veille d'un changement de
gouvernement. Les pistates taient enferms pour procder aux
lections, et il y avait absence totale d'tres vivants dans la cour
du _Konach_. Au bout de quelques instants employs  nous promener
dans le village, nous fmes introduits dans une grande salle, sorte de
galerie haute, ouverte sur la cour et garnie tout alentour de divans
en estrades. Sur ces divans les membres de l'assemble taient assis 
la manire turque, vtus d'un manteau  manches amples, ouvert  la
poitrine sur une robe de soie bleue ou violette, selon leur
hirarchie, et coiffes d'un _kalimafki_ de feutre noir taill comme
une toque d'avocat. Sur les murs, lavs  la chaux d'un ton jauntre,
ces personnages toffs s'enlevaient merveilleusement. Le prsident
s'avana appuy sur sa crosse ([Grec: pateriza], sorte de petite
bquille noire garnie de nacre), et nous invita  prendre place sur le
divan; puis il ouvrit les lettres, et quand il arriva  celle du
patriarche, il en baisa la signature. Un Albanais avait apport un
escabeau charg de confitures sches et de caf, et quand chacun fut
arm de sa tasse et du tchibouk de rigueur, tous nous firent des
questions sur la France, sur Constantinople, et surtout sur le but de
notre voyage  l'Athos. Il leur semblait trange qu'on vnt voir de
pauvres moines, quand on vivait au milieu des splendeurs de l'Occident
dont on leur avait dit merveille.

En notre qualit d'artistes, le prsident nous dit qu'il nous logerait
chez le peintre Anthims, une des lumires de la Sainte-Montagne.
Avant d'aller chez notre hte, nous montmes faire visite  l'aga, qui
habite la seconde aile du Konack. Ce pauvre musulman est l tout 
fait dpays, n'ayant pour compagnons qu'un secrtaire et quelques
Albanais de sa religion. C'est un jeune homme de trente  trente-cinq
ans, ni beau ni laid, engraiss par l'oisivet, hbt par la
solitude. Il nous accueillit avec tout l'enthousiasme d'un homme ravi
de voir d'autres visages que les profils liturgiques qui l'entourent;
mais cette expansion fut de courte dure, et il retomba dans son
assoupissement, dont il ne sortira vraisemblablement que le jour o il
sera appel  d'autres fonctions, ou admis  faire valoir ses droits 
la retraite.

Anthims, notre hte, tait un tout autre homme, vif, alerte et
remuant. Il habitait sa petite maisonnette en compagnie d'un pappas
appel Manuel, sorte de paria qui faisait la cuisine, cultivait le
jardin, nettoyait la maison, aidait le peintre dans ses travaux,
l'assistait  la messe et trouvait le temps de dormir et de boire
quelquefois outre mesure, malgr ces nombreuses occupations.

Pendant que nous attendions le moment d'tre admis auprs du conseil,
j'tais all jusqu'au Catholicon[13]. L entrait en mme temps que moi
un jeune homme. Vtus tous les deux comme on l'est au pays du macadam,
nous nous devinmes Franais. Il tait peintre, s'appelait Vaudin, et
travaillait avec M. de Svastiannoff. J'avais entendu parler en Grce
des travaux de M. de Svastiannoff[14] au mont Athos. Ma premire
visite fut naturellement pour lui. L'auteur des admirables
reproductions photographiques que l'Institut a vues il y a quelques
annes, m'accueillit avec cette courtoisie et cette cordialit
habituelle  l'aristocratie russe. Nous causmes de la France en
franais, ce qui est une grande jouissance, et nous prmes le th en
russe, ce qui est la bonne manire.

              [Note 13: On appelle catholicon l'glise de la
              Vierge. Le mont Athos est tout entier sous l'invocation
              de la Vierge, et dans chaque monastre l'glise
              principale lui est ddie.]

              [Note 14: M. de Svastiannoff a reproduit  l'aide
              de la photographie: 1 un manuscrit du douzime sicle
              en caractres microscopiques; 2 des sermons de saint
              Grgoire le Thologien, de Jean Damascne; 3 un trait
              indit de mdecine; 4 la gographie de Ptolme; 5 une
              liturgie de saint Jean Chrysostome sur parchemin; 6 des
              chartes en langues grecque et slave; 7 des fragments de
              la Lgende dore.

              Pendant que j'tais au mont Athos, M. de Svastiannoff
              prparait de nombreux travaux. Son sjour devait tre
              encore fort long sur la montagne, et l'infatigable
              voyageur avait le projet de complter ce travail
              gigantesque par une excursion au Sina.]

L'histoire du mont Athos est trs-obscure depuis Jsus-Christ jusqu'au
dixime sicle. Les moines font remonter  Constantin la fondation du
monastre de Lavra, construit par saint Athanase l'Athonite. De ce
saint Athanase il n'est question dans aucun historien; mais dans ce
mme monastre de Lavra, une fresque reprsente ledit saint Athanase
recevant une chrysobulle des mains de l'empereur Nicphore Phocas,
c'est--dire vers 965. Cependant il est probable que certains
monastres sont de fondation plus ancienne: ceux d'_Iveron_ et de
_Vatopdi_, par exemple, construits sur l'emplacement des villes de
Dium et d'Olophisos, dont parle Hrodote et dont ne parlent pas les
historiens byzantins.

[Illustration: Vue gnrale du mont Athos.--Dessin de Villevieille
d'aprs M. A. Proust.]

Quoi qu'il en soit, voici la version des moines: saint Athanase
demanda  l'empereur la permission de construire un monastre sur
l'Athos et leva la grande Lavra ou Laure (Lavra signifie runion,
communaut, association); mais la montagne tait occupe par des
ermites. Ces ermites envoyrent une dputation  Constantinople pour
protester contre l'envahissement de leur retraite. Leurs prires ne
furent pas coutes et les monastres se succdrent sur les flancs de
la montagne.

                                        A. PROUST.

(_La suite  la prochaine livraison._)

[Illustration: MONT ATHOS.--Le conseil des pistates au mont
Athos.--Dessin de G. Boulanger d'aprs M. A. Proust.]




VOYAGE AU MONT ATHOS,

PAR M. A. PROUST[15].

              [Note 15: Suite.--Voy. page 103.]

1858.--INDIT.

     Ermites indpendants. -- Le monastre de Koutloumousis. --
     Les bibliothques. -- La peinture. -- Manuel Panselinos et
     les peintres modernes.


Chose assez singulire! ces ermites relgus sur le haut du rocher ont
trouv des continuateurs, qui vivent loin des habitations, comme des
btes fauves. Lorsqu'ils ne trouvent plus  se nourrir sur la
montagne, ils descendent  la porte des monastres et changent contre
des lgumes, de petits chapelets et des croix sculptes. Malgr
l'aversion qu'ils tmoignent aux moines, ceux-ci les vnrent comme
des saints. En venant du monastre russe, nous en vmes un accroupi
sur un rocher, vritable homme des bois, qui n'avait pour tout
vtement que sa barbe dmesurment longue. Il est vrai que la lgret
de ce costume avait son excuse dans la chaleur de l'atmosphre.

J'ai parl de la rgle qui interdit  toute femme et  tout animal du
sexe femelle l'entre de la montagne. Il est probable que cette rgle
rigoureuse, dans laquelle on a cru voir un scrupule exagr, a t une
mesure toute politique pour chasser les habitants qui persistaient 
rester sur la montagne, et en interdire l'entre mme aux bergers qui
eussent t tents d'y conduire leurs troupeaux.

Les monastres de l'Athos ont jou un rle important sous les
empereurs byzantins. C'est l que se recrutaient les patriarches. On
prit souvent, dit Grgoras, dans les monastres, pour les lever au
patriarcat, des moines ignorants, car les princes choisissent pour les
grandes places tels sujets qui leur soient soumis servilement.
Quelquefois cependant ces patriarches disposrent de l'empire. J'aurai
plus loin l'occasion de parler de la secte des Palamites, qui prit
naissance sur l'Athos et agita longtemps la chrtient orientale.

Nous pouvions observer chaque jour au couvent de Koutloumousis, 
quelques minutes de Karis, les habitudes des caloyers. Laissant le
soin de l'agriculture et du jardinage aux frres lais, ces cnobites
ne font absolument rien que prier. Le matin ils descendent de leurs
cellules, chantent les matines, entendent la messe, vont au
rfectoire, assistent aux vpres  quatre heures, soupent  six,
disent complies, se couchent avec le soleil et se relvent au milieu
de la nuit pour aller  l'glise. Ces diffrents exercices sont
annoncs par une simandre[16]. En dehors de l'eukologue (brviaire),
ils lisent peu. Il y en a cependant quelques-uns qui ont voyag, vu,
tudi et acquis une instruction srieuse. Malgr cela les
bibliothques sont dans un tat de dsordre dont on ne peut se faire
ide, et l'emploi de _cartophilax_[17] est une sincure.

              [Note 16: La simandre est un morceau de bois ou de
              fer suspendu  un chevalet, qui rend un son prolong
              lorsqu'on le frappe  l'aide d'un marteau. Les cloches
              furent en usage de bonne heure en Occident, et les
              premires sont, je crois, attribues  saint Paulin,
              vque de Nole, au cinquime sicle; mais les caloyers
              de l'Orient, trs-attachs aux premiers usages du
              christianisme, se servent toujours de la simandre. Cet
              instrument est trs-ancien; on en a trouv plusieurs
              dans les ruines de Pompi.]

              [Note 17: On doit cependant  l'archimandrite
              Porphiry, du couvent russe, une connaissance assez
              exacte d'un certain nombre de manuscrits et de
              chrysobulles renferms dans quelques couvents de
              l'Athos. Il en a fait un catalogue en langue russe
              publi  Ptersbourg en 1847. Ce catalogue a t traduit
              en allemand par Miklowich dans sa bible slave (Vienne,
              1851; in-8{o}). Le gouvernement franais a envoy deux
              personnes au mont Athos: M. Minas Minoids, qui a
              rapport quelques manuscrits, et M. Lebarbier, de
              l'cole d'Athnes, dont les recherches ont t
              incompltes.]

Mais si les moines ont nglig l'tude des lettres, ils ont continu
les travaux de peinture, de gravure et de sculpture sur bois qui leur
ont fait une si grande clbrit. Le catholicon de Karis donne une
suite de fresques de l'poque la plus savante de l'cole athonite. Ces
peintures sont de Manuel, surnomm Panselinos ([Grec: panaseln]
pleine lune), n  Salonique vers le douzime sicle, date trs-vague,
mais que je n'ai pu avoir plus prcise. Panselinos est considr
non-seulement comme le chef de l'cole athonite, mais encore comme le
matre de l'cole byzantine tout entire. Les traditions de cette
cole ont t transmises dans un livre intitul: [Grec: Hermneia ts
Zgraphichs] _Guide de la peinture_[18], rdig vers 1650, par le
moine Denys, du couvent de Fourna, prs d'Agrapha en Thessalie, et son
lve Cyrille de Chio. Ce manuel donne les recettes pour peindre, la
manire de reprsenter les sujets religieux et l'ordre dans lequel ils
doivent tre disposs. Rdig dans le but d'empcher la dfiguration
des compositions religieuses, il a li les peintres dans un rseau de
rgles invariables, et fait disparatre de leurs oeuvres toute
inspiration individuelle.

              [Note 18: M. Didron a donn une traduction de ce
              livre en 1839.]

On a cru voir dans les mosaques et les fresques des premiers sicles
chrtiens une inspiration immdiate, puise dans les prceptes de la
foi nouvelle. Il suffit d'observer attentivement ces compositions pour
se convaincre qu'il n'y a dans ces longues figures au type grec, au
geste ptrifi et aux draperies rgulirement plisses, qu'une
appropriation maladroite des chefs-d'oeuvre de l'antiquit aux besoins
du nouveau culte. Ce reste de style d'emprunt, et cette maladresse
mme donnent  ces productions un mlange de science et de navet qui
tonne et sduit. Y eut-il ds ce temps-l un trait de la peinture
religieuse indiquant certaines rgles de composition immuables? Cela
n'est pas probable ou s'il y en eut un, Manuel Panselinos s'en est
souvent cart, car, le _Guide_ dont les peintres du mont Athos ont
chacun un exemplaire entre les mains, est ddi  Manuel Panselinos et
semble fait d'aprs son oeuvre. Le peintre moine a donc fait au mont
Athos le mme travail qu'ont fait les peintres italiens d'aprs ces
mmes fresques byzantines, exiles en Italie par la querelle des
iconoclastes. Il a conserv le style, et s'inspirant de la nature,
peut-tre mme aussi des fragments de la statuaire grecque trouvs sur
la montagne, il a donn plus d'ampleur aux contours, de ralit dans
l'expression et de posie dans la conception. Aprs lui, il y eut une
sorte de renaissance qu'on suit jusqu'au dix-septime sicle  travers
l'oeuvre de peintres inconnus, dsigns sur l'Athos sous le nom
uniforme de Panselinos[19], et qui se termine  un artiste appel
_l'Albanais_.

              [Note 19: Cette qualification de _Panselinos_ semble
              avoir sur le mont Athos la mme signification que celle
              de _mastro_ en Italie. Les moines vous dsignant des
              peintures faites  deux ou trois sicles de distance,
              disent: Cela est de Panselinos; ce que l'on ne peut
              comprendre raisonnablement que de cette faon: Cela est
              d'un matre.]

[Illustration: CARTE _DE LA_ CHALCIDIQUE

pour servir  l'intelligence du voyage de Mr. Proust au Mont Athos.
Dresse par A. Vuillermin.]

Depuis cette poque, l'art est tomb  un degr tel qu'on ne sait plus
si les moines qui le pratiquent mritent le nom d'artistes. La
premire fois que j'allai dans l'atelier du peintre Anthims, ce qui
me frappa c'est que dans cet atelier il n'y avait pas de peinture,
mais une suite de vases remplis de colle de poisson, de pltre dlay,
d'huiles, de mordant pour la dorure, enfin ce qui constitue le
laboratoire d'un fabricant de couleurs. Je demandai  notre hte de
nous montrer quelqu'une de ses oeuvres. Nous ne faisons pas
d'esquisse, me dit-il, et travaillons immdiatement sur le mur; le
guide nous indique les proportions du corps humain, la disposition des
figures et leurs mouvements. Le P. Macarios, mon matre, tenait ses
principes du P. Nectarios, qui les lui avait transmis; puis, prenant
un pinceau qu'il trempa dans du brun rouge dlay dans l'eau, il traa
un Christ sur une feuille de papier. Le contour tait ferme, sans
hsitation, fait avec la dextrit d'un matre d'criture, mais ce
dessin mathmatique tait insipide, bien qu'il n'y et aucune faute
grossire.

[Illustration: Saint Georges, fresque de Panselinos dans le Catholicon
de Karis. Dessin de Pelcoq d'aprs M. A. Proust.]

Dans sa prface de la traduction du _Guide du moine Denys_, M. Didron
raconte qu'il vit peindre un caloyer: En une heure, dit-il, sous nos
yeux, il traa sur le mur un tableau reprsentant Jsus-Christ donnant
 ses aptres la mission d'vangliser et de baptiser le monde. Il fit
son esquisse de mmoire, sans carton, sans dessin, sans modle. Ce
peintre, continue M. Didron, pourrait tre mis certainement sur la
ligne de nos meilleurs artistes vivants, surtout lorsqu'ils excutent
de la peinture religieuse. Ceux-ci traitent assez mal la peinture
religieuse au point de vue liturgique, cela est vrai. Pourquoi? Parce
que l'inspiration est le mouvement et le dogme l'immobilit; mais mise
 part la question de temprament qui fait comprendre  chacun la
traduction des choses divines de manire diffrente, ils cherchent, et
ne trouveraient-ils que la centime partie de ce qu'ils cherchent,
cette partie-l est l'inspiration, ce qui constitue l'art, tandis que
ces plates mdiocrits de l'Athos, faites machinalement d'aprs un
systme immuable, sont sans vie et sans me. Je ne peux voir ce qu'il
y a de commun entre de semblables choses et l'art. J'ouvre le _Manuel_
et je trouve ceci: Le corps d'un homme a neuf ttes en hauteur:
divisez la tte en trois parties: la premire pour le front, la
seconde pour le nez, la barbe pour la troisime; faites les cheveux en
dehors de la mesure de longueur d'un nez, divisez de nouveau en trois
parties la longueur entre le nez et la barbe, etc., etc.  l'aide de
ces principes et d'un compas on fait un _bonhomme_, on arrive mme par
l'habitude  le faire sans compas; mais on ne fait pas une oeuvre
d'art. Si le beau tait absolu et s'appelait Michel-Ange, chacun
devrait dessiner comme Michel-Ange. Ceux qui l'ont cru n'ont fait que
des pastiches assez faibles; mais Rubens, qui avait tudi Michel-Ange
et la nature, a fait des Rubens. Les moines du mont Athos ont essay 
faire toujours du Panselinos, d'aprs des lois transmises
successivement, sans se retremper dans l'tude de la nature qui
redonne la vie, et on ne peut mieux comparer leurs productions
actuelles qu' une traduction qui serait elle-mme faite d'aprs un
texte, rsultat de cent traductions successives.

Dans les fresques de Panselinos, il ne faudrait pas chercher ce qui
nous attache et nous sduit dans les productions de l'esprit: un
reflet de nos sensations. On sent au contraire l l'loignement de
toute proccupation terrestre, et l'aspiration vers le divin ou plutt
le surhumain. Le _Saint Georges_, une des seules figures que
l'obscurit du Catholicon de Karis nous ait permis de reproduire par
la photographie, est une des mieux conserves (voy. p. 116). Le
procd matriel de ces fresques est trs-simple. Un large trait noir
entoure la figure; les traits sont nettement accuss, et l'ombre se
partage galement de chaque ct.


     Le monastre d'Iveron. -- Les carmes. -- Peintres et
     peintures. -- Stavronikitas. -- Miracles. -- Un Vroucolakas.
     -- Les bibliothques.

Hadji-Linos, le prsident nouvellement lu, nous remit le 23 mai la
lettre surmonte du cachet qui devait nous ouvrir les portes des
monastres, et le 24 nous nous mmes en route vers les couvents de la
cte orientale: un Albanais de la garde nous servait d'escorte.

Aprs trois heures de marche sur une pente sablonneuse, entre deux
haies de noisetiers et de caroubiers, nous arrivions  Iveron,
laissant  notre droite Koutloumoussis encore noir d'un incendie
rcent.

[Illustration: Monastre d'Iveron.--Dessin de Karl Girardet d'aprs
une photographie.]

Il n'est pas ais de dmler un plan dans cet amas de constructions:
aussi le plus court et le plus vrai est de dire qu'il n'y en a pas.
L'ensemble de cette Babel d'architecture, encaiss dans un vallon sur
le bord de la mer, est triste, et c'est  regret qu'on quitte les
sentiers boiss de la montagne pour les porches sombres et humides,
les cours froides et les galeries nausabondes du monastre. Nous
tombions l dans un couvent de cnobites, c'est--dire en plein jene,
mais, grce  un quartier de mouton que nous avait offert le vovode
de Karis, nous pmes satisfaire nos apptits de carnivores.

Les jenes sont trs-frquents chez les Grecs. Voici les poques des
principaux carmes, sans parler des abstinences en l'honneur de tel ou
tel saint particulier  chaque couvent: deux mois avant Pques, trente
jours aprs la Pentecte, quinze jours avant l'Assomption et quarante
jours avant Nol. Le lait, le poisson et les oeufs ne sont pas permis,
en sorte que le menu se rduit aux olives, au caviar et  quelques
racines et coquillages. Les Orientaux, habituellement trs-sobres,
souffrent peu de ce rgime que nous ne pourrions supporter longtemps.

L'higoumne ne fit donc qu'assister  notre repas. C'tait un bon
homme sans faons, dpourvu d'instruction, mais ne manquant pas d'une
certaine finesse qui lui tenait lieu d'esprit. Il nous fit, aprs le
dner, les honneurs de son petit tat de la meilleure grce du monde.
D'abondantes explications nous taient donnes par le logothte,
personnage maigre, laid, mais instruit. Ce saint homme parlait avec
une telle familiarit de Dieu, de la Sainte-Vierge et des saints qu'on
et pu le croire de la cleste famille, s'il n'avait pris soin de
rappeler de temps en temps son origine terrestre par de bruyantes
interruptions que rptaient les votes sonores et qui prouvaient
surabondamment que l'abus des plantes crucifres est chose nuisible 
la sant: le _cant_ oriental autorise ces carts que notre politesse
rprouve.

J'ai dj dit que la fondation d'Iveron me semblait devoir tre
trs-ancienne. On retrouve, en effet, dans les murailles des fragments
de sculpture antique provenant des ruines de la ville _d'Olophizos_,
ce qui permet de supposer que la construction a prcd la querelle
des iconoclastes qui respectaient peu l'antiquit dans ses
chefs-d'oeuvre. Le logothte nous dit que ce monastre avait t lev
en l'honneur de saint Jean le Prcurseur, par trois Gorgiens ou
Ibriens (Jean, Euthimius et Georges), ([Grec: tn ibrn], des
Ibriens); quant  la date de la fondation il l'ignorait. Cet
tablissement est immense et ne compte pas moins de trente glises
ranges autour du catholicon. La disposition de ce dernier a t
modifie, car,  la suite d'un pristyle appuy sur des arcs-boutants,
une seule porte donne entre dans le narthex qui se trouve, par cette
conomie, dans une obscurit presque complte. Il est du reste facile
de voir que l'entre principale a t mure, par le dessin
transparent, sous le crpi du mur, d'une large arcade surmonte du
_labarum_. Il n'y a pas l de nefs latrales: le vaisseau est en forme
de trfle. Une addition curieuse (particulire[20] aux glises de
l'Athos) est celle d'absides semi-circulaires mnages derrire le
choeur pour servir de sacristie et de dpt aux vases sacrs.
Au-dessus des plaques de faences mailles qui recouvrent les murs
jusqu' hauteur d'appui, commencent les peintures. Les peintures de ce
dernier ont t rafrachies en 1846. Je dis rafrachies, parce que le
jour o un higoumne, ami de la propret, trouve que la dcoration de
son glise est ternie, enfume par le temps, il fait venir de Karis
un matre-peintre. On l'hberge lui et ses lves et, en peu de temps,
il remet les fresques  neuf. Dans l'intrieur le mal n'est pas
complet: le peintre a conserv les contours des anciennes images, et
s'est content de les remplir d'un badigeon blafard; mais sous le
porche extrieur, sa verve, ne trouvant plus de bornes, s'est livre
aux excentricits les plus tranges, _sans sortir cependant des rgles
du Guide_: il y a l une srie assez peu ragotante de dcollations,
o, sans respect pour la perspective, le sang jaillit jusqu'aux
derniers plans, occups par une architecture bizarre. Ces matres
goujats ne craignent pas de recouvrir les inspirations de Manuel
Panselinos ou de tout autre matre de leurs mthodiques barbouillages,
sous prtexte de restauration. Cependant ces peintures, qui ne
supportent pas un examen srieux, sont d'un effet dcoratif
surprenant. Ce but de la dcoration, qui est le premier auquel doive
tendre la peinture murale, semble avoir chapp  notre poque. On est
dsagrablement impressionn, quand on pntre dans un de nos
monuments religieux redcors  grands frais, de cette msintelligence
entre l'architecte, les peintres et les statuaires; et la runion dans
un mme cadre d'oeuvres faites avec talent, mais sous des inspirations
diverses, produit l'ensemble le plus discordant qui se puisse
imaginer. Ici le _moi_ disparat; chacun comprend son rle et s'y
tient. Les raccourcis audacieux ne viennent pas rompre la simplicit
des lignes architecturales, l'or s'y tale sans ambition, et la
mosaque mle ses tons modestes aux nuances du marbre. L'ensemble est
harmonieux, parce que l'inspiration est une, et ces fresques, plus que
mdiocres, apportent leur humble tribut au caractre monumental de
l'difice.

              [Note 20: On en voit cependant un autre exemple 
              Saint-Jean-Thotocos de Constantinople.]

Ces peintures veulent joindre  ce ct matriel un autre rle qui me
semble moins complet: celui de l'enseignement. Il n'est pas un
ornement, un agencement de dtails qui ne soit combin dans un sens
mystique ou symbolique; rbus impntrable  l'oeil et  la pense
dont le sens est aujourd'hui souvent perdu. _Les peintures des temples
sont le livre des illettrs. Pour autres choses ne sont faites les
ymages, fors seulement pour montrer aux simples gens, qui ne svent
pas l'escripture, ce qu'ils doivent croire._ Ce but n'est pas rempli
par les peintres byzantins, et leur iconographie est souvent
trs-abstraite. En voici un exemple pris dans une de leurs
compositions familires. Dans le crucifiement, au pied de la croix,
est ouverte une fosse remplie d'ossements sur lesquels coule le sang
du Christ. Du milieu de cette fosse sort Adam envelopp d'un suaire,
il semble se ranimer au contact du sang divin. Que signifie cette
allgorie? Une lgende veut que l'endroit mme o fut plante la
croix, sur le Golgotha, fut le lieu de la spulture d'Adam, et l'ide,
dduite de ce fait que le sang divin vient racheter l'homme qui a
commis la premire faute, est belle; mais l'allgorie ne s'arrte pas
l et, s'appuyant sur le texte d'une autre lgende qui dit que la
croix de Jsus-Christ a t taille dans un arbre venu sur la tombe
mme d'Adam, veut que la faute du premier homme soit figure par ce
mme bois sur lequel meurt le Sauveur de l'humanit. Il n'est pas
facile de dmler dans ce double symbole la cause de l'effet, mais si
on comprend cependant dans cette corrlation une pense sublime, ce
n'est pas toutefois chose faite pour les _simples gens_. La mort de
l'Homme-Dieu est dans notre iconographie plus simple, mais aussi plus
humaine; tandis que chez les Grecs la nature est calme et souriante le
jour du crucifiement, chez nous, au contraire, les lments se
rvoltent, la douleur est sur tous les visages, sentiment prosaque
qui interprte mal, ce me semble, le fait de la rdemption, mais qui
est plus saisissable pour le vulgaire.

Pendant l'examen minutieux que nous faisions de ces peintures,
l'higoumne ne cessait d'attirer notre attention sur des tableaux
qu'il venait de recevoir de Russie. Rien n'est comparable au mauvais
got de cette sorte de bimbeloterie qui attire l'oeil dsagrablement.
Les ttes et les mains seules sont peintes et ressortent maigrement
d'un amas d'toffes en relief surcharges de perles et de morceaux de
mtal. Les moines raffolent de ces affteries et Ptersbourg en inonde
les couvents.

On n'oublia pas de nous mener devant deux images de la Vierge en
grande vnration sur la montagne. La premire est au-dessus de la
porte d'entre, place trs-haut et peu visible  cause de l'pais
treillage qui la recouvre. Un vieux caloyer assis sous le porche nous
en conta l'histoire avec cette volubilit de _cicerone_ qui ne tient
aucun compte de la ponctuation. Voici le rsum de cette explication
en quelques mots. Thophile, patriarche d'Alexandrie, l'ennemi de
saint Jean Chrysostome, ayant fait brler quelques monastres par
suite de msintelligence avec le moine Isidore, fit disperser les
images. Une de ces images jete  la mer fut pousse miraculeusement
devant Iveron et recueillie par un caloyer appel Gabriel: c'est cette
image de la Vierge. La seconde est place au fond d'une petite glise
ddie aux saints aptres: le panneau enfum est entaill  la hauteur
du visage d'une large balafre dont s'chappent des gouttes de sang.
Vers l'an 650, des pirates vinrent attaquer le monastre et y
pntrrent. Leur chef, thiopien d'origine, s'avana jusqu'au fond de
cette chapelle et frappa la Vierge au visage d'un coup de couteau qui
fit jaillir le sang de la blessure. Le corsaire touch de ce miracle,
se fit moine avec ses compagnons, et termina sa vie dans le couvent,
donnant l'exemple d'une grande pit. On n'a su  ce ngre aucun gr
de son repentir, car, outre qu'on l'a souvent peint sur les murs d'une
faon peu indulgente pour son physique, on a eu l'ide de le faire
figurer sous la forme d'une grosse horloge en bois. La prsence de ce
_Croquemitaine_ s'explique mal dans un pays o il n'y a pas d'enfants.

Au milieu de ce monde d'images dont nous voulions reproduire une
grande partie, les jours nous semblaient courts, malgr la bonne
volont du soleil qui s'attarde volontiers dans ce ciel sans nuages.
Aussi nous ne sortions que rarement du couvent et profitions encore
d'une partie des nuits pour faire des recherches dans les
illustrations des manuscrits. Voulgaris, de son ct, imaginait des
raffinements inconnus pour apprter le mme poisson, l'ternel
_barbouni_ (espce de rouget) sous des aspects diffrents.  ceux qui
voyageront en Orient, je recommande Voulgaris et le merle solitaire
(_turdus musicus_) qu'il accommode trs-dlicatement avec la menthe
hache.

On a beaucoup chant la vie monacale; on a clbr les louanges de ces
associations qui, avec leur ferme croyance, ont laiss des monuments
imprissables de leur gnie. La foi du temps prsent semble tendre
vers un autre but et les moines d'aujourd'hui sont crass par ces
constructions colossales du pass. Except aux heures de prire, ils
restent peu dans le couvent et vont au dehors respirer un air plus pur
que celui de leurs cellules.

Les frres lais se livrent aux travaux du jardinage, construisent des
embarcations, vont  la pche ou filent la laine pour la confection
des vtements. Pour ces diffrents travaux ils laissent leur lourde
tunique et ne gardent qu'une culotte, costume qui, complt d'un
chapeau de paille aux bords larges, leur donne la tournure de cosaques
dguiss en planteurs. Plusieurs sont surveills par des moines, car
l'inviolabilit de la montagne fait que souvent,  ct de rfugis
politiques, se glissent des assassins, voleurs, ou autres gens
d'humeur batailleuse.

Dans les couvents grecs l'hospitalit est toute gratuite et largement
pratique  l'gard du premier venu qui frappe  la porte, musulman,
juif ou chrtien: cependant il ne faut pas oublier que les Grecs sont
matres en l'art de la diplomatie, et force tait souvent de donner un
_bakchich_ par-ci, faire un portrait par-l, pour retirer de tel ou
tel coin telle ou telle chose prcieuse.

Parmi le peu d'trangers qui ont sjourn ici, nous disait
l'higoumne, plusieurs sont tombs malades, malgr la salubrit du
climat. Cela n'a rien en effet qui doive surprendre. Il est vident
que celui que n'attire l aucun intrt artistique, ne doit pas tarder
 tre atteint d'un spleen prcoce. Le rgime monacal est mauvais, les
appartements pratiqus dans les galeries extrieures sont intolrables
dans le jour  cause de la chaleur, la propret est douteuse, et les
sentiers de la montagne sont peu praticables. Il ne resterait donc,
outre l'accueil gracieux qu'on reoit et le charme assez rare de la
conversation des moines, que le spectacle de la nature, splendide dans
ses effets les plus gigantesques, si la rgle des couvents ne faisait
fermer les portes au coucher du soleil et ne vous rduisait  la
contemplation de l'horizon immense du haut d'un balcon accroch sous
les toits comme un nid d'hirondelles. Une de nos distractions tait,
pendant la nuit, quand les simandres rveillaient les chos endormis
du couvent, de voir apparatre successivement sur les galeries les
moines  peine veills, se dirigeant vers l'glise d'un pas
chancelant, arms de petites lampes  la lueur tremblotante. Cela
nous reprsentait, avec ces acteurs casss par l'ge et vtus de leurs
tuniques longues comme des suaires, quelque chose comme une rptition
du Jugement dernier, figur dans les vieux almanachs.

Il nous prit fantaisie, un matin, de visiter le monastre de
Stavronikitas ([Grec: stauros], croix, [Grec: nik], victoire), 
deux kilomtres  peu prs d'Iveron. L'higoumne nous donna une barque
avec deux moines. P. Nyphon et P. Pacme avaient les bras solides et,
en quelques coups d'avirons, ils nous dbarqurent sur une plage
fleurie de myrte et de rosiers. Nous gagnmes de l le monastre 
pied. Sa construction, surmonte d'un donjon carr, flanque de
tourillons en culs-de-lampe et surveille  l'entre par deux
changuettes haut places, offre un appareil militaire complet. On
nous avait vant  Karis les peintures de Stavronikitas, mais le
moment de notre visite tait mal choisi; presque toutes les glises
taient fermes. On rparait l'intrieur de la cour et il pleuvait des
moellons avec accompagnement continu de la scie et du marteau. Ce que
nous vmes de plus surprenant tait un moine dormant au milieu de ce
vacarme. Aprs avoir pris  la hte quelques croquis, un entre autres
dans le Catholicon, d'aprs une belle image de saint Nicolas[21], nous
regagnmes la barque. Avez-vous vu, nous dit le P. Pacme, l'image
miraculeuse? Nous ne l'avions pas vue, mais nous n'en emes aucun
regret, tant dj habitus  ces exhibitions qui se rptent dans
tous les couvents et n'offrent le plus souvent rien de remarquable au
point de vue de l'art.

              [Note 21: Saint Nicolas est en grande vnration
              chez les Grecs. Quand les empereurs byzantins se
              mettaient en campagne, ils se faisaient prcder d'un
              tendard en haut duquel tait enchss un doigt de saint
              Nicolas.]

[Illustration: L'higoumne d'Iveron.--Dessin de Pelcoq d'aprs une
photographie.]

Les miracles sont du reste frquents dans l'glise d'Orient, et par ce
moyen les prtres entretiennent la superstition. Nous en emes une
preuve le lendemain  Iveron. Il y a,  la porte des couvents, de
petites chapelles funraires, appeles _kimisis_, dans lesquelles on
dpose les cadavres des moines. J'tais assis avec Schranz dans un de
ces caveaux abandonns depuis longtemps et encombr d'ossements. Nous
tions l, absorbs dans des tudes phrnologiques, quand entra Ianni,
notre cavas albanais:

Voil un crne de _vroucolacas_[22] (possd), dit-il, me dsignant
celui que je tenais  la main; il a les dents noires.--Cela prouve
tout au plus qu'il les avait mauvaises, rpliqua Schranz.--Vous n'avez
donc jamais vu de vroucolacas, effendi?--Non.--J'en ai vu un, moi. Il
y avait  Kavala un homme qui s'appelait Makalakis, qui avait le
mauvais oeil et qui toute sa vie avait fait du mal aux autres hommes.
Quand il traversait le champ du voisin, le tabac montait sur pied, et
les femmes qu'il regardait devenaient striles. Un jour on le trouva
mort prs du _tsarchi_. Il tait noir comme ceux qui meurent de la
peste. Voil qui est mauvais, dit le pappas. Pendant toute une
anne, Makalakis ne cessa de rder autour des maisons voisines. On
alla chercher le pappas, et on dterra Makalakis: son corps tait
toujours noir et ses chairs taient fermes, comme s'il ft mort la
veille. Allons chercher l'vque, dit le pappas, et quand vint
l'vque, qui tait un saint homme, les chairs se dcomposrent, mais
les os restrent noirs, et cela n'est pas naturel, effendi, et ce
crne que vous tenez l est celui d'un vroucolacas.

              [Note 22: Thvenot, parlant des moines du couvent de
              Niamounia  Chios, dit que quand ils meurent on les
              porte tout habills dans une glise ddie  saint Luc,
              laquelle est hors du couvent, et on les met sur une
              grille de fer; si quelques-uns de ces cadavres ne se
              corrompent point, les autres moines disent que c'est
              signe qu'ils sont excommunis. (Thvenot, _Voyage dans
              le Levant_, p. 180.)]

Comme nous en parlions le soir au logothte: Cela est vrai, nous
rpondit-il froidement. Nous n'emes garde d'insister. C'tait un fort
aimable homme du reste que ce logothte, n'et t un grain de
mfiance qui l'empchait souvent de nous donner tous les enseignements
que nous voulions de sa science. Nous passions une partie des soires
avec lui dans la bibliothque du Catholicon. La facilit avec laquelle
Schranz parla cinq ou six langues nous avait engags  faire quelques
recherches, mais c'et t vrai travail de gants, et la poussire que
renfermaient ces piles de livres ne tardait pas  rendre le sjour de
l'troite chambre intolrable. J'ai dit que les recherches jusqu'
ce jour avaient t peu fructueuses: Jean Belon[23], un des seuls
voyageurs qui aient crit sur l'Athos, dit que les prlats de l'glise
grecque, ennemis de la philosophie, excommunirent tous les prtres et
religieux qui tiendraient livres, et en criraient, ou liraient autres
qu'en thologie, et qu'ainsi plusieurs livres ont t ruins et
perdus. Voulez-vous savoir positivement, dit M. Deschanel, dans son
livre sur Sapho, comment furent perdues tant d'oeuvres d'un si grand
prix? coutez un tmoin irrcusable en cette question, un pape.
Halcyonius, savant du seizime sicle, fait parler ainsi Jean de
Mdicis, qui fut plus tard Lon X. J'ai entendu dire dans mon enfance
 Dmtrius Chalcondyle, homme trs-savant dans les lettres grecques,
que des prtres chrtiens avaient eu assez de crdit auprs des
empereurs byzantins pour obtenir d'eux la faveur de brler en entier
un grand nombre d'ouvrages des anciens potes grecs. On les remplaa
(ajoutait-il, avec un peu de malice, ce me semble) par les pomes de
notre Grgoire de Nazianze, qui, s'ils inspirent des sentiments
religieux, ne peuvent pas cependant prtendre  une lgance aussi
attique. Si ces prtres ont t honteusement impies envers les potes
grecs, ils ont donn un grand tmoignage de pit catholique.

              [Note 23: Belon, naturaliste du seizime sicle,
              dans son livre des _Singularits_, a consacr quelques
              pages rapides _ la description du mont Athos et des
              choses mmorables qu'on y trouve_. (Voy. Belon,
              _Singularits_, imprim  Paris, par Benoist Prevost,
              1555.)]

Il est cependant probable que des recherches minutieuses habilement
diriges amneraient de prcieuses dcouvertes[24].

              [Note 24: M. de Villoison est le premier qui en ait
              tent. Cet acadmicien, dit Choiseul-Gouffier, fit, en
              1785, un assez long sjour au mont Athos. Il s'y rendit,
              muni de toutes les recommandations qui devaient le faire
              accueillir dans les monastres, et lui ouvrir les portes
              de leurs bibliothques. Mais il ne suffisait pas d'y
              porter la passion du travail, il fallait encore joindre
              l'art de ne pas effaroucher la confiance. Comment a-t-il
              pu paratre pnible  un si savant hellniste de montrer
              quelque bienveillance pour les enfants de ceux dont les
              crits faisaient ses dlices et sa gloire?
              (Choiseul-Gouffier, _Voyages_.)]

[Illustration: La Phiale ou le Baptistre du couvent de Lavra (voy. p.
123).--Dessin de Lancelot d'aprs une photographie.]


     Les mulets. -- Philotheos. -- Les moines et la guerre de
     l'indpendance. -- Karacallos. -- L'union des deux glises.
     -- Les pnitences et les fautes.

Le 2 juin nous prmes cong de l'higoumne pour gagner Philotheos, 
dos de mulet. Ce moyen de locomotion est le seul en usage chez les
moines. L'quipement de ces animaux est de la plus grande simplicit:
un bt surmont de quatre pieux, placs comme les quatre points
cardinaux, une couverture en laine, des triers en corde, un bridon
galement en corde et une ou plusieurs clochettes selon le degr
d'affection que les moines portent  l'animal. Aprs un certain temps
d'tude, on arrive  tre mdiocrement bien sur ce sige, quand le
sentier monte, mais quand il descend, on est invitablement fort mal.
La route monte toujours d'Iveron  Philotheos et tout allait pour le
mieux, quand le premier mulet arriva devant un ravin large d'un mtre
environ, au fond duquel courait un torrent d'eau rapide. L'animal
s'arrta, regarda couler l'eau et ne bougea pas. Le P. Pacme adressa
au quadrupde quelques douces paroles, le P. Nyphon en vint aux
reproches: immobilit complte. Enfin l'un des deux moines ayant
l'ide de sauter de l'autre ct, l'animal l'imita et aprs lui tous
ses compagnons, mais non sans douleur pour les cavaliers, dans la
partie atteinte par le contre-coup. Cet exercice renouvel plusieurs
fois jusqu' notre arrive nous retarda, et peu s'en fallut que la
herse du couvent ne ft leve et que nous ne fussions forcs de
coucher dans le _xenodokion_ (on appelle ainsi un hangar ou
kervansara, plac en dehors du couvent, qui sert d'asile aux
voyageurs attards. Chaque soir, une demi-heure avant le coucher du
soleil, les moines se runissent et prient pour les gars pendant que
les simandres font rsonner au loin les chos de la montagne. Un
caloyer veille toute la nuit dans le xenodokion et donne des vivres
aux hommes et de l'orge aux mulets en attendant l'ouverture des
portes).

Philotheos a t fond au dixime sicle, par trois caloyers de
l'Olympe, Arsne, Denis et Philotheos. Le suprieur devait, je pense
n'avoir pas beaucoup moins d'un sicle. Il avait pris une part active
 la guerre de 1821, et quand il prononait les mots d'indpendance et
de libert, son regard reprenait toute l'nergie et la fiert de la
jeunesse: chose surprenante pour nous qui voyons le plus souvent les
ides gnreuses dcrotre avec l'ge et l'amour de la libert trait
d'inexprience et de maladie de jeunesse. Il tait de ceux qui,
laissant leur retraite, descendirent dans la plaine tenant la croix
d'une main et le fusil de l'autre. Ce fut, chose triste  dire, le
petit nombre. La pendaison d'un patriarche, dit un peu svrement
Pouqueville, tait pour quelques-uns d'eux une bonne fortune qui
donnait l'espoir d'avancer aux higoumnes, parmi lesquels on choisit
le haut clerg, et pourvu qu'on ne toucht pas  ses revenus,
l'gosme monacal aurait appris sans regret le naufrage complet de la
patrie. Les quelques moines qui prirent part  la lutte se mlrent
aux Grecs, soulevs dans la Macdoine. Diamantis,  la tte de ses
Albanais, vint les appuyer, s'tablit dans la presqu'le de Pallne,
en face de l'Athos et battit Yousouf-bey dans une premire rencontre;
mais les Turcs revinrent commands par Abouloudoub, pacha de
Salonique: la lutte fut longue, sanglante, et les Grecs durent plier
devant le nombre. La panique se rpandit alors sur la sainte Montagne.
Les moines laissrent Karis, embarqurent leurs trsors et se
fortifirent dans les couvents de Zographos et de Hierophon.
Abouloudoub n'osant attaquer de front ces remparts formidables, fit
faire des propositions de paix aux moines, leur jurant que leurs
proprits seraient respectes, mais qu'il tait de toute ncessit
qu'il mt chez eux une garnison. Ces propositions furent coutes et
une fois que le pacha eut mis le pied dans les couvents, il les livra
au pillage. Heureusement les moines avaient fait transporter tous
leurs trsors, leurs reliques et une partie de l'artillerie  Lavra,
ce qui donna le temps  l'amiral Combasis, qui croisait devant Thasos,
d'embarquer, toutes ces choses. Transportes  gine, elles furent
rapportes plus tard sur l'Athos. Il est  peu prs certain que la
rsistance, si elle et t bien organise, pouvait tre d'un grand
secours  l'insurrection grecque. L'higoumne de Philotheos, et il
n'est pas le seul[25], a le bon espoir que ce qui est diffr n'est
pas perdu. Je lui souhaite bien sincrement de vivre assez longtemps
pour voir ses voeux accomplis.

              [Note 25: L'htairie a de nombreux affilis dans les
              monastres. (Voyez pour cette association,
              l'introduction historique d'Alphonse Rabbe, aux
              _Mmoires sur la guerre de l'indpendance_, de M.
              Raybaud.) Cette vaste socit secrte a t fonde par
              le pote Rigas pour la rgnration de la nation
              grecque.]

Le plan de Philoteos, avec ses nombreux ateliers rangs autour du
Catholicon, prouve que, non-seulement les industries[26] mais les arts
de tous genres taient pratiqus dans les couvents, particulirement
l'orfvrerie et l'maillerie. On y faisait aussi les mosaques
(psiphyses), les ptes de verre, les terres cuites qu'on mlait au
porphyre et au marbre dans le pavage des basiliques. Aujourd'hui,
outre la peinture, la gravure et l'architecture, ces deux premires
tombes trs-bas, la sculpture sur bois s'est seule maintenue et  un
rare degr de perfection. Les moines fouillent en plein bois de vastes
compositions avec une habilet inoue; j'ai vu au mont Athos des
croix, des triptyques, des iconostases (barrire qui spare le choeur
de l'glise), des stalles, vraies merveilles de patience et de
fantaisie originale. Le P. Agatangelos, un matre en ce genre de
travail, avait envoy  l'Exposition universelle de 1855 un dessus de
livre trs-remarquable, qui fut trs-remarqu et qui ne le cdait en
rien au chef-d'oeuvre enchss d'or qu'on montre dans le trsor de
Karis (voy. p. 125). Le _diaconicon_ de Philotheos est cependant
encore trs-riche en orfvrerie. On nous fit voir la couverture d'un
manuscrit slave en repouss qui est certainement la perle la plus
prcieuse du couvent. Nous avions dj pu  Karis, grce 
l'obligeance des membres de l'pistasie, reproduire deux croix, l'une
maille sur arabesques, l'autre en bois enchsse d'or (celle dont je
viens de parler). Il y a dans ce mme trsor de Karis un
brle-encens, trs-curieux de composition, reprsentant la Religion
menace par la Philosophie. Cette allgorie est ainsi dispose: le
manche recourb est termin par une tte de dragon qui cherche 
atteindre de sa langue fourchue le temple qui contient l'encens.
Beaucoup de ces chefs-d'oeuvre ont t malheureusement dtruits
pendant les croisades. On sait les atrocits que se permirent les
croiss aprs la prise de Constantinople en 1204, atrocits qui se
reproduisirent dans tout l'empire. Les soldats rompirent les chsses
et les reliquaires pour prendre l'or, l'argent, les pierreries. Voil
ce que vous avez fait, dit l'historien Nictas, vous qui prtendez
tre savants, sages, fidles  vos serments, amis de la vrit,
ennemis des mchants, plus religieux et plus justes que nous autres
Grecs et plus exacts observateurs des prceptes de Jsus-Christ. Les
Sarrasins n'en ont pas us de mme que vous qui portez la croix sur
vos paules. Ils ont trait vos compatriotes avec humanit  la prise
de Jrusalem. Ils n'ont point insult aux femmes ni ensanglant le
temple. Comment nous avez-vous traits nous chrtiens, vous
chrtiens?

              [Note 26: Dans les monastres de l'Occident, rgls
              sur ceux de l'Orient, il en fut longtemps ainsi, et les
              moines ne cessrent de construire eux-mmes leurs
              habitations qu'au treizime sicle, poque  laquelle
              les confrries maonniques prirent naissance.]

En quittant Philoteos nous descendmes vers le couvent de Caracallos
ddi aux aptres Pierre et Paul par Jean-Antoine Caracallos. La
montagne tombe de l presque  pic, et la vue s'tend du ct de
l'Orient jusqu' Samotraki, Imbros et Tndos.

On nous installa dans une chambre dont les divans contre l'ordinaire
taient assez confortablement rembourrs, et nous allions nous y
laisser aller aux douceurs du kief, quand survint le pre orateur. Cet
emploi n'existe pas dans les couvents, mais le P. Nectarios et mrit
qu'on le crt en sa faveur. Depuis l'ge de dix-huit ans ce cnobite
habitait la montagne, et il tait fort g. Au dire des caloyers, qui
le considraient comme un saint, il rpandait dj une odeur d'encens:
trange illusion de la foi! Le dogme de la procession du Saint-Esprit
tait le thme favori du vieillard. Il n'tait pas facile de suivre
son raisonnement, mais il tait trs-clair que le P. Nectarios disait
 ce propos d'assez vilaines choses sur le compte du monastre de
Lavra son voisin.

Voici la raison du peu de considration dont jouit ce dernier auprs
de ses confrres. En 1277, Lavra accueillit le patriarche Veccus. Or,
Veccus venait d'excommunier les Grecs qui refusaient de reconnatre le
pape. Les autres couvents furent d'autant plus irrits contre Lavra
que les violences qu'avait exerces Michel Palologue[27] au nom de
cette excommunication avaient dj aigri les esprits. Les fils de
Michel Comnne, Nicphore et Jean, forts de l'appui du clerg, se
rvoltrent contre Palologue, et la lutte fut ouvertement dclare
entre les partisans de l'union et ses adversaires. Le pape Nicolas
envoya quatre lgats en Orient: Barthlemy de Grossetto, Barthlemy de
Sienne, Philippe de Prouse et Ange d'Orviette munis d'instructions
qui se terminaient ainsi: Vous devez prendre garde que par une lettre
que nous vous adressons nous vous donnons pouvoir d'excommunier tous
ceux qui troubleront l'affaire de l'union, de quelque dignit qu'ils
soient, de mettre leurs biens en interdit et de procder contre eux
spirituellement et temporellement, comme vous le jugerez  propos.

              [Note 27: Michel Palologue avait fait aveugler les
              princes Manuel et Isaac, qui tenaient contre l'union, et
              cette excution avait eu lieu devant Veccus,  qui les
              deux princes reprochaient qu'ils souffraient ce supplice
              pour la crance qu'il avait professe.]

On procda temporellement contre les moines de l'Athos, et, dans
beaucoup de couvents, des fresques reprsentent Nicolas III dirigeant
en personne les incendiaires, allgorie que les moines ignorants
prennent  la lettre.  l'extrmit de la montagne un monastre est
appel Kiliandari, parce que devant ses portes on massacra mille
moines.

Le P. Nectarios n'tait pas le premier qui nous parlait de cette
question de l'union, si souvent dbattue, approuve, puis rejete, et
tout dernirement encore remise sur le tapis par des livres et des
brochures.

Personne n'ignore que les dissidences dogmatiques ont servi de
prtexte au dsir qu'avait l'glise de Constantinople de s'arracher 
la domination du pape et que la diffrence des langues, jointe  la
haine ancienne des Grecs et des Latins, rendit cette sparation
facile. Depuis cette sparation, et il faudrait remonter jusqu'au
cinquime sicle pour en trouver les premiers germes, les conciles
assembls successivement ne cessrent de discuter.[28]

              [Note 28: Le clerg grec est aujourd'hui
              trs-ignorant, et quelques rares ministres de ce clerg
              seraient en tat de discuter les questions de dogmes.

              On pourra se faire une ide des griefs que lui
              reprochent ses adversaires en lisant _l'glise
              orientale_, par _Jacques Pitzyipios_, _Rome_, _impr. de
              la Propagande_, 1855. La vraie dissidence, la seule, est
              la _suprmatie du pape_; c'est elle qui a spar, qui
              spare et qui probablement sparera toujours les deux
              glises.]

Les excommunications volaient de Rome  Constantinople et de
Constantinople  Rome. En 845, Nicolas excommunie Photius, Photius
excommunie Nicolas. Deux cents ans aprs, le pape lance de nouvelles
foudres contre Cerularius; Cerularius riposte par un anathme. Aprs
le sac de Constantinople par les croiss en 1204, Innocent III crit:
Dieu voulant consoler son glise a fait passer l'empire des Grecs
superbissants aux Latins humbles, superstitieux et dsobles, pieux,
catholiques et soumis.

De ce jour les deux glises sont devenues irrconciliables, et voici
ce que dit  cet gard une autorit qu'on ne peut accuser de
partialit pour les Grecs, l'abb Fleury. Deux raisons spcieuses,
dit-il, engagrent Innocent III  approuver les croiss. D'un ct on
disait: Ce sont les Grecs qui ont le plus nui au succs des
croisades. D'ailleurs on disait: Ce sont des schismatiques obstins,
des enfants de l'glise rvolts contre elle depuis plusieurs sicles
qui mritent d'tre chtis. Si la crainte de nos armes les ramne 
leur devoir,  la bonne heure, sinon il faut les exterminer et
repeupler le pays de catholiques. Mais on se trompa. La conqute de
Constantinople attira la perte de la Terre-Sainte et rendit le schisme
des Grecs irrconciliable. Cette conqute et les guerres qu'elle
attira branlrent tellement l'empire grec qu'elles donnrent occasion
aux Turcs de le renverser deux cents ans aprs.

En effet, l'empire grec ne tarda pas  menacer ruine. Les empereurs
s'adressrent  Rome pour avoir des secours contre les infidles. Les
papes demandrent l'union. Jean Palologue alla  Rome et l'union fut
consacre  Florence, mais consacre entre les vques; le peuple n'en
voulut pas et se souleva contre Jean  son retour dans Constantinople:
l'empire s'croula en 1453.

Depuis cette poque les choses en sont au mme point et rien ne fait
prvoir qu'elles doivent changer, car on entretient avec un grand
soin l'animosit de part et d'autre. J'ai entendu un missionnaire, qui
revenait d'Orient et devait tre bien inform, parler des chrtiens
grecs  peu prs comme s'il et t question de Cafres ou de
Hottentots, et bon nombre de Grecs voient toujours dans les Latins les
pillards de 1204.

Le P. Nectarios tait de ces derniers. Heureusement le soleil ne tarda
pas  se coucher et avec lui le vieillard et son monologue.

Le lendemain, pendant que nous tions occups dans l'glise  relever
les peintures de l'iconostase, un gros moine  l'encolure de buffle ne
cessait de passer et de repasser devant ces fresques en y apposant les
lvres et faisant force signes de croix. Comme cet exercice se
prolongeait et ne laissait pas que d'tre fort gnant, nous prmes le
parti de le prier de remettre la suite de ses dvotions  un autre
moment; mais il nous rpondit qu'il tait tenu d'accomplir cette
pnitence pendant deux heures, et il reprit son mange. Je ne pus
savoir quelle faute lui avait valu cette punition.

Le 6 juin nous abordions au port de Lavra. Ce port est  l'extrmit
orientale de la montagne domine par le couvent de ce nom. Nulle part
sur l'Athos il n'y a d'endroit plus sec. Le sol est crevass et les
couches de rochers mises  nu par le vent de la mer.  l'poque
florissante des couvents, celui-ci tait le premier, le plus vaste, le
plus peupl et le plus riche. Il n'est plus aujourd'hui qu'en
troisime ligne. Ses longs portiques sont muets comme des tombeaux.
Les tours et les bastions tombent en dcomposition, et a et l, aux
galeries abandonnes pendent des touffes de lierre.

C'est  Lavra que dbarqua notre habile peintre franais Papety, en
1844. Il y fut assez mal accueilli, mais il s'en inquita peu et
releva, d'aprs Panselinos, les dessins que possde aujourd'hui le
Louvre. L'oeuvre du matre est en effet l dans toute sa splendeur,
oeuvre complte qui comprend presque tous les sujets de la Bible et la
vie de Jsus-Christ. Papety est le premier qui ait fait connatre ce
gnie sublime d'un coin de terre ignor.

[Illustration: Croix sculpte en bois dans le trsor de
Karis.--Dessin de Thrond d'aprs une photographie.]

On peut faire  Lavra une tude complte de l'art byzantin par le
rapprochement intressant des fresques de la Trapeza d'une poque
antrieure  Panselinos.  deux pas des compositions du matre au jet
ferme et grandiose, ces minces figures troitement drapes s'enlvent
sur un fond d'or avec une roideur toute acadmique[29]. Je me sers du
mot acadmique, n'en connaissant pas qui rende mieux ce fait de
l'inspiration maladroite de l'antique.

              [Note 29: Voy. page 128 une de ces fresques de la
              Trapeza, reprsentant les patriarches portant leur
              postrit.]

J'ai dit que ce qui me semblait avoir t merveilleusement compris par
les Byzantins est l'effet dcoratif, effet rendu mme alors que le
ct technique de l'art leur fait dfaut. Les compositions de
Panselinos se recommandent surtout par le got parfait qu'enseigne
l'tude de l'antique, et il est impossible d'imaginer quelque chose de
plus simple et de plus sr que la dcoration du Catholicon de Lavra;
la facilit d'invention et le calme des ligues sont tels que
l'ensemble parat tout d'abord froid  nos yeux habitus aux
raccourcis savants et aux perspectives puissantes des peintres de
Venise, mais on ne tarde pas  se familiariser avec cette sobrit, et
l'ordonnance gnrale parat si compltement entendue qu'on est tent
de croire que Panselinos fut en mme temps le peintre et l'architecte.
La disposition des basiliques byzantines se prte du reste on ne peut
mieux  la dcoration. (En France on connat peu l'architecture
byzantine, et je ne crois pas qu'il y ait de monuments autres que les
glises de Souillac et de Prigueux qui soient purement de ce
style[30], qu'on a confondu souvent avec le style roman. Celui-ci a en
effet accol  ses rminiscences romaines des emprunts faits aux
Byzantins. Sans entrer dans les diffrences de dtails, les glises du
style roman cherchent dans leurs plans des proportions symtriques qui
n'existent pas dans les basiliques byzantines. Dans ces dernires, au
contraire, la partie circulaire surmonte de la coupole principale
tait trs-dveloppe comparativement au reste de l'difice, ce qui du
centre permet  l'oeil une libre circulation dans toutes les parties.)

              [Note 30: De Salonique au mont Athos, on peut suivre
              l'architecture byzantine dans ses transformations,
              depuis la forme allonge jusqu' la disposition en croix
              grecque adopte sous Justinien, et appele [Grec:
              gammada]: la combinaison des quatre gamma donne le
              chiffre trois, et rappelle ainsi la Trinit.

              Ce dernier plan n'a pas subi de modifications bien
              sensibles, et les moines architectes le copient
              fidlement aujourd'hui.]

[Illustration: Coffret dans le trsor de Karis.--Dessin de Thrond
d'aprs une photographie.]

 Lavra, Panselinos a suivi le mme ordre de dcoration qu' l'glise
de Karis; mais la pluie n'a respect qu'une faible partie de l'oeuvre
du matre dans le Catholicon de Karis, rest dcouvert pendant
soixante-dix ans. De grandes figures  mi-corps occupent la base des
murs et sont spares des figures de la vote par une suite de
compositions de dimensions moins grandes. Voici l'ordre: au fond de la
grande coupole, le Christ; au-dessous, les anges, archanges et
chrubins;  gauche en regardant le choeur: Jsus devant Pilate, la
Passion (admirable composition divise en trois parties) et la
Rsurrection; au-dessous et au-dessus de la bande d'maux qui sur
monte les stalles, les saints guerriers martyrs, saint Georges, saint
Dmtrius, saint Procope, saint Thodore et saint Mercure (reproduits
par Papety);  droite, Jsus devant les docteurs, le Massacre des
innocents, l'Entre de Jsus-Christ  Jrusalem et l'Annonciation;
au-dessus de la porte du narthex, la Mort de la Vierge.

Devant les portes de bronze du narthex, donnes par Nicphore Phocas,
s'lve sur de minces colonnettes, le baptistre appel chez les Grecs
la _phiale_[31]. Sur le bord du bassin,  ct de deux lions
d'excution mdiocre, destins  soutenir les cierges, des groupes
d'oiseaux sculpts dans le marbre boivent au vase sacr, image de la
communion.  la vote est peinte la Vierge avec ce monogramme: [Grec:
h Zodochos Pg], la source qui donne la vie, et sur un des
pendentifs, saint Athanase frappant un rocher d'o jaillit une source.
Ce fait se rapporte  la lgende suivante: pendant que saint Athanase
construisait le monastre de Lavra les envoys de Satan desschrent
les cours d'eau: le saint s'adressa  la Vierge sa protectrice, qui
lui remit une baguette en fer et lui ordonna d'en frapper un rocher.
On montre la baguette dans le _diaconicon_ et la source  quelques pas
du monastre. Dans les nombreux miracles que les caloyers attribuent 
saint Athanase, la force musculaire joue un grand rle, et les
lgendes cessent d'tre aussi miraculeuses quand on voit les tibias
normes du saint prcieusement conservs dans une chsse d'un travail
exquis.

              [Note 31: Cette fontaine est appele par Eusbe
              basilic lavacrum. C'est l que les premiers chrtiens
              faisaient les ablutions exiges avant d'entrer dans le
              temple, usage conserv par Mahomet dans le Koran. Cette
              fontaine servait aussi de baptistre et tait spare de
              l'glise, comme cela se voit encore dans certaines
              villes de l'Italie. La veille de l'piphanie on y fait
              la bndiction solennelle de l'eau en mmoire du baptme
              de Jsus-Christ.]

Le prsident du conseil des pitropes, le P. Melchisdek, nous
montrait les reliques et les richesses du trsor avec un certain
orgueil, car Lavra est toujours rest le couvent le plus riche en
ornements de tout l'Athos. Il serait trs-long d'numrer ici les
reliquaires, les croix, les ostensoirs qu'on nous fit passer devant
les yeux. Je citerai seulement un tabernacle en or avec maux
champlevs reproduisant une basilique. Ce tabernacle ne sort de
l'glise qu'aux jours de grandes ftes. On voulut bien nous laisser
reproduire au soleil ce chef-d'oeuvre, preuve de confiance que je
devais  une consultation mdicale, couronne d'un plein succs. Les
moines vivent dans la plus complte ignorance de la mdecine et des
mdecins, ce qui ne les empche pas de passer souvent la centaine:
quelques-uns diraient que c'est l la raison.  notre arrive dans le
couvent, la communaut, qui relevait d'un long jene au caviar et aux
olives, avait les yeux caves, le facis mauvais, le pouls irrgulier
et l'humeur maussade: une distribution gnrale de calomel fit
merveille et le lendemain chacun avait le teint rose et frais, le
sourire facile et la repartie joyeuse; on nous et, je crois, si nous
l'avions demand, donn le monastre, avec d'autant moins de regret
qu'il a l'air de peser sur les paules de ces pauvres moines. Tout
autour de cette trop vaste habitation, ils ont lev des skites et des
cellules o ils se tiennent le plus habituellement. Rien n'est joli
comme ce paysage rajeuni, o les sentiers tournoient dans des plants
bien cultivs, coups de cours d'eau.

Depuis que nous avions mis le pied sur l'Athos et que nous allions de
couvent en couvent, nous endormant chaque soir derrire les
ponts-levis au milieu du lugubre peuple des moines, il nous semblait
que nous voyagions en plein moyen ge:  Lavra nous trouvions
l'Europe. La vieille foi de l'Orient est malade un peu partout, elle
se meurt dans le monastre Saint-Athanase. C'tait un couvent de
cnobites, c'est aujourd'hui un couvent libre, dans trente ans ce ne
sera plus un couvent: les moines s'ennuient. Ils ne lisent plus les
vieux prceptes gravs sur les murs; ils racontent les miracles d'un
air de doute, regardent au loin les bateaux  vapeur passer dans la
brume de l'horizon et vont plus volontiers  Constantinople qu'en
plerinage  Sainte-Anne sur la cime de la montagne.

J'ai dit que l'Athos avait 2066 mtres d'lvation. Au-dessous de la
rgion neigeuse est construite la chapelle Sainte-Anne o les moines
vont chaque anne, au mois d'aot, adresser des prires  la Vierge.

L'Athos[32] a cela de commun avec les autres montagnes qu'il est
trs-fatigant d'y monter et qu'une fois en haut on n'y voit rien, que
les images en relief de la chapelle Sainte-Anne..., chose
extraordinaire, au milieu de la chrtient grecque qui ne les tolre
pas ordinairement, mais spectacle assez commun en toute autre partie
du globe.

              [Note 32: C'est dans cette partie leve de l'Athos
              o se trouve la chapelle Sainte-Anne, que le sculpteur
              Demophile voulait tailler une statue gigantesque
              d'Alexandre tenant d'une main une ville et de l'autre la
              source d'un torrent.]

La conservation de ces bas-reliefs se rattache  la querelle des
iconoclastes. Le culte des images depuis longtemps proscrit par les
vques d'gypte, qui voyaient ainsi un moyen de faire disparatre les
idoles, fut interdit en Orient par Lon l'Isaurien. Pendant l't de
l'anne 726, indiction neuvime, dit Thophane dans ses _Annales_, il
sortit une paisse fume, comme d'une fournaise ardente, entre les
les de Thera et Theresia de l'Archipel; la mer, s'levant  gros
bouillons, jeta quantit de pierres ponces de tous cts, sur les
terres voisines d'Asie et d'Europe, et il parut une le nouvelle prs
de l'le d'Hiera. Quoique de pareils accidents arrivent de temps en
temps, l'empereur Lon prit celui-ci pour un prodige et pour marque de
la colre de Dieu irrit de l'honneur qu'on rendait aux images. Car il
s'tait mis dans l'esprit que c'tait une idoltrie. Donc, aprs la
dixime anne de son rgne, l'an de J. C. 727, ayant assembl le
peuple, il dit publiquement que faire des images tait un acte
d'idoltrie; et que par consquent on ne devait pas les adorer. Ce fut
l l'origine de la querelle[33]. Saint Jean de Damas fut un des
dfenseurs les plus ardents du culte des images. Les empereurs
perscutrent ceux qui tenaient pour Jean. Constantin Copronyme
ordonna que les glises fussent blanchies  la chaux, et assembla un
concile qui condamna les idoltres. En 787, le concile de Nice
condamna  son tour ces puritains, mais la querelle continua jusqu'en
842. Cette anne, mourut l'empereur Thophile, laissant l'empire  son
fils Michel sous la tutelle de Thodora Despuna. Thodora leva au
patriarcat Mthodius, dfenseur des images, et la nuit du premier
dimanche de carme les images furent rtablies solennellement. On
nomma cette fte la fte de l'Orthodoxie, et l'glise grecque prit
alors le nom d'glise orthodoxe. Depuis cette poque on clbre ce
mme jour chaque anne. On y chante  l'office de la nuit un hymne du
confesseur Thophane de Jrusalem, en rcompense de ses souffrances,
et on y lit une lgende qui contient l'histoire de l'hrsie des
iconoclastes, mle de quelques fables.

              [Note 33: Cette mme querelle s'est produite depuis
              chez les Albigeois, les Hussites, les rforms et les
              Vaudois.]

Les statues et images en relief restrent cependant proscrites  cause
de leur ressemblance avec les idoles, et dans aucune glise grecque on
ne trouve de statues, except  la chapelle de Sainte-Anne. Les moines
donnent pour raison de cette infraction  la rgle la frquence des
orages qui n'a permis de conserver sur ce pic lev que des images en
bronze.

Malgr le dsir qu'avait le P. Melchisdek de nous retenir  Lavra,
nous en partmes le 14 juin. Ce jour-l la chaleur tait accablante;
aucun souffle n'agitait l'air et les ambres semblaient cloues sur le
sol. Les deux caloyers, qui devaient nous conduire en barque jusqu'au
couvent de Pantocrator, montraient du doigt le ciel avec un hochement
de tte qui ne prsageait rien de bon. Il n'y avait pas une heure en
effet que nous tions partis que les nuages envahirent le ciel, la mer
devint livide et le vent hsitant fit battre la voile le long du mt.
Les moines gmissaient disant que nous serions punis de notre
imprudence; mais il tait trop tard pour se plaindre: il et t en ce
moment dangereux de chercher la cte qui prsentait une muraille
inaccessible de rochers: chacun fit donc force de rames; une
demi-clart tombait encore sur la foule presse des vagues et
permettait de se diriger; mais l'obscurit ne tarda pas  devenir
complte, et l'orage clata avec un fracas pouvantable au-dessus de
nos ttes; la bourrasque, augmentant de violence, arrivait par rafales
furibondes qui nous faisaient croire  chaque instant que nous allions
chavirer.

.... Enfin,  neuf heures, nous arrivmes devant le couvent de
Pantocrator, mouills, autant qu'on peut l'tre, d'un mlange de l'eau
de la mer et de l'eau du ciel, mais beaucoup plus de la premire qui
avait enlev toute la partie suprieure d'un bordage et fort endommag
le gouvernail. On cria dans le couvent au miracle et nous vmes le
moment o on allait canoniser, sance tenante, les deux caloyers; car
il est bien entendu que nous autres n'tions pour rien en cette
affaire miraculeuse. Ce qu'on fit de plus sage fut de nous donner 
chacun une bonne houppelande fourre dans laquelle nous dnmes, avec
cette batitude qu'on prouve quand le vent mugit au dehors et qu'on
est au dedans chaudement attabl avec de gais compagnons.

Ayant l'intention de revenir plus tard  Pantocrator, nous demandmes
aux pitropes des mulets pour gagner Vatopdi ds le lendemain.
Vatopdi est  trois quarts de lieue de Pantocrator.

Il tait encore de bonne heure quand nous partmes; la brume du matin
tait  peine transparente: les abeilles bourdonnaient dans l'herbe
humide encore de l'orage de la veille et les papillons schaient leurs
couleurs clatantes aux premiers rayons du soleil. Les moines
circulent si rarement sur la montagne que les oiseaux peu habitus 
voir des tres de notre espce, se penchaient curieusement sur les
branches, et rien n'tait plus gai que cette petite troupe sautant
sans frayeur de branche en branche en secouant les dernires
gouttelettes de rose. Aprs deux heures de marche apparut, derrire
un rideau de platanes, la face gristre du couvent.

Au-dessus de la porte d'entre, trois moines grimps sur un
chafaudage, peignaient  fresque la muraille extrieure. L'un d'eux
se retourna, c'tait notre hte, l'archimandrite Anthims. L'occasion
tait trop belle pour la manquer, et nous nous mmes en observation
devant les trois peintres, qui en une heure achevrent plus de deux
mtres carrs de peinture avec une merveilleuse facilit. Voici
comment ils procdent. Ils revtent le mur mis  nu d'une couche gale
de chaux et de paille hache menu et ne couvrent que ce qu'ils peuvent
achever dans la journe. Cet enduit bien tal, le matre mesure 
l'aide d'un compas fait de deux morceaux de roseau la place que doit
occuper chaque figure; puis, avec du brun rouge dlay dans la colle
de poisson, il indique les contours; l'lve alors remplit ces lignes
d'un ton plat sur lequel le matre relve les lumires et accuse les
ombres: l'ombre toujours rpartie galement sur les cts et la
lumire au centre. Aprs l'indication gnrale des figures par teintes
plates, l'ensemble n'est pas dsagrable  l'oeil; mais,  mesure que
le peintre indique les dtails et pose brutalement ses lumires,
l'aspect devient heurt et criard. Cela tient, comme je l'ai dit, au
sentiment peu artistique qui les guide, car les procds que leur a
transmis la tradition sont excellents.

Ces fresques reprsentaient les saints philosophes parmi lesquels
Selon, Aristote, Sophocle et Platon: hommage  la philosophie paenne
qu'on rencontre frquemment dans les glises du rite grec.

Vatopdi n'est qu'un amas de toits ternes, de coupoles bronzes et de
tours denteles, entassement prtentieux que fait paratre mesquin le
voisinage des hardis escarpements de la montagne. Sa situation est
privilgie. Plac au bord de la mer dans une gorge abrite des vents
du midi par de hautes forts, l'air y est le soir assez frais et le
soleil vient gayer ses cours plus vastes que celles des autres
couvents. Cet tablissement est le plus peupl de la montagne, par
consquent celui dont les environs sont les plus cultivs. Il ne
faudrait pas croire cependant pour cela que les moines soient
trs-exigeants envers le sol qui donne  pleines mains tout ce qu'on
lui demande. Quand les pentes ne sont pas trop roides, ils y montent
et ensemencent; ailleurs ils laissent venir les arbres selon leur
caprice, cueillent les fruits qui pendent aux branches basses et
mangent les autres quand ils tombent.

[Illustration: Peinture de la trapeza de Lavra: Les trois
patriarches.--Dessin de Thrond d'aprs une photographie.]

 la fondation de ce monastre se rattache une anecdote qui, selon
toute apparence, n'est qu'une fable. Les fils de Thodose, Arcadius et
Honorius, venaient de Naples  Constantinople avec leur mre quand ils
furent,  la hauteur d'Imbros, assaillis par une tempte. Arcadius
tomba  la mer et fut retrouv par les ermites du mont Athos couch
sur une touffe de framboisier ([Grec: batos], framboisier). Les
ermites reconnaissant  la beaut de l'enfant son origine royale, le
portrent  Constantinople, et, lorsque Arcadius succda  son pre,
il fit lever,  l'endroit mme o il avait t pouss par la mer, un
couvent auquel il donna le nom de Vatopdi (de [Grec: batos],
framboisier; [Grec: paidion], enfant).

                                        A. PROUST.

(_La suite  la prochaine livraison._)

[Illustration: MONT ATHOS.--La confession.--Dessin de Bida.]




LE TOUR DU MONDE.

VOYAGE AU MONT ATHOS,

PAR M. A. PROUST[34].

              [Note 34: Suite et fin.--Voy. pages 103 et 113.]

1858.--INDIT.

     La lgende d'Arcadius. -- Le pappas de Smyrne. --
     Esphigmenou. -- Thodose le jeune. -- L'ex-patriarche
     Anthymos et l'glise grecque. -- L'isthme de l'Athos et
     Xerxs. -- Les monastres bulgares, Kiliandari et Zographos.
     -- La lgende du peintre. -- Beaut du paysage. --
     Castamoniti. -- Une femme au mont Athos.


On nous cite une autre lgende qui veut que le monastre de Vatopdi
ait t fond par un prince de Blakie et, chose assez singulire, un
prince catholique. Ce qui le ferait croire, c'est que le couvent de
Vatopdi a longtemps reu des secours de Rome et que, dans un vieux
pan de murailles est encastr un petit bas-relief reprsentant cette
dotation  la Vierge par le prince.

L'cole de thologie qu'y fondrent au sicle dernier Eugne Boulgaris
et Nicphore Thodoxis donna  ce couvent une grande importance: les
glises y sont nombreuses; le catholicon, plac contre l'ordinaire 
un des angles de la cour principale, est orn de fresques de
Panselinos malheureusement retouches; il y a quelques belles
mosaques[35] et entre autres un _ttramorphe_ trs-bien conserv. (Le
ttramorphe est la runion en un seul corps des quatre attributs des
vanglistes: l'ange de Saint Matthieu, l'aigle de saint Jean, le
livre de saint Marc et le boeuf de saint Luc, groups sur un corps
humain ail.) J'ai parl de cette mthode symbolique pratique souvent
par les Byzantins: la source divise en trois ruisseaux par exemple,
ou le soleil, sa lumire et son rayon, figurant la Trinit. Cet usage
rpandu dans toutes les religions d'Orient vient des prophtes de la
Jude qui voyaient, dans l'arche d'alliance, la verge d'Aaron et
l'urne de la manne, les symboles de la Sainte Vierge; dans le serpent
d'airain, Jsus-Christ en croix, et dans la mer et la nue, le
baptme.

              [Note 35: Il est intressant, dit M. Didron, dans
              son _Iconographie_, de constater que la mosaque est
              byzantine et chrtienne. D'aprs la chronique arabe du
              patriarche Eutichius, les musulmans trouvrent l'glise
              de Bethlem, glise leve par sainte Hlne, orne de
              _fsefya_. Edrisi, dans sa description de la mosque de
              Cordoue, affirme que l'enduit qui recouvre encore les
              murs de la Kibla fut envoy de Constantinople vers le
              milieu du dixime sicle  Abdrame III par l'empereur
              romain. Les Grecs appellent encore aujourd'hui la
              mosaque [Grec: psphois] (psephises).]

Les Grecs qui viennent en plerinage  la Sainte-Montagne (plerinage
que tout bon orthodoxe doit faire une fois en sa vie) dbarquent 
Vatopdi, que son commerce de bois met plus souvent en rapport avec
les villes de l'Asie que les autres couvents. Un pappas de Smyrne, qui
tait all  Karis faire viser ses papiers, nous demanda de se
joindre  nous pour visiter les couvents. Il voyageait avec ses deux
fils: le plus jeune avait ces grands traits empreints de noblesse et
de mlancolie que les habitants de l'Asie ont conservs plus purs que
les Grecs de l'Attique, et portait la tte firement emmanche sur le
col avec un air de conviction qu'elle lui appartenait, tandis que
nous, occidentaux civiliss, serrons la ntre tellement dans des
cravates et l'enfonons si profondment dans nos habits qu'il semble
que nous ayons peur de la perdre.

[Illustration: Bas-relief du couvent de Vatopdi.--D'aprs le dessin
de M. A. Proust.]

Un jour que nous allions visiter un skite  peu de distance du couvent
et que ces plerins marchaient devant nous, je remarquai combien ils
se fondent harmonieusement dans le paysage. Les chauds rayons du
soleil ont dteint sur leur fontanelle jaunie et adouci les couleurs
trop vives de leurs vtements. Dans les pays du nord, quand la foule
s'parpille au grand air un dimanche d't, elle a revtu sa chemise
reblanchie, ses souliers revernis et son chapeau aux reflets luisants;
alors, sur la verdure mate, le soleil s'accroche  tous ces tres
comme  des paillettes d'or, et on croit entendre comme le bizarre
concert de fausses notes dans la pastorale de Beethoven. Ils font fuir
les oiseaux et mettre les boeufs en fureur, et cependant ils ont
raison et contre les boeufs et contre les oiseaux; car c'est un besoin
sous notre ciel gris d'attirer sur nos bottes et notre chapeau un
rayon de la lumire avare. Sous ce ciel d'Orient, au contraire, le
soleil est ardent, la vgtation vigoureuse, et il semble qu'on
respire la sant dans l'air: les ermites de l'Athos ont vraiment un
grand mrite  ne pas devenir picuriens. Du reste, le skite que nous
visitons ce jour-l ne ressemblait en rien  une trappe; ses habitants
tissaient des chemises en chantant, au bord d'un torrent empourpr de
lauriers-roses, et leur face rjouie, leurs larges paules, leurs
mains noueuses disaient assez: Frre, il faut vivre et longtemps
louer Dieu qui nous a faits si robustes sur un sol si prodigue.

 quelques jours de l nous quittions Vatopdi avec le pappas, ses
deux fils et l'higoumne d'Esphigmenou, qui rejoignait son couvent.

Ce dernier monastre est presque entirement neuf, rdifi il y a peu
d'annes. On l'appelle Esphigmenou parce qu'il est plac dans une
valle troite ([Grec: sphing], trangler). Il a t ddi  Simon
par Thodose le Jeune et sa soeur Pulchrie; Thodose est le saint
Louis des Byzantins. Son palais tait tenu comme un monastre, dit
Thodoret; il se levait de grand matin pour chanter, avec ses soeurs,
 deux choeurs les louanges de Dieu; il jenait souvent, souffrait
patiemment le chaud et le froid et ne tenait rien de la mollesse d'un
prince n dans la pourpre. Si quelque criminel tait condamn  mort,
il lui donnait sa grce, car, disait-il, il est bien ais de faire
mourir un homme, mais il n'y a que Dieu qui puisse le ressusciter.
Les moines honorent beaucoup Thodose parce qu'il les craignait. Un
jour, racontent-ils, un moine  qui il avait refus une grce
l'excommunia; l'empereur, qui allait prendre son repas, dit qu'il ne
mangerait point qu'il ne ft absous. Un vque lui dit qu'il le
dclarait absous; mais Thodose ne voulut rien prendre avant qu'on et
recherch le moine et qu'il l'et rtabli dans la communion.

C'est  Esphigmenou que s'est retir le patriarche Anthymos[36] qui a
prcd le patriarche actuel sur le trne de Constantinople. Il n'est
pas sans utilit de donner ici quelques dtails sur ce qu'est un
patriarche de Constantinople depuis 1453. Lorsque Mahomet II cherchait
 s'emparer de Constantinople, l'empereur Constantin s'adressa  Rome
pour en avoir des secours. Une partie du haut clerg grec, qui
craignait par l'union propose avec l'glise romaine que son
importance ne diminut, se rangea sous la bannire d'un mcontent, le
moine Georges Scholarius Genadius. Genadius s'entendit-il secrtement
avec Mahomet II? Quelques historiens l'affirment, mais rien ne le
prouve positivement, et il vaut mieux croire que le moine, aprs
l'entre des Turcs dans la ville, rclama simplement du vainqueur le
poste de patriarche pour sauvegarder les intrts des vaincus. Quoi
qu'il en soit, Mahomet II revtit Genadius, non-seulement de
l'autorit spirituelle sur ses coreligionnaires, mais encore de
l'autorit civile et judiciaire, et le proclama chef de la nation
grecque, en sorte que le patriarche oecumnique de Constantinople est
depuis cette poque juge souverain des affaires civiles et
religieuses: c'est lui qui juge les procs, fait et dfait les
mariages, lve les impts, vend les indulgences (diavatirion) et
prlve des droits sur les objets en litige. Il est vrai qu'il a de
lourdes charges envers la Porte et que son lection lui cote cher;
mais si le pallium se vend  l'encan, c'est le raa qui paye les
enchres. On peut se faire une ide de la frquence des lections, si
l'on songe qu'il suffit pour destituer un patriarche d'une simple
demande du synode des archevques, qui tous dsirent la place. Il n'y
a pas aujourd'hui dans les couvents grecs moins de six patriarches
destitus. Ces personnages, revtus de pouvoirs aussi tendus sur la
nation grecque, pouvaient faire beaucoup pour elle: ils n'ont rien
fait que la tenir troitement lie par le malheur et l'oppression. Que
la puissance patriarcale soit entre les mains de Pierre ou de Paul,
cela s'appelle toujours abus et despotisme[37]. Anthymos passe pour
tre dvou  la Russie; cela est possible, et on trouve de nombreux
exemples de ce dvouement dans l'aristocratie des couvents de l'Athos.
Les czars veulent-ils prendre Constantinople et rvent-ils l'unit de
ces deux lments, les Slaves et les Grecs? Les Anglais disent _oui_;
les Russes disent _non_. En admettant pour un instant la premire de
ces hypothses, le clerg grec s'entendra-t-il avec le conqurant
russe comme avec Mahomet II? Cela n'est pas probable, car ce qu'il
veut, comme toutes les puissances thocratiques, c'est l'tat dans
l'tat, et Ptersbourg ne semble pas favorable  ce principe. En
outre, il est permis de douter que le bon sens du peuple grec qui voit
plus clair dans les affaires de son clerg depuis quelques annes, et
la partie mme de ce clerg qui est vraiment nationale, permettent 
ces quelques dignitaires utopistes de perptuer un systme dont notre
sicle a fait justice et de _boyardiser_ une nation[38] qui a prouv
qu'elle tait digne d'tre libre.

              [Note 36: Les patriarches dposs se retirent dans
              les couvents, comme autrefois les empereurs dtrns.
              Jean Cantacuzne se retira ainsi au couvent de Vatopdi
              et y vcut de longues annes sous le nom de P. Joasaph.]

              [Note 37: Plusieurs patriarches, le P. Constantius
              entre autres, retir aujourd'hui  Chalkis, sont
              respectables  tous les titres et pour leur science et
              pour leur intgrit; mais la surveillance du synode et
              les exigences de la Porte, auprs de laquelle ils ont
              compromis leur indpendance par les abus simoniaques des
              lections, les rendent impuissants  faire le bien.

              En 1821, le patriarche Grgoire tait contraint
              d'excommunier la cause pour laquelle il versait son sang
              quelques mois plus tard.]

              [Note 38: Par peuple grec, j'entends dsigner,
              non-seulement le royaume de Grce, mais encore la
              population intelligente de la Turquie d'Europe et du
              littoral de l'Asie. Le Grec de la Grce, que l'Europe a
              juge trs-svrement, parce qu'aprs quatre sicles de
              servitude elle n'est pas arrive  un degr de
              civilisation immdiate et qu'elle n'a pas encore produit
              de nouveau des Homre, des Phydias, des Sophocle ou des
              Aristide, n'est qu'une trs-petite partie de la grande
              nation]

Anthymos, qui avait t dj appel deux fois au patriarcat, tait au
couvent d'Esphigmenou entour d'un grand respect par les autres
caloyers.

Le 23 juin, nous plimes bagages et envoymes chercher le pappas, qui
passait avec ses deux fils tout son temps  l'glise. Notre plerin
tait de trs-bonne composition, toujours dispos  partir ou 
rester. Je lui dis que nous allions le soir coucher  Kiliandari, et
il monta sur son mulet. Il et aussi bien t  l'occident qu'
l'orient, peu lui importait, pourvu qu'il allt coucher dans un
monastre.

La valle troite qui remonte  Kiliandari cesse d'tre une gorge au
bout de quelques cents mtres, s'largit  mesure qu'on avance et
arrive  une petite plaine basse, jaunie de mousse et hrisse de
rochers. Cette plaine est l'isthme que fit entailler Xerxs. Je ne
tenterai pas de prouver le plus ou le moins de probabilit du
percement. Juvnal y croyait peu:

            Creditur olim
  Velificatus Athos, et quidquid Grcia mendax
            Audet in historia.

  (J., _Sat._, _X_, v. 173.)

Belon n'y croit pas.

Choiseul-Gouffier se livre  ce sujet  un calcul assez compliqu,
d'o il rsulte qu'il aurait fallu  Xerxs soixante-deux mille
journes d'ouvriers pour arriver  terminer ce canal. Voici le passage
d'Hrodote  cet gard, liv. VII, chap. XVI et suiv. (traduct.
Larcher.)--On avait fait des prparatifs environ trois ans d'avance
pour percer le mont Athos, parce que dans la premire expdition la
flotte des Perses avait essuy une perte considrable en doublant
cette montagne. Il y avait des trirmes  la rade d'lonte dans la
Chersonse. De l partaient des dtachements de tous les corps de
l'arme, que l'on contraignait  coups de fouet de percer le mont
Athos, et qui se succdaient les uns aux autres Les habitants de cette
montagne aidaient aussi  la percer. Bubars, fils de Mgabyze, et
Artachs, fils d'Arte, tous deux Perses de nation, prsidaient  cet
ouvrage....

.... Voici comment on pera cette montagne: on aligna au cordeau le
terrain prs de la ville de San, et les barbares le partagrent par
nations. Lorsque le canal se trouva  une certaine profondeur, ceux
qui taient au fond continuaient  creuser, les autres remettaient la
terre  ceux qui taient sur les chelles; ceux-ci se le passaient de
main en main jusqu' ce qu'on ft venu tout au haut du canal; alors
ces derniers le transportaient et le jetaient ailleurs. Les bords du
canal s'boulrent, except dans la partie confie aux Phniciens, et
donnrent aux travailleurs une double peine....

.... Xerxs, comme je le pense sur de forts indices, fit percer le
mont Athos par orgueil, pour faire montre de sa puissance, et pour en
laisser un monument. On aurait pu, sans autant de peine, transporter
les vaisseaux d'une mer  l'autre, par-dessus l'isthme; mais il aima
mieux faire creuser un canal de communication avec la mer, qui ft
assez large pour que deux trirmes pussent y voguer de front.

[Illustration: Albanais, soldat de la garde des pistates.--Dessin de
Villevieille d'aprs M. A. Proust.]

Le percement de cet isthme large de 1200 mtres au plus serait
aujourd'hui trs-facile, le sol n'tant lev que de quelques pieds
au-dessus du niveau de la mer. On ne s'explique gure pourquoi Xerxs
entreprit ce travail qui ne lui pargnait qu'un trajet de 12 ou 13
lieues et le forait quand mme  aller passer  la pointe de l'Athos
pour doubler les caps Felice et Palliouri qui forment avec celui-ci
comme les trois dents d'une fourchette. Si l'on admet le percement, il
faut admettre la raison d'_orgueil_ qu'en donne Hrodote; la raison
d'utilit tait nulle.

Kiliandari est  peu de distance en dedans de cet isthme  l'extrmit
de la montagne. Le porche qui sert d'entre est sombre, mais
l'intrieur de la cour avec son double rang d'arcades superposes a un
air de propret et d'animation qui rjouit. La marqueterie en briques
du catholicon contribue  gayer cet ensemble. Au-dessus des murailles
la montagne dveloppe sa ligne verte et les arbres se penchent jusque
sur les toits. Ce tableau heureux de lignes est sans doute fort beau,
mais  la longue ces montagnes deviennent touffantes et on voudrait
pour beaucoup un de ces plats horizons de nos plaines au bout d'une
route droite comme un I qui laisse voir au loin le clocher du village
coiff de son bonnet d'ardoise.

Les moines de Kiliandari, Serbes et Bulgares, ont un vtement plus
sombre que celui des caloyers grecs, mais qui toujours,  une faible
nuance prs, a l'apparence du feutre us: leurs mains, leurs visages,
prennent sous l'ardeur du soleil cette mme teinte, et je me
surprenais parfois contemplant avec admiration le pantalon de Nankin
de Schrany dont le jaune d'or rompait un peu la monotonie du ton
gnral.

[Illustration: Vue du couvent d'Esphigmenou.--Dessin de Karl Girardet
d'aprs une photographie.]

Les Bulgares, peuple tranquille et laborieux, forment une branche de
la famille slave, rpandue dans le nord de la Turquie d'Europe; les
Serbes habitent la principaut de Servie, la Bosnie, l'Herzgovine et
le Montngro. Bien qu'ils aient une langue particulire, ils
clbrent les offices en langue grecque. Longtemps ils ont possd une
liturgie en esclavon: cette concession leur avait t faite par
Photius pour les empcher d'couter les propositions d'union que leur
faisaient les lgats du pape en 865. tienne Dunschan, roi de Servie,
dclara en 1351 les Serbes indpendants de l'glise grecque et nomma
patriarche le mtropolitain de Servie, mais en 1737 le patriarche de
Constantinople obtint de la Porte la suppression de son rival et
depuis nomma les vques. La langue grecque fut alors impose dans les
glises[39].

              [Note 39: Les Bulgares sont en effet peu satisfaits
              des vques grecs.  ce propos un catholique a dit: Si
              les Grecs refusent l'union, nous ferons  Constantinople
              un empire latin en sparant les Bulgares du patriarche
              oecumnique. Quelques Bulgares, oui; tous les Bulgares,
              non. Ils sont Slaves et l'action russe est puissante sur
              eux. Les convertirait-on qu'on ne pourra tablir un
              empire latin  Constantinople pas plus qu'on n'y
              tablira un empire russe. Le Bulgare est le boeuf de la
              Turquie: c'est le Grec qui mne la charrue.]

La bibliothque de Kiliandari est riche en manuscrits slaves (M. de
Svastiannoff y a fait de prcieuses dcouvertes), et ses jardins
ddis  saint Tryphon, patron des jardiniers, sont les mieux cultivs
de la montagne. Saint Sabbas est le fondateur de ce monastre. On
montre dans le catholicon ses reliques[40]. Devant le bma, entre deux
cierges toujours allums, est une Vierge peinte sur bois qu'on appelle
la [Grec: panagia tricherousa]. Cette image est charge d'annulaires
et d'ex-voto. C'est par sa vertu, disent les moines, que Jean
Damascne, qui avait eu la main droite coupe par les iconoclastes,
vit renatre son bras mutil.

              [Note 40: Je n'ai pas parl dans le cours de ce
              rcit des reliques nombreuses que conservent les
              couvents de l'Athos (morceaux de la vraie croix,
              fragments des vtements de Jsus-Christ, etc.);
              nomenclature qui et t trop longue.]

Les moines de Kiliandari sortent peu, travaillent toute la journe 
des travaux manuels ou restent dans leurs cellules  prier, et font
voeu de pauvret dans la plus stricte acception du mot. Notre
Albanais, Ianni, tenait les couvents slaves en grand mpris, parce que
le vin n'y est pas bon et que ces cnobites srieux n'ont jamais le
plus petit mot pour rire.

De Kiliandari  Zographos, le second couvent bulgare, le pays est
bois de sapins. De ces arbres rsineux s'chappait une odeur
aromatique qui faisait dire au pappas que de ce saint lieu s'exhalait
une odeur d'encens. D'un couvent  l'autre la distance est de quatre
milles au plus, mais le sentier se recourbe et revient si souvent sur
lui-mme, qu'on fait plus du double pour atteindre le pic aigu o se
dresse Zographos  une hauteur prodigieuse.

Ce nom de Zographos a pour origine une lgende potique. Vers l'an
895, Lon le Sage fit lever un couvent au mont Athos et en confia la
dcoration au plus habile peintre de la montagne. Le _maestro_ couvrit
en peu de temps les murs de fresques, mais arriv  l'endroit o il
devait reprsenter saint Georges, son talent lui fit dfaut, et jour
et nuit il travaillait et grattait sans cesse ce qu'il venait de
faire, ne pouvant arriver  un rsultat qui le satisfit. Un matin,
qu'il revenait dcourag  son travail, il vit dans le fond de
l'glise au milieu d'un cadre tincelant d'or et de pierreries une
image si parfaite du saint, qu'il tomba la face contre terre et se mit
en prires. Un moine, qui entrait  ce moment, reconnut le saint
Georges pour l'avoir vu au Sina o il tait en grande vnration.
Chacun s'merveilla de ce miracle et le couvent prit le nom de
Zographos (couvent du peintre). Quelque temps aprs, le miracle ayant
t rpandu dans tout l'empire, un moine du Sina vint  Athos et
s'approchant du saint, lui reprocha son infidlit en le menaant du
poing. Saint Georges saisit la main du moine insolent et lui coupa le
doigt avec les dents.

Nous restmes deux jours  Zographos non pas tant pour les
bibliothques et les glises riches en manuscrits et en peintures, que
pour la splendeur du paysage. Plac, comme je l'ai dit, sur un pic
aigu, ce couvent semble avoir voulu atteindre le ciel et s'tre arrt
en chemin. Les hautes forts qui l'entourent, baignes de torrents,
gardent leur fracheur sous le soleil brlant; nul bruit ne trouble
cette solitude que le clapotement mtronomique d'un moulin qui moud en
philosophe la maigre pitance des moines. La vue change  chaque
instant du jour.  midi, l'oeil suit les molles ondulations de la
montagne, compte les cnes et plonge jusque dans l'intensit des
ombres; le soir, sous la lumire dcroissante, les bois se colorent
diversement, mais c'est surtout le matin que le spectacle est
admirable quand la valle sort du brouillard comme une jeune fille qui
lve son voile. Cette comparaison tait-elle venue  l'esprit du fils
an des pappas? Je ne sais; toujours est-il qu'il se confessait
souvent; mais je crois que c'tait plutt le pch d'envie qu'il avait
commis. On ne saurait en effet envier gte mieux plac, et volontiers
on renverrait cette triste population de moines pour s'y tablir. Il
est vrai qu' y bien rflchir on serait assez mal en ce nid d'aigle,
depuis qu'ayant perdu l'habitude de marcher pieds nus et de se vtir
de peaux de btes, l'homme a li son existence  celle d'un tailleur
et d'un bottier.

Le 27 juin nous redescendions vers la mer.

Castamoniti, o nous fmes halte pendant la chaleur, est  peine un
couvent, un peu plus qu'un skite, quelque chose comme un petit hameau
vermoulu, perdu au milieu d'une fort paisse. Les caloyers nous
virent arriver chez eux d'un air surpris: les plerins viennent
rarement jusque-l, et ils ont grand tort; car rien n'est en mme
temps plus sauvage et plus riant que ce petit coin. La nature y a
complaisamment dispos les racines en siges commodes tapisss de
mousse; la vigne sauvage s'allonge en guirlandes et unit les arbres
l'un  l'autre, l'oranger au cyprs, le chne  l'olivier, le mlze
au platane; au-dessus, dans le feuillage, on entend une merveilleuse
musique, la musique amoureuse des oiseaux; les sources jaillissent
entre les rochers, et se mariant aux ruisseaux, crent de petits
torrents joyeux qui bondissent dans la valle; d'un bord  l'autre les
fleurs tendent les unes vers les autres leurs larges feuilles
languissantes.... Tout enfin respire la vie et l'immortalit, et
semble dire  ces moines que leur rgle est un non-sens; tout, jusqu'
ces insectes qui par une cruelle raillerie campent avec leur famille
sur un poil argent de leur barbe.

Est-ce que jamais une femme n'a mis le pied sur la montagne? me
demandait lady Franklin.

--Une seule fois, milady, et c'tait une de vos compatriotes, elle
dbarqua sur le rivage devant Iveron; alors les simandres s'agitrent,
les moines prirent, les portes grincrent sur leurs gonds et de la
plus haute tour le plus sage cria: _Vade retro, Satanas_, et elle
disparut. Mais depuis ce jour les higoumnes surprennent de jeunes
diacres beaux comme Adonis et ples comme des statues de marbre
interrogeant du regard l'horizon....


     Dokiarios. -- La secte des Palamites. -- Saint-Xnophon. --
     La pche aux ponges. -- Retour  Karis. -- Xiropotamos, le
     couvent du Fleuve-Sec. -- Dpart de Daphn. -- Marino le
     chanteur.

Le soir nous arrivions au-dessus du couvent de Dokiarios sur la cte
occidentale. Il y avait plus d'un mois que nous n'avions vu coucher le
soleil: le jour baissait lentement et  travers la douce transparence
du crpuscule, les teintes se fondaient dans une nuance uniforme qui
ne laissait plus voir que le dessin largement accus des masses
d'arbres et des agglomrations de rochers. Dans le ciel refroidi les
vapeurs du couchant s'amoncelaient et une troupe de nuages noirs et
lourds, se pressant en vain les uns contre les autres pour cacher le
soleil, prenaient les formes les plus grotesques et me rappelaient une
de ces conspirations obscures qui cherchent en vain  touffer la
vrit. Quand le soleil fut teint, le monastre brilla de mille
petites lueurs ples, mais le chemin par lequel on y descend devint
fort sombre, et de plus, troit, pav de petites pierres roulantes,
rondes comme des pois, il tait peu praticable. Un mulet tomba! il n'y
eut qu'un cri, nous crmes nos clichs photographiques briss...
C'tait le pappas qui avait failli se rompre le cou. Fort heureusement
il tait tomb sur la tte; mais son turban qui l'avait protg,
s'tait enfonc jusqu'au-dessous du nez, en sorte qu'il avait la plus
singulire tournure du monde. Il criait qu'il tait certainement mort,
et chacun de nous riait tellement que personne n'avait la force de lui
arracher son teignoir. Quand les moines arrivrent nous avions l'air
de jouer  colin-maillard: ils durent nous prendre pour une bande de
fous. On rassura le pappas, on lui promit une neuvaine et nous nous
mmes  table.

Cassien dit, en parlant des moines d'gypte, que Serne, les traitant
un dimanche, leur donna une sauce avec un peu d'huile et de sel frit,
trois olives, cinq pois chiches, deux prunes et chacun une figue. Ce
menu, que Cassien traite de douceurs peu ordinaires aux moines, et
t en effet menu de festin  ct du souper qu'on nous servit 
Dokiarios. Nos provisions taient puises; depuis douze jours nous
faisions le pilaf sur un vieil os de jambon qui avait perdu tout
parfum originel; jusque-l cependant l'ordinaire des couvents avait
t copieux sinon succulent; ce soir-l il tait insuffisant. Ces
hommes sont des saints, dit le pappas aprs le souper, on les a
accuss de gloutonnerie, Dieu voit leur abstinence.  ce mot de
gloutonnerie nous fmes tous un geste de surprise. Qui donc a pu
porter une telle accusation?... Le moine Barlaam.

Voici ce qu'tait ce moine qui nous valait si maigre chre.

En 1339 vint  Salonique un moine appel Barlaam, Catalan d'origine.
Aprs avoir tudi les Pres de l'glise grecque, il tint plusieurs
confrences o il tenta de runir les deux glises. En ce mme temps,
il y avait au couvent de Dokiarios un caloyer appel Grgoire Palamas
qui tait un homme saint entre tous et disait avoir vu de ses yeux
l'essence divine.

Palamas fit de nombreux sectateurs qui comme lui prtendirent tre
arrivs  l'tat de sublime quitude. Barlaam les nomma Omphalopsyques
(qui ont l'me au nombril) et les accusa de renouveler l'hrsie des
Massaliens condamns  Antioche vers la fin du quatrime sicle.  ce
reproche se joignit celui d'intemprance. La querelle s'tant
envenime de part et d'autre, Barlaam demanda  l'empereur Andronic la
runion d'un concile afin de convaincre les Athonites de leurs
erreurs. Ce concile se tint  Sainte-Sophie le onzime jour de juin
1341. L'empereur le prsidait en personne. Barlaam fut condamn.
Palamas triomphant fit lever au sige patriarcal un de ses disciples
appel Calliste, homme grossier et sans instruction. Mais cette
lection ayant cr un schisme dans l'glise grecque, Cantacuzne fut
forc de congdier Calliste.

Il y a un fait certain, c'est que, comme nous l'avons prouv, le
reproche d'intemprance serait aujourd'hui trs-mal fond  l'gard
des caloyers de Dokiarios.

Ds le lendemain nous prenions une barque qui nous menait 
Saint-Xnophon. Nous y fmes reus par un vieux caloyer, originaire de
Corfou, qui avait fait la campagne d'gypte et celles de Grce de 1821
a 1829. Son corps tait trou de balles, mais il ne s'en portait que
mieux, car la seule chose, avouait-il navement, qui le retint  la
terre tait le dsir de prendre sa revanche. Il nous montra dans le
catholicon construit nouvellement, quelques curiosits arraches 
l'ancienne glise: deux beaux fragments de mosaque reprsentant saint
Georges, _l'honneur de la Cilicie_ (_Cilici decus_), et saint
Dmtrius, les restes d'un retable en bois sculpt et un ostensoir
maill. Ce dernier objet, de forme rectangulaire, est dcor de ttes
de saints sur un fond d'entrelacs et d'arabesques.

[Illustration: Intrieur de la cour principale du couvent slave de
Kiliandari.--Dessin de Lancelot d'aprs une photographie.]

Pendant notre inspection, on avait servi le dner sur une des galeries
hautes qui dominent la mer. Le pre cuisinier avait reu sans doute
des instructions spciales de notre vieux cicrone, car la table tait
servie avec un luxe inaccoutum. Sur une nappe rehausse de pailletons
d'or et de franges de soie, telle qu'en brodent les femmes de
Calamatta, un plat de dorades parfumes au genivre fumait au milieu
d'un rempart de figues, de pastques et de raisins, vrais produits de
Chanaan. Le repas fut gai: le caloyer commena le rcit de ses
campagnes et le pappas grena son chapelet d'pithtes  la louange de
la Sainte-Montagne. Le vin de Santorin est bon quand il est dpouill,
le vin de Tndos ne lui cde en rien, mais celui de Corinthe leur est
certainement bien suprieur: ce fut l'avis gnral. Le caloyer en
tait  sa cinquime campagne, et le pappas,  bout d'pithtes
terrestres, en empruntait au ciel et parlait du paradis  faire croire
qu'il en revenait. On allait attaquer une outre de vin de Chypre,
quand nous entendmes sous la galerie un bruit mesur de rames.
C'taient des pcheurs d'ponges qui exploraient la cte. Ce spectacle
coupa court  la joie gnrale; car on ne peut se figurer quel
horrible mtier que celui de ces hommes. Nous en vmes rester sous
l'eau plus d'une minute, reparatre et replonger encore, rptant cet
abominable exercice pendant plusieurs heures. Ces plongeurs ont
l'apparence de noys; les yeux injects de sang, les paupires
gonfles, les joues bleuies et les lvres ples comme celles des
morts. Sur le pont, deux hommes, envelopps de larges mantes,
examinaient attentivement ce que rapportaient leurs limiers
amphibies...

[Illustration: La rcolte des noisettes au mont Athos.--Dessin de
Villevieille d'aprs M. A. Proust.]

Le soir, le bon vieux pre, qui ne voulait nous laisser ignorer rien
des distractions de son bienheureux sjour, nous mena  la pche aux
flambeaux. Cette pche est la mme que celle qui se fait dans la baie
de Naples et sur certaines ctes de France. On allume un feu de bois
rsineux  la tte d'une embarcation lgre et on perce d'un trident,
les poissons que l'on surprend endormis. Pendant l't, les caloyers
font cette pche et salent pour l'hiver les poissons en trs-grande
abondance sur cette cte.

Le lendemain, nous allmes visiter les ruines du monastre
d'Archangelos: en allant l, nous rencontrmes un grand nombre de
moines qui rcoltaient les baies de lauriers dont ils fabriquent une
huile trs-estime par les Turcs, et les noisettes qu'ils transportent
 Constantinople.

 notre retour au couvent, nous nous sparmes de notre compagnon le
pappas. Lui continuait sa route par le couvent russe; nous, nous
retournions  Karis.

Aprs de nouvelles visites dans les couvents qui entourent la
capitale, dans les skites, les ermitages et les cellules, nous fmes
dans les ateliers de gravures[41], une collection complte d'images
qui devait nous servir  l'iconologie de la Grce; nous achetmes des
chapelets, rosaires, cuillers en bois, kalimafki, chemises de laine
(les moines ne portent que celles-l) et bouteilles clisses  la
rsine que fabriquent les ermites et qu'on vend chaque samedi au
march de Karis; puis nous reprmes notre plerinage, nous dirigeant
vers le couvent du _Fleuve-Sec_ (Xiropotamos), plac au-dessus du
petit port de _Daphn_.

              [Note 41: Ces gravures anciennes sont sur cuivre. La
              lithographie a t introduite depuis peu de temps par
              les Russes.]

Nous tions au 1er juillet: les images du pass, ce commencement de
spleen, commenaient  nous assaillir. Les couvents de la cte
occidentale taient peu intressants: _Agios Pablos_, _Agios
Dyonisios_, _Agios Gregorios_ n'avaient, nous disait-on, que des
glises neuves, des peintures refaites et des bibliothques vides.
_Simo-Petra_ (la Pierre de Simon) ne nous avait rien montr que sa
position hardie sur un rocher aigu. Nous prmes le parti de rester 
Xiropotamos qui nous offrait de nombreux sujets d'tudes. Mais, malgr
la conversation savante du P. Calliste, un des pitropes les plus
instruits de la montagne, malgr les plaisanteries du P. Bimataris,
infortun sans barbe, qui n'avait pas t lev dans le Sera, mais en
avait connu les exigences, malgr nos occupations de tous les jours,
malgr le plaisir de la chasse, malgr les douceurs de la pleine-eau
et les charmes de la pche, les faces mornes de ces moines nous
semblaient ennuyes et ennuyeuses, et chaque nuit nous surprenait
causant des diffrents modes de suicide.

Un matin que nous tions alls attendre des chacals au gu, nous vmes
paratre  l'horizon,  la pointe du cap Felice, la voile raye d'une
tartane; elle eut longtemps l'air d'hsiter..., enfin elle mit le cap
sur Daphn....

Le 9, nous faisions voile pour Salonique.

Notre tartane tait monte par trois hommes et un enfant.

Le patron, ancien corsaire, faisait par pnitence un commerce peu
lucratif avec les moines, esprant, par l'intercession de ces saints
personnages, se faire bien venir de la _Panagia_, leur protectrice. En
revanche, les bons pres le tenaient en grande estime et l'honoraient
d'une confiance toute particulire.

Sous la conduite de Tsavellas, nous avait dit le P. Calliste, vous
pourrez dormir tranquilles.

Cette promesse tait au figur, car les cancrelas, espce hideuse,
promenant sur nos mains et notre visage leurs extrmits froides et
velues, firent de notre premire nuit un long cauchemar.

Aux premires lueurs de l'aube, nous tions sur le pont, nous croyant
dj dans le golfe Thermaque, mais la fortune nous rservait de dures
preuves: nous tions encore en vue de l'Athos, les voiles pendaient
immobiles le long des mts, la mer tait sans rides, et l'quipage
dormait profondment.

Hol? Pallikari! cria Voulgaris.

Personne ne bougea,  l'exception d'un des marins qui, se retournant
d'un autre ct, murmura en se rendormant cette complainte:

  Deux  deux les petits oiseaux
  Sur les branches de myrte
  Chantent doucement.
  Le ciel resplendit joyeux;
  Mais dans mon coeur pleure
  La douleur amre.

Voil, me dit Schrany, un cumeur de mer bien sentimental.

--Eh! Cortaki! qui t'a appris cette chanson?

--Qui m'a appris cette chanson? rpta le matelot eu se soulevant sur
le coude, c'est Marino.

--Qui? Marino?

--Marino le chanteur. Si vous avez t au couvent russe, effendi, vous
avez vu Marinetto. Ce doit tre le plus beau de la montagne; c'tait
le plus beau de Zante. Personne ne dansait mieux le _Romaka_, et ne
tournait plus galamment un compliment  une jolie fille.

--Et pourquoi s'est-il fait moine, ce don Juan?

--Oh! cela est une triste histoire, mon matre. Marino aimait
Cortana, la perle de la rue des Roses, et Cortana aimait Marino;
mais un jour, Marinetto partit pour un lointain voyage, vers l'Arabie.

Trois fois les champs refleurirent, trois fois le rossignol chanta,
Marino ne revenait pas.

La premire fois, Cortana commena  plir, la seconde fois elle se
mit  pleurer, la troisime fois elle se coucha.

Un matin, ceux qui taient sur la plage virent venir un caque charg
d'ambre.

--Lve-toi, lui dit sa mre, voici ton fianc.

--Ma mre, je ne peux plus me lever, mais quand il viendra ne
l'afflige pas; sers-lui  souper et donne-lui cette alliance, afin
qu'il puisse se marier ailleurs, et se faire de nouveaux parents et de
nouveaux amis.

Lorsque Marino vint  la maison, il sentit une odeur d'encens, et il
vit les voisins qui se voilaient le visage.

--Quelqu'un est-il mort? s'crie-t-il.

Aucun ne rpondit.

Il entra dans la maison et vit la mre qui s'arrachait les cheveux.

Voil pourquoi, effendi, Marino s'est fait moine.

--L'as-tu vu depuis?

--Non; et je ne veux pas le voir. C'est un mauvais coeur, il a oubli
sa mre. La pauvre vieille file la laine pour vivre; mais les larmes
troublent sa vue, et sans le patron qui, voyez-vous, est un bon homme
au fond, elle serait morte de faim.

--Allons, fainant, cria Tsavellas, debout et laisse l tes histoires.
Voici la brise, et ce soir, avec l'aide de la _Panagia_, nous serons 
Zagora.

-- Salonique, vous voulez dire.

-- Zagora, j'ai bien dit. On ne va pas toujours o l'on veut,
effendi.

                                        Ant. PROUST.




GRAVURES.

                                                      Dessinateurs.
  Chapelle de Sainte-Rosalie (prs Palerme)              Rouargue      1
  Types et costumes siciliens                            Rouargue      4
  Ruines  Girgenti (Agrigente)                          Rouargue      5
  Vue de Syracuse                                        Rouargue      8
  Taormine et l'Etna                                     Rouargue      9
  La Marine  Messine                                    Rouargue     12
  Rocher de Scylla                                       Rouargue     13
  Stromboli                                              Rouargue     16
  Pigeonnier prs d'Ispahan                         Jules Laurens     17
  Pont d'Allah-Verdi-Khan sur le Zend--Roud,
     Ispahan                                       Jules Laurens     21
  Collge de la Mre du roi,  Ispahan              Jules Laurens     24
  Une peinture indienne dans le palais des
    Quarante-Colonnes,  Ispahan                    Jules Laurens     25
  Entre de Kaschan                                 Jules Laurens     28
  Une caravane persane au repos                     Jules Laurens     29
  Types persans                                     Jules Laurens     32
  Faubourg de Thran                               Jules Laurens     33
  La porte de Schah-Abdoulazim                      Jules Laurens     36
  Dans une cour,  Thran                          Jules Laurens     37
  Types et portraits persans                        Jules Laurens     40
  Groupe de Persans                                 Jules Laurens     41
  Dans l'Enderoun (appartement intrieur
    -- Costumes d'intrieur et de sortie)           Jules Laurens     44
  Choix d'armes, d'instruments et objets divers
    persans                                         Jules Laurens     45
  Le Dmavend                                       Jules Laurens     48
  Vue de l'le Saint-Thomas                             de Brard     49
  Saint-Pierre,  la Martinique                         de Brard     52
  Cataracte de Weinachts (Guyane anglaise)              de Brard     53
  Une sucrerie  la Guadeloupe                          de Brard     56
  La Pointe--Ptre,  la Guadeloupe                    de Brard     57
  Le port d'Espagne,  la Trinidad                      de Brard     60
  La baie de Panama                                     de Brard     61
  Vue des Bermudes                                      de Brard     64
  Costumes norvgiens d'Hitterdal                          Pelcoq     65
  La valle de Bolkesj                                      Dor     68
  Costumes du Tlmark                                     Pelcoq     69
  La valle de Vestfjordal                                   Dor     72
  Intrieur d'auberge  Bolkesj                         Lancelot     73
  glise d'Hitterdal                                      Wormser     75
  Le Rjukandfoss                                             Dor     76
  Un chalet  Bamble                                     Lancelot     77
  Vue du lac Bandak                                          Dor     80
  Le lac Flatdal                                             Dor     81
  Fjord de Gudvangen                                         Dor     84
  glise de Bakke                                            Dor     85
  Route de Stalheim                                          Dor     88
  Le Vringfoss                                              Dor     89
  Valle de l'Heimdal                                        Dor     92
  Femme du Sogn                                            Pelcoq     93
  Une noce en Norvge                                      Pelcoq     96
  Le march aux grains (Suez)                       Karl Girardet     97
  Port de Suez                                      Karl Girardet    100
  Cimetire europen  Suez                         Karl Girardet    100
  Qossir                                           Karl Girardet    101
  Djeddah                                           Karl Girardet    101
  Port de Souakin                                   Karl Girardet    101
  Mosque de Salonique                              Karl Girardet    104
  Femmes albanaises, prs d'un arabas,
     Vasilika                                       Villevieille    105
  Un Juif de Salonique                                       Bida    108
  Une Juive de Salonique                                     Bida    109
  Sceau du monastre de Karis                                       111
  Vue gnrale de mont Athos                         Villevieille    112
  Le Conseil des pistates au mont Athos                Boulanger    113
  Saint Georges (fresque de Panselinos dans le
    Catholicon de Karis)                                  Pelcoq    116
  Monastre d'Iveron                                Karl Girardet    117
  L'higoumne d'Iveron                                     Pelcoq    120
  La Phiale ou le Baptistre du couvent de Lavra         Lancelot    121
  Croix sculpte en bois dans le trsor de Karis         Thrond    124
  Coffret dans le trsor de Karis                        Thrond    125
  Peinture de la trapeza de Lavra: les trois patriarches  Thrond    128
  La confession                                              Bida    129
  Bas-relief du couvent de Vatopdi                     A. Proust    130
  Albanais, soldat de la garde des pistates         Villevieille    132
  Vue du couvent d'Esphigmenou                      Karl Girardet    133
  Intrieur de la cour principale du couvent slave
    de Kiliandari                                        Lancelot    136
  La rcolte des noisettes au mont Athos             Villevieille    137
  L'le Chatam, dans l'archipel Galapagos            E. de Brard    140
  Baie de la Poste, dans l'le Floriana
    (archipel Galapagos)                             E. de Brard    140
  L'le Charles, dans l'archipel Galapagos           E. de Brard    141
  Aiguade de l'le Charles (archipel Galapagos)      E. de Brard    144
  Oiseaux et reptile (archipel Galapagos)                  Rouyer    145
  Ctes de l'le Albermale, dans l'archipel
    Galapagos                                        E. de Brard    148
  Oeno, dans l'archipel Pomotou (les  coraux)      E. de Brard    149
  Village de Vanou, dans l'le de Vanikoro
    (les  coraux)                                  E. de Brard    149
  Baie de Manevai, dans l'le de Vanikoro
    (les  coraux)                                  E. de Brard    152
  Rcifs et piton de l'le de Borabora
    (les  coraux)                                  E. de Brard    153
  Rade et pic de l'le de Borabora (les  coraux)   E. de Brard    156
  le de Whitsunday, dans l'archipel Pomotou
    (les  coraux)                                  E. de Brard    157
  Brun-Rollet                                                Fath    160
  Traneau yakoute                                    Victor Adam    161
  Une sorcire tongouse                               Victor Adam    164
  Port d'Okhotsk                                      Victor Adam    165
  Bazar de Nertchinsk                                 Victor Adam    168
  Colonie ou village yakoute                          Victor Adam    169
  Voyageur russe en Sibrie                           Victor Adam    172
  Argali (mouton sauvage)                             Victor Adam    173
  Campement de Tongouses                              Victor Adam    176
  Chamans yakoutes                                    Victor Adam    177
  Femme yakoute                                       Victor Adam    180
  Poteaux des frontires du pays des Yakoutes et
    de la Chine                                       Victor Adam    181
  Types indignes (Australie du Sud)                      G. Fath    184
  Spultures australiennes dans les bois                 Lancelot    185
  Spulture australienne au dsert                           Dor    189
  Restes d'un voyageur retrouvs par ses compagnons
    dans les dserts du lac Torrens                          Dor    192
  Oasis d'deri (Fezzan)                                 Rouargue    193
  Mourzouk (capitale du Fezzan)                          Rouargue    196
  Gorge d'Agueri                                         Lancelot    197
  Valle d'Auderaz                                       Rouargue    200
  Vue d'Agadez                                           Lancelot    201
  Vue de Kano (entrept du Soudan central)               Lancelot    204
  Dendal ou boulevard de Kouka (capitale du Bornou)      Lancelot    205
  Vue du lac Tchad                                       Rouargue    208
  Village marghi                                         Rouargue    209
  Halte dans une fort du Marghi                         Rouargue    212
  Village mosgou                                         Rouargue    213
  Chef mosgovien                                         Rouargue    216
  Intrieur d'une habitation mosgovienne                 Rouargue    217
  Chef kanembou                                          Rouargue    220
  Entre du sultan de Baghirmi dans Masna
    (sa capitale)                                        Rouargue    221
  Une razzia  Barea (Mosgou)                            Rouargue    224
  Vue du march de Sokoto                                Hadamard    225
  Bac sur le Niger,  Say                                Rouargue    228
  Vue des monts Homboris                                 Lancelot    229
  Village sonray                                         Lancelot    232
  Vue de Kabra (port de Tembouctou)                      Rouargue    233
  Camp touareg                                           Lancelot    236
  Arrive  Tembouctou                                   Lancelot    237
  Vue gnrale de Tembouctou                             Lancelot    240
  Portrait en pied du baron de Wogan en costume
    de voyage                                           J. Pelcoq    241
  Grass-Valley                                          J. Pelcoq    244
  Un claim ou atelier de mineur                         J. Pelcoq    245
  Fort de _taxodium giganteum_ ou pins gants           Lancelot    248
  Un caon ou passage de la Sierra-Wah                   Lancelot    249
  La case du jugement                                   J. Pelcoq    252
  Le poteau de la guerre                                J. Pelcoq    253
  Types d'Indiennes du Rio-Colorado                     J. Pelcoq    256
  Grande pagode de Rangoun                               Franais    257
  Bateau  voile sur l'Irawady                     Clich anglais    258
  Canot de parade                                  Clich anglais    259
  Bateau de commerce                               Clich anglais    259
  Birmans dans une fort                                J. Pelcoq    261
  Pattshaing ou tambour-harmonica                  Clich anglais    262
  Pattshaing  baguettes                           Clich anglais    262
  Harpe birmane                                    Clich anglais    263
  Harmonica birman                                 Clich anglais    263
  Pagode  Pagn                                   Clich anglais    264
  Reprsentation thtrale dans le royaume d'Ava         Hadamard    265
  Dagobah ou pagode en forme de cloche             Clich anglais    266
  Intrieur d'une pagode                           Clich anglais    267
  Maison de l'ambassade  Amarapoura               Clich anglais    268
  Valle des puits de bitume                        Karl Girardet    269
  Types de grands seigneurs et hauts fonctionnaires
    birmans                                                 Morin    272
  Le palais du roi et l'lphant blanc                     Navlet    273
  Sculptures comiques dans le monastre royal 
    Amarapoura                                           Lancelot    276
  Vue du Maha-Toolut-Boungyo (monastre royal 
    Amarapoura)                                          Lancelot    277
  Dtails intrieurs du Maha-comiye-peima  Amarapoura     Navlet    281
  Une porte  Amarapoura                           Clich anglais    284
  Canon birman                                     Clich anglais    284
  Danse des lphants                              Clich anglais    284
  Canal d'irrigation dans le royaume d'Ava         Clich anglais    285
  Jeunes dames birmanes                                     Morin    288
  Le temple du Dragon                                    Lancelot    289
  Rives de l'Irawady (prs des mines de rubis)     Clich anglais    292
  Petite pagode  Mengoun                          Clich anglais    292
  Grand temple de Mengoun (depuis le tremblement
    de terre de 1839)                               Karl Girardet    293
  Valle de l'Irawady au confluent du Myit-Nge          Paul Huet    297
  Temple ruin  Pagn                                   Lancelot    300
  Salces ou volcans de boue  Membo                Clich anglais    301
  Cnes volcaniques dans la plaine de Membo        Clich anglais    301
  Paysans birmans en voyage                        Clich anglais    302
  Statue gigantesque de Bouddha  Amarapoura             Lancelot    304
  Zanzibar vue de la mer                             E. de Brard    305
  Portrait de feu l'iman de Zanzibar                 E. de Brard    308
  Pont de la ville de Zanzibar                       E. de Brard    309
  Un village de la Mrima                                Lavieille    312
  Jihou la Mkoa ou la roche ronde                 Clich anglais    313
  La fontaine qui bout (source thermale dans le
    Khoutou)                                       Clich anglais    313
  Sycomore africain                                Clich anglais    314
  L'Ougogo                                         Clich anglais    315
  Burton et ses compagnons en marche                    Lavieille    316
  Chane ctire de l'Afrique occidentale               Lavieille    317
  Passe dans l'Ousagara                                 Lavieille    320
  Paysage dans l'Ounyamouzi                            Lavieille    321
  Noirs de l'Ousumboua                               G. Boulanger    324
  Huttes  Msn                                        Lavieille    325
  Ngres porteurs                                    G. Boulanger    328
  Noir de l'Ouganda                                  G. Boulanger    329
  Habitation de Snay ben Amir  Kazeh                   Lavieille    332
  Jeunes dames  Kazeh                               G. Boulanger    333
  Coiffures des indignes de l'Ounyanyemb         Clich anglais    334
  Coiffures des indignes de l'Oujiji              Clich anglais    335
  Maison des trangers  Kaoul                        Lavieille    336
  Navigation sur le lac Tanganyika                      Lavieille    337
  Le capitaine Burton sur le lac Tanganyika             Lavieille    339
  Habitation au bord du lac Tanganyika                  Lavieille    340
  Le bassin du Maroro                                   Lavieille    341
  Instruments et ustensiles des Ouajiji            Clich anglais    342
  Riverains du Tanganyika (ct ouest)             Clich anglais    343
  Riverains du Tanganyika (ct sud)               Clich anglais    343
  Le bassin du Kisanga                                  Lavieille    344
  Vgtation de l'Ougogi                                Lavieille    345
  Passe de l'Ouzagara                              Clich anglais    346
  Rocher de l'lphant prs du cap Gardafui        Clich anglais    347
  Dernier tablissement gyptien dans le Fazogl          Lancelot    348
  Contre des Shelouks sur le Saubat                     Lancelot    349
  Blnia (village bari sur le fleuve Blanc)             Lancelot    352
  Habitants de la Havane                                    Potin    353
  Coolies chinois  Cuba                                   Pelcoq    356
  Vue gnrale de la Havane (capitale de Cuba)           Lancelot    357
  Avenue de palmiers devant une habitation de Cuba   E. de Brard    360
  Cathdrale de la Havane                                  Navlet    361
  La volante (voiture de la Havane)                   Victor Adam    363
  Vue de Matanzas                                        Lancelot    364
  Paysage dans l'le de Cuba: Loma (coteau)
    de Candela                                          Paul Huet    365
  Paysage dans l'le de Cuba (Loma de la Givora)        Paul Huet    368
  Grenoble et les Alpes dauphinoises                Karl Girardet    369
  Les Grands Goulets                                Karl Girardet    372
  Pont-en-Royans                                             Dor    373
  Sainte-Croix et les ruines du chteau de Quint    Karl Girardet    376
  Die et la valle de Roumeyer (vue prise des
    hauteurs de Saint-Justin)                            Franais    377
  Le Mont-Aiguille (vu de Clelles)                       Daubigny    380
  Pontaix                                           Karl Girardet    381
  Roumeyer et le mont Glandaz                            Franais    384
  Entre de la valle de Roumeyer                   Karl Girardet    385
  La valle de Loncel                              Karl Girardet    388
  La valle de la Voure et de la plaine du Rhne
    (vue prise des hauteurs de la Vacherie)         Karl Girardet    389
  Beaufort                                               Franais    392
  La fort de Saou                                       Sabatier    394
  Pot-Cellard                                      Karl Girardet    395
  Bourdeaux                                         Karl Girardet    396
  Le Velan et Plan-de-Baix (vue des sources
    du Rudoux)                                     Karl Girardet    397
  Cascade de la Druse                              Karl Girardet    398
  La gorge de Trente-Pas                            Karl Girardet    400
  Le mont Viso                                           Sabatier    401
  Le pont du Diable                                      Sabatier    405
  Le lac de l'chauda                                    Sabatier    408
  Le Pelvoux                                             Sabatier    409
  Le mont Aurouze                                        Franais    412
  Les montagnes du Devoluy                          Karl Girardet    413
  Ruines de la Chartreuse de Durbon                 Karl Girardet    416




CARTES ET PLANS.


  Carte de la Sicile, par M. A. Vuillemin.                             3
  Carte de la Perse, par M. A. Vuillemin.                             19
  Carte des grandes et petites Antilles, par M. A. Vuillemin.         51
  Carte du haut Tlmark (Norvge mridionale), d'aprs
    M. Paul Riant.                                                    67
  Carte de la presqu'le de Bergen, d'aprs M. Paul Riant.            83
  Carte de la Chalcidique, par M. A. Vuillemin.                      115
  Partie du gouvernement d'Yakoutsk, par Piadischeff.                167
  Carte de l'Australie, par M. A. Vuillemin.                         187
  Carte des voyages du docteur Henri Barth en Afrique (partie
    orientale) d'aprs M. de Lanoye.                                 195
  Voyage du docteur Barth (Itinraire de Sokoto  Tembouctou),
    par M. A. Vuillemin.                                             234
  Carte du cours infrieur de l'Irawady comprenant les possessions
    britanniques et la partie sud du royaume d'Ava, d'aprs le
    capitaine H. Yule.                                               260
  Plan d'Amarapoura et de sa banlieue, d'aprs les relevs du
    major Grant Allan.                                               280
  Carte du cours suprieur de l'Irawady et partie nord du royaume
    d'Ava, d'aprs le cap. Yule.                                     296
  Carte du voyage de Burton et Speke aux grands lacs de l'Afrique
    orientale (Itinraire de Zanzibar  Kazeh).                      307
  Carte du voyage de Burton et Speke aux grands lacs de l'Afrique
    orientale (2e partie).                                           338
  Carte de l'le de Cuba, par M. A. Vuillemin.                       355
  Carte du Dauphin (partie occidentale: Isre et Drme),
    par M. A. Vuillemin.                                             371
  Carte du Dauphin (partie orientale: Isre et Hautes-Alpes),
    par M. A. Vuillemin.                                             404




ERRATA.


I. Sous le titre _Voyage d'un naturaliste_, pages 139 et 146, on
a imprim: (1858.--INDIT).--Cette date et cette qualification ne
peuvent s'appliquer qu' la traduction.

La note qui commence la page 139 donne la date du voyage (1838)
et avertit les lecteurs que le texte a t publi en anglais.


II. Dans un certain nombre d'exemplaires, le voyage du capitaine
Burton AUX GRANDS LACS DE L'AFRIQUE ORIENTALE, 1re partie,
46e livraison, le mot ORIENTALE se trouve remplac par celui
d'OCCIDENTALE.


III. On a omis, sous les titres de _Juif_ et _Juive de
Salonique_, dessins de Bida, pages 108 et 109, la mention
suivante: d'aprs M. A. Proust.


IV. On a galement omis de donner,  la page 146, la description
des oiseaux et du reptile de l'archipel des Galapagos reprsents
sur la page 145. Nous rparons cette omission:

1 _Tanagra Darwinii_, varit du genre des
_Tanagras_ trs-nombreux en Amrique. Ces oiseaux ne diffrent de
nos moineaux, dont ils ont  peu prs les habitudes, que par la
brillante diversit des couleurs et par les chancrures de la
mandibule suprieure de leur bec.

2 _Cactornis assimilis:_ Darwin le nomme _Tisseim des
Galapagos_, o l'on peut le voir souvent grimper autour des
fleurs du grand cactus. Il appartient particulirement  l'le
Saint-Charles. Des treize espces du genre _pinson_, que le
naturaliste trouva dans cet archipel, chacune semble affecte 
une le en particulier.

3 _Pyrocephalus nanus_, trs-joli petit oiseau du
sous-genre _muscicapa_, gobe-mouches, tyrans ou moucherolles. Le
mle de cette varit a une tte de feu. Il hante  la fois les
bois humides des plus hautes parties des les _Galapagos_ et les
districts arides et rocailleux.

4 _Sylvicola aureola._ Ce charmant oiseau, d'un jaune
d'or, appartient aux les Galapagos.

5 Le _Leiocephalus grayii_ est l'une des nombreuses
nouveauts rapportes par les navigateurs du _Beagle_. Dans le
pays on le nomme _holotropis_, et moins curieux peut-tre que
l'_amblyrhinchus_, il est cependant remarquable en ce que c'est
un des plus beaux sauriens, sinon le plus beau saurien qui
existe.

Le saurien _amblyrhinchus cristatus_, que nous reproduisons ici,
est dcrit dans le texte, page 147.

[Illustration: _Amblyrhinchus cristatus_, iguane des les Galapagos.]

       *       *       *       *       *

IMPRIMERIE GNRALE DE CH. LAHURE
Rue de Fleurus, 9,  Paris.







End of the Project Gutenberg EBook of Le Tour du Monde; Athos, by Various

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Section  2.  Information about the Mission of Project Gutenberg-tm

Project Gutenberg-tm is synonymous with the free distribution of
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including obsolete, old, middle-aged and new computers.  It exists
because of the efforts of hundreds of volunteers and donations from
people in all walks of life.

Volunteers and financial support to provide volunteers with the
assistance they need, is critical to reaching Project Gutenberg-tm's
goals and ensuring that the Project Gutenberg-tm collection will
remain freely available for generations to come.  In 2001, the Project
Gutenberg Literary Archive Foundation was created to provide a secure
and permanent future for Project Gutenberg-tm and future generations.
To learn more about the Project Gutenberg Literary Archive Foundation
and how your efforts and donations can help, see Sections 3 and 4
and the Foundation web page at http://www.pglaf.org.


Section 3.  Information about the Project Gutenberg Literary Archive
Foundation

The Project Gutenberg Literary Archive Foundation is a non profit
501(c)(3) educational corporation organized under the laws of the
state of Mississippi and granted tax exempt status by the Internal
Revenue Service.  The Foundation's EIN or federal tax identification
number is 64-6221541.  Its 501(c)(3) letter is posted at
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Literary Archive Foundation are tax deductible to the full extent
permitted by U.S. federal laws and your state's laws.

The Foundation's principal office is located at 4557 Melan Dr. S.
Fairbanks, AK, 99712., but its volunteers and employees are scattered
throughout numerous locations.  Its business office is located at
809 North 1500 West, Salt Lake City, UT 84116, (801) 596-1887, email
business@pglaf.org.  Email contact links and up to date contact
information can be found at the Foundation's web site and official
page at http://pglaf.org

For additional contact information:
     Dr. Gregory B. Newby
     Chief Executive and Director
     gbnewby@pglaf.org


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Literary Archive Foundation

Project Gutenberg-tm depends upon and cannot survive without wide
spread public support and donations to carry out its mission of
increasing the number of public domain and licensed works that can be
freely distributed in machine readable form accessible by the widest
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status with the IRS.

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States.  Compliance requirements are not uniform and it takes a
considerable effort, much paperwork and many fees to meet and keep up
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